Cemetery Gates

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C’est bien beau d’aider les autres à réaliser leurs rêves, mais s’agit aussi de ne pas perdre les siens de vue. Comme bon nombre de ses confrères façonneurs d’effets spéciaux et de maquillages pustuleux, Roy Knyrim (The Toxic Avenger Part. II, 2001 Maniacs, Psycho Cop, les Wishmaster 2 à 4) décida un beau jour de ne plus s’en tenir à enlaidir du comédien et prit le chapeau de colonel des armées, histoire d’envoyer ses troupes dans la gueule d’un diable de Tasmanie mutant. Et tout ça pour dégueulasser un maximum les environs du petit cimetière en carton pâte où il localise son Cemetery Gates (2006), mais aussi pour se bidonner un grand coup, l’affaire tenant du foutoir volontaire et inspiré des Animaniacs plutôt que de l’animal attack parfaitement rangé.

 

 

Que ce moment de recueillement entre des pierres tombales en frigolite dignes de Plan 9 From Outer Space ne soit pas d’un grand sérieux mais d’une redoutable connerie, on s’en doutait un peu à la seule vue du marsupial choisi pour décimer du figurant. L’animal glouton, pas tout à fait un fin gourmet puisqu’il mange aussi bien de la viande de qualité que du croupion en putréfaction, n’étant pas de ces bestiaux que l’on convoque pour répandre de la pétoche et du frisson facile, on voyait venir le gros délire. Et loin du compte nous étions encore, et après avoir vu Cemetery Gates nous sommes persuadés que le père Knyrim s’enfonce une perceuse dans le cervelet pour y vriller ses derniers neurones restants. Attention, la formidable bêtise de l’ensemble ne tient pas tant au monstre, finalement très charmant. Certes, la bestiole sent bon la créature de Série B, au costume sympa mais cheap, et son grade de Craignos Monster le pousse à offrir une grosse tartine de chiasse au reste du casting, qui passe un temps non-négligeable à se plaindre de l’odeur de pet foireux des environs. Mais plutôt que son caractère de gros dégueulasse, on retient surtout sa capacité à déchiqueter de la bidoche et à envoyer valdinguer du cascadeur, les pirouettes étant en outre franchement impressionnantes pour un petit budget. Car Knyrim oblige, le Taz furibard tire des penalty avec les caboches, les gorges s’ouvrent comme des clapets pour déverser des bidons de Teisseire à la framboise. Les colonnes vertébrales prennent l’air et les jambes et torses se désolidarisent des corps. Le b.a.-ba dont on ne saurait se passer.

 

 

Non, ce qui devrait valoir à Cemetery Gates de se retrouver à côté de Dumb et Dumber et non pas des Dents de la Mer, c’est la fabuleuse – que dis-je, pyramidale !- débilité des protagonistes. Passe encore pour les laborantins, que les études et une éducation correcte tiennent loin des concours de doigts dans la prise électrique et des séances de pets mouillés, et qui ont une bonne raison d’avoir mené des expériences sur le diable de Tasmanie, celui-ci bénéficiant d’un excellent système immunitaire qu’il serait profitable de recréer chez les bipèdes que nous sommes. S’ils réussissent leur coup, nos hommes et femmes de science, au nombre de deux et menés par Reggie Bannister, le marchand de frisko des Phantasm, il en sera fini du cancer, du sida et des champignons entre les orteils. On ne leur donnera pas une médaille pour autant, car comme tous les savants du fantastique ils finissent par perdre le contrôle de leur création, libérée par des activistes refusant que les animaux servent de cobayes aux laboratoires. N’empêche qu’ils restent très au-dessus de la masse grouillante de Cemetery Gates, ramassis de demeurés comme on en a peu vu. Bimbo montrant ses seins pour un oui ou un non et calant sa sucette à la cerise entre ses boobs pour la suçoter façon branlette espagnole, éproctophile enregistrant ses flatulences pour les écouter en boucle lors des trajets longue distance, pécheur aux dents cariées capable de te décorner un buffle d’un simple sourire, bouseux s’entraînant au lancer de schlass sur un putois crevé, duo de hippies (incarnés par Howard Berger et Greg Nicotero, autres pros du latex et de la chirurgie faciale) trop stone pour se rendre compte que la bête leur fonce dessus, les fumeurs l’imaginant comme un joli monstre de dessin-animé… « Dessin-animé », le mot est lâché. Car c’est ce à quoi ressemble le film de ce gros blagueur de Knyrim, qui derrière un titre et une jaquette plutôt gothique, façon Hurlements chez la Hammer, signe une parodie autant qu’un hommage au cinoche d’exploitation dans ce qu’il a de plus bêta, compresse des années de productions Corman pour en tirer le jus le moins délicat. Et ça marche d’ailleurs, notre attention ne faiblissant jamais puisqu’elle est constamment prise en charge par du gore over the top et des trouvailles pour faire faire encore un peu plus chuter le quotient intellectuel du casting.

 

 

Alors que l’on n’écoute bien souvent que d’une oreille les délires scientifiques déroulés dans d’autres bandes similaires, dans Cemetery Gates on tend l’oreille, attentifs que nous sommes à la nouvelle tirade rigolarde, au clin d’oeil à peine masqué. De l’auto-dérision, Knyrim en a donc à revendre, voir comment il justifie que deux antispécistes soient parvenus à s’envoler avec un énorme caisson (car le diable de Tasmanie a la taille d’une vache, pas d’un chaton) sans se faire repérer par la sécurité. Réponse à la question : « Ils ont attendu que le garde aille aux toilettes. Par chance pour eux, il avait mangé mexicain… » Pas la peine de commenter, il n’y a rien à ajouter à la perfection. Etrangement, et alors qu’il avait obtenu un rythme de croisière tout ce qu’il y a de plus commode, le film décide un quart d’heure avant la fin de changer de ton et d’opter pour le larmoyant, comme si l’équipe avait peur qu’on les soupçonne de manquer de coeur. Nous voilà donc censés pleurer sur le sort de Precious, rate de laboratoire changée en une colérique machine à tuer et déféquer (et à la rigueur, on veut bien verser une larme pour la pauvre bête), et sur celui du pauvre Bannister, qui comprend un peu tard qu’il devrait passer plus de temps avec son ado de fils (il nous sera plus difficile d’en avoir quelque-chose à foutre). Cemetery Gates finit nettement moins bien qu’il avait débuté, et sans le plaisir que l’on peut prendre à voir le vieux Reggie défourailler au fusil à pompe, on pourrait qualifier cette resucée de The Dark (errances dans des tunnels souterrains, éclairages à la lampe torche, bestiole similaire, final éculé) de pénible. La preuve par neuf qu’il est finalement plus intéressant de faire les cons que de se répandre en sensibleries…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Roy Knyrim
  • Scénario : Brian Patrick O’Toole
  • Production : David E. Allen
  • Pays : USA
  • Acteurs : Reggie Bannister, Peter Stickles, Aime Wolf, Nicole DuPort
  • Année : 2006

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