The Alchemist

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C’est une vieille blague chez les chroniqueurs tapant dans le B-Movie : Charles Band(e) encore ! Mou alors. Et si l’on osait, et je vais oser, on dirait même que le producteur marionnettiste avait des problèmes d’érection depuis ses débuts, ce que The Alchemist et son Robert Ginty lessivé (Le Droit de Tuer) laissaient sous-entendre dès 1981. Quelqu’un aurait une pilule bleue à prêter ? C’est pour un ami.

 

 

Ca ne date pas d’hier que le Charlie brigue une place au Rotari Club de la Série B, et dès les années 70 l’Étasunien plaçait ses plus jolies billes dans de petites productions comme Tourist Trap, pour ne citer que l’une des plus estimables du lot. Si le gaillard tâta de la réalisation dès cette époque (Last Foxtrot in Burbank en 73, Crash ! en 76), il n’en semblait pas moins plus préoccupé à recompter le contenu de sa caisse enregistreuse qu’à hurler des ordres aux techniciens. D’ailleurs, si on le retrouve à la mise en scène sur The Alchemist, c’est surtout parce qu’il considérait qu’il pouvait faire un boulot plus propre que Craig Mitchell, coréalisateur avec Don Coscarelli de Jim, The World’s Greatest puis scénariste de Komodo et Highwaymen, embauché et viré après trois jours de tournage. A Mister Band de jouer au petit chimiste et de jongler avec les fioles et flacons de liquides lumineux. Sans jamais trouver la recette de la pierre philosophale, hélas. Ne dansons pas autour du pommier : malgré son sujet en or, son affiche tentatrice et la majestueuse morosité du score du frérot Richard Band, que l’on a connu moins en forme qu’ici, The Alchemist est un ratage, un vrai. Cela débute pourtant décemment en 1857, alors que Aaron (le père Ginty) découvre que son épouse (Lucinda Dooline) vient d’être empapaoutée par Delgatto (Robert Glaudini), alambiqueur tombé amoureux de la belle et dès lors désireux de l’avoir à ses côtés pour papillonner dans l’éternité qui s’offre à lui. Le projet ne faisant pas déborder Aaron d’un enthousiasme ardent, le mari prochainement trompé s’arme d’un surin et s’en va tailler dans la chair de Delgatto. Mais durant la rixe, le sorcier s’écarte et le coup s’en va se loger dans l’estomac de la brune qu’ils convoitent tous deux. Sincèrement peiné par la mort violente de celle qu’il aime, Delgatto maudit Robert Ginty, forcé de vivre comme une bête jusqu’à la fin des temps. Preuve en est, cent années plus tard le veuf rôde toujours dans les bois du drame, éventrant une biche pour se satisfaire de ses entrailles. Jusque-là, tout va à peu près bien pour The Alchemist, dont les bases sont plutôt saines : un ensorceleur loin d’être adorable mais pas sans sentiments non plus, un homme à qui l’on a tout pris, y compris sa dignité d’être humain, désormais aidé par sa fille Esther, devenue plus vieille que lui puisque Aaron ne peut plus avancer dans l’âge. De quoi promettre une sensiblerie morbide, digne des grands coups de plume de Poe.

 

 

Et chez Poe on reste lorsque intervient Lenora, elle aussi incarnée par Lucinda Dooline. Serveuse lassée d’apporter des omelettes au lard à des routiers auxquels les bonnes manières faisaient défaut, la miss a plaqué son job dans la matinée et arpente désormais le désert américain. Où elle expérimente des visions de celle dont elle est la probable réincarnation, revoyant la lutte entre Aaron et Delgatto pour des beaux yeux similaires aux siens. Troublée et ayant grand besoin d’une compagnie autre que la rocaille et les buissons asséchés par le gigantesque tournesol de feu penché sur elle, elle accepte sur sa banquette l’auto-stoppeur Cameron (John Sanderford). Qui aurait mieux fait de continuer sa course à pied puisqu’en plus d’être d’une humeur épouvantable, Lenora souffre de nouvelles visions et manque plusieurs fois de les faire partir dans le décor aride. La faute à Esther, qui a potassé l’alchimie pour sauver son père de son immortalité, mais semble avoir inclus Lenora dans la boucle. L’éternité, nous en avons un avant-goût nous aussi dans The Alchemist, dont le premier acte s’étend jusqu’à près de cinquante minutes, quand enfin Lenora, Aaron et Esther se font face dans un cabanon reculé, après moult touillages de popote magique de la grand-mère et le road-movie le plus emmerdant du monde du côté de Cameron et sa conductrice chamboulée. Emplâtré au possible, le film ne saurait quitter terre, et encore alourdi par l’incapacité qu’à Charles Band à emballer un plan ne serait-ce que notable, le sortilège ne porte jamais.

 

 

Remarquant tout de même que le compteur tourne sans que la destination soit en vue, l’équipe appuie sur le champignon dans les vingt minutes restantes. Mémé s’empale sur un piquet, une paire de démons sortent d’un portail magique pour se jeter sous les roues des héros et Delgatto réapparaît pour le match retour avec Aaron, le tout dans une autre dimension, orageuse et aux nuages fuchsia. Une goutte de gore tombe (un corps coupé en deux, le faciès écrasé des gobelins) sans que l’on doive trouver de quoi se sécher ensuite. C’est trop tard pour The Alchemist, notre attention s’est envolée en même temps que nos espoirs de voir son thème central bien abordé ou de profiter de la bestialité, beaucoup sous-entendue mais très peu montrée, de l’Aaron maléficié. Résultat des courses, on ne sait plus trop si l’on fixe un film que l’on ne regarde pas vraiment, la télévision qui l’entoure ou le mur derrière.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Charles Band
  • Scénario : Alan J. Adler
  • Production : Lawrence Appelbaum, Charles Band
  • Pays : USA
  • Acteurs : Robert Ginty, Lucinda Dooling, John Sanderford, Robert Glaudini
  • Année : 1983

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