L’Homme à la Tête Coupée

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Que Paul Naschy n’avait pas la tête bien vissée sur les épaules, on le savait depuis le bon Horror Rises from the Tomb (1973). La même année, on nous informait que la même binette dégringolait à nouveau dans L’Homme à la Tête Coupée, alias Crimson – The Man with the Severed Head, alias aussi Le Viol et l’Enfer des X ! Pourquoi un titre si dépravé ? Parce que c’est Eurociné qui régale, tiens !

 

 

On ne les félicite d’ailleurs pas, ces Messieurs d’Eurociné, probablement coupables d’avoir attiré Paul Naschy dans leurs filets en lui faisant miroiter un projet boulonné à la Frankenstein, et peut-être en lui promettant de renforcer son statut de Boris Karloff des Ibères, tout ça pour mieux le mettre aux fers dans un polar franchouillard à peine fantastique. Non pas que l’on attendait monts et merveilles d’une production signée Marius Lesœur, connu pour donner dans le bis à la bonne franquette, avec croûtes de pain et verre de vieille piquette sur la table. Ce qui nous aurait convenu d’ailleurs, car dans notre crypte pleine de vomissures, même si l’on reconnaît que l’on s’emmerde parfois devant leurs feuilletons, on a aussi un regard tendre sur Orloff et l’Homme Invisible, Le Lac des Morts-Vivants ou L’Abime des Morts-Vivants. Pas des bons films à proprement parler, on en était même loin, mais de petites choses capables de balancer quelques plans marquants, de soulever l’intérêt par quelques excentricités (« Promizoulin ! ») et d’aligner du zomblard rigolo et du sexe gentiment déviant. Vrai aussi que la turne Eurociné n’était jamais aussi séduisant que lorsqu’elle passait le volant à Jess Franco, malheureusement pas de la partie ici, la place de réalisateur revenant à un certain Juan Fortuny. Probable d’ailleurs que Paul Naschy n’aurait pas accepté de se laisser diriger par l’auteur du Miroir Obscène, le p’tit loup Jacinto n’ayant jamais caché le peu d’estime qu’il avait pour l’oeuvre de son compatriote. Il aurait pourtant mieux fait de s’acoquiner avec lui et aller baisouiller le fessard de Lina Romay dans de vieilles geôles pour un quelconque WIP, ça lui aurait évité de se retrouver au milieu d’un film de gangsters où il est finalement peu question de caboche sectionnée. Naschy y incarne Sornette (Surnett évidemment, mais c’est plus drôle de le nommer ainsi, surtout que l’acteur a dû s’en entendre raconter par la production, des sornettes…), chef d’une petite bande de malfrats occupée à forcer le coffre-fort d’une bijouterie de luxe. Pas tous disciplinés, les zigotos, et l’un d’eux s’empare sans en avoir l’air d’un collier de perles, déclenchant l’alarme et faisant rappliquer la marée chaussée. Les brigands et les flics s’échangent des pruneaux, et Sornette s’en voit coller un derrière l’oreille. Pas de quoi paniquer les amis du blessé, puisque l’un d’eux, à peine revenu à leur planque, ira sodomiser sa petite copine, en faisant des mouvements circulaires comme s’il voulait lui touiller le trou du cul. Pourquoi pas, après tout…

 

 

Promu patron depuis que le big boss fait ronflette, l’éternel second Henry (Olivier Mathot, employé habituel d’Eurociné) prend les choses en main et décide d’amener Sornette auprès d’un docteur alcoolique qui aurait une dette envers nos criminels. Se sachant dans l’incapacité d’opérer, le doc’ propose que toute la clique s’en aille en campagne, où elle trouvera un savant réputé pour ses dons de chirurgien, et travaillant justement sur des méthodes de transplantations de cervelet. Pour s’assurer le concours du bonhomme, Henry et ses hommes kidnappe sa gosse, et le praticien se voit bien forcer d’accepter de remettre un peu d’ordre dans le crâne du pauvre Sornette. Ce sera néanmoins son épouse qui opérera, les mains du médecin étant inutilisables depuis un accident de laboratoire. Reste un problème : pour sauver Sornette, il faut remplacer son cerveau par un autre, tout beau tout frais. Et où trouver la matière grise manquante ? Si les larbins du malade pensent bien une demi-seconde à offrir le leur, ils se rabattent vite sur une autre solution, et songent à liquider Le Sadique, éternel ennemi de Sornette, pour ramener sa tête au savant. Dont acte évidemment : on use de l’actuelle copine de Sornette, pour laquelle Le Sadique palpitait auparavant, pour séduire le vilain, on le surine, on dépose sa carcasse sur un chemin de fer et on attend qu’un train le guillotine d’un coup sec. Plus qu’à échanger les ciboulots, et Sornette est de nouveau sur pied, après une bonne heure de métrage à ronfler du sommeil de l’injuste. Naschy n’aura donc pas eu grand-chose à faire, et cela risque de mécontenter plus d’un fan de le voir alité durant la majorité de l’arnaque Crimson. Reste que les choses vont de mal en pis, même une fois Sornette guéri : désormais en possession du mental de son ennemi juré, il devient aussi sadique que le bien-nommé, tandis les truands à la solde de ce dernier retrouvent Henry et les autres pour le venger.

 

 

Beaucoup de vendettas dans L’Homme à la Tête Coupée, mais finalement peu de têtes coupées. C’est qu’on espérait un p’tit bazar façon Le Cerveau qui ne voulait pas mourir, avec un Paulo dont le caillou serait resté parlant même une fois décroché du reste de sa carcasse de catcheur. A la place on a droit à dix minutes de Naschy nous la rejouant Le Retour de Frankenstein et errant dans les bois pour y attraper de la gamine, qu’il ira violer dans le foin (c’est Eurociné, donc plus sordide que la Hammer). Le reste, ce sera érotisme de bas étage et polar champêtre, le tout avec le mordant d’une centenaire édenté. Ouaip, on se fait chier à mort dans The Man with the Severed Head, qui semble se dérouler au ralenti et n’a même pas le courage de nous offrir quelques plans de chair lacérée par le bistouri lorsque Naschy se fait opérer, Fortuny préférant zoomer sur les fronts luisants de ses chirurgiens malheureux. Aucun fluide corporel coulant de la table d’opération, pas de ciboulot jeté dans le formol, Eurociné se fait même frileux au point de couper court lorsque enfin on pense assister à la décapitation du Sadique : son corps est traîné dans un cimetière et prêt à être scié par les amis de Sornette, mais ceux-ci abandonnent tout en entendant un chien hurler au loin ! Du foutage de gueule, et L’Homme à la Tête Coupée (la voilà tiens, la vraie sornette) ne méritait certainement pas les beaux blu-ray usinés par Redemption

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Juan Fortuny
  • Scénario : Juan Fortuny, Marius Lesoeur, H.L. Rostaine
  • Production : Marius Lesoeur, Antonio Liza
  • Titre Original : Las ratas no duermen de noche
  • Pays : France, Espagne
  • Acteurs : Paul Naschy, Olivier Mathot, Silvia Solar, Evelyne Scott
  • Année : 1973

6 comments to L’Homme à la Tête Coupée

  • Denis  says:

    Hello Mordo.
    Mais les affiches claquent un max.

  • FREUDSTEIN  says:

    Je savais que le Paulo avait perdu la tête….voir sa filmo!!! Mais c’est pour ça que j’aime le bonhomme.Tiens,ça me fait penser que je ferais bien de participer à la préco du nouveau BLACK LAGOON….

  • FREUDSTEIN  says:

    Pour la préco,c’est fait….

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