Vampires vs. The Bronx

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En attendant qu’un zig un peu plus aventureux que la moyenne se décide à sortir les momies et autres créatures de Frankenstein de leur habitat naturel, c’est à nouveau aux siroteurs d’hémoglobine de goûter à un milieu qui leur est à priori étranger. Ca déménage donc des vieux castels des Carpates pour traîner dans les rues d’un Bronx aux couleurs de Disneyland, où même les dealers et membres de gang se disputeraient pour savoir lequel aidera votre grand-mère à traverser la rue. Normal : Vampires vs. The Bronx (2020) fait dans la flippe pour mômes et s’assure de ne jamais être plus noir que ses nuits.

 

 

D’ailleurs, s’il vous fallait encore une preuve, autre qu’un titre déjà rigolard de base, que la nature du projet n’a rien de bestiale, il suffit de dérouler le CV de son réalisateur Oz Rodriguez, d’ordinaire abonné aux blagounettes du Saturday Night Live. De quoi poser Vampires vs. The Bronx sur l’échiquier du genre, son pion se faisant le voisin de What We Do In The Shadow plutôt que celui du beau Byzantium, auquel il n’aurait pas été criminel de se coller. Mais il en faut pour tous les goûts et pour tous les âges, et l’un dans l’autre, puisque le public s’est épris des gamins à bicyclette vivant de fantastiques aventures depuis Stranger Things, autant lui offrir son poids en horreur enfantines. Ca fait toujours plaisir à la banque. C’est Netflix et Universal qui s’y collent cette fois-ci, balançant dans les pattes de vampires millénaires quelques mioches des rues se battant pour sauver leur quartier de l’invasion dentée. Pas cons d’ailleurs les blood suckers : puisqu’ils ne peuvent rentrer dans un appart’ sans y avoir été invités, ils montent une société immobilière et rachètent un à un les immeubles et commerces environnants, le Bronx entier devenant leur nid. Plus la peine dès lors de frapper et d’attendre une proposition à prendre une tasse de café pour se glisser dans l’intimité de leurs victimes… Pas dupe que cette entreprise nommée Murnau et dont le logo n’est autre que la tronche du vieux Vlad Tepes n’en veut qu’aux jugulaires de ses gentils voisins, le petit Miguel, douze ou treize ans, rameute son pote geek Luis et son meilleur ami Bobby, à deux doigts de devenir une petite frappe comme son défunt père, pour planter du pieu pointu et distribuer des mandales à l’ail.

 

 

Que dire de plus, d’ailleurs ? Ben pas grand-chose, car très conscient que son bidule est à destination des pré-ados, ceux-là même qui considèrent que les films Chair de Poule c’est bon pour les petits aux pieds encore enfoncés dans le bac à sable mais ne sont pas encore prêts à s’envoyer du Suspiria ou même un bête Vendredi 13, Rodriguez s’assure que rien n’est trop compliqué pour la génération Smartphone, qu’aucune pensée un peu trop intelligente vienne les détourner de leur partie de League of Legends ou les interrompre alors qu’ils sont en plein live chat avec leurs copains de classe. Pas la peine d’espérer que la bonne idée des rôdeurs nocturnes jouant à Monopoly et mettant la main-basse sur les HLM pour mieux se s’installer parmi leurs locataires soit particulièrement développée. Elle reste un vague fond, un arbre en carton décoratif pour que la scène ne semble pas trop vide. Dans le même ordre d’idée, le script démarre un bref parallèle entre les amitiés néfastes d’un Bobby hésitant à rentrer dans le rang de la délinquance et celui de cet humain servant d’esclave aux vampires en attendant de devenir à son tour un immortel. Pour ne rien en faire ou si peu, Rordiguez mettant à nouveau un point d’honneur à ce que toute possibilité de lecture approfondie, d’analyse même simpliste, soit impossible. Le propos n’est pas plus au gore, le film étant plus exsangue que les victimes des pompeurs de sève : ce qui compte ici c’est que le collégien se sente bien enfoncé dans ses Nike, qu’il retrouve des références qui sont les siennes, croise des teenagers obsédés par la Xbox et Instagram, dont les héros musicaux sont Drake et compagnie. Pour la street cred’ on rameute le déjà vieux Method Man pour un petit rôle, et on convoque aussi Zoe Saldana pour un caméo histoire de se faire plus prestigieux qu’on ne l’est. Mais ne nous y trompons pas : tout cela n’est qu’une devanture transformant la crèche en théâtre de minuit.

 

 

Est-ce à dire qu’il faille sortir le crucifix et réciter le Nouveau Testament pour pousser Vampires vs. The Bronx à la désintégration, parce que l’on se fâcherait que tout cela n’apporte strictement rien ou parce que les vampires, qui semblent dater de la première tournée européenne de Rammstein, sont aussi effrayants qu’une poupée Hello Kitty ? Non, car toute sage soit-elle, au moins l’affaire profite-t-elle d’un rythme satisfaisant, et d’une belle ambiance urbaine (qu’elles nous manquaient, ces bouches d’égout fumantes d’un autre âge!), même si en la matière c’est pas Predator 2 ou La Nuit du Jugement non plus. Si vous avez des enfants entre deux âges pressés de s’offrir un frisson sans forcément passer par la case nuit blanche, cette version light de Attack the Block devrait donc occuper les troupes une soirée, sans que la baby-sitter embauchée pour leur faire la popote doive souffrir d’un spectacle excessivement juvénile.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Oz Rodriguez
  • Scénario : Oz Rodriguez, Blaise Hemingway
  • Production : Lorne Michaels
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jaden Michael, Gerald Jones III, Gregory Diaz IV, Sarah Gadon
  • Année : 2020

6 comments to Vampires vs. The Bronx

  • Denis  says:

    Tu n’aime pas les jeunes.
    Je te comprends, ils sont moins vieux que moi,les petits salauds.
    Le coup Rammstein m’a fait hurler de rire.
    Encore du super boulot.

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    De la Hoodsploitation en 2020, on aura tout vu ! Cela celui-ci semble sympa dans son genre, et même si la Stranger Things-ploitation commence à m’agacer un peu, elle produit généralement des trucs pas trop trop dégueulasse. Ce qui m’embête par contre c’est de voir que c’est une production Netflix, ce qui explique beaucoup ce « rien » qui a l’air de règner sur le film et qui te donne peu à dire.

    Laisse-moi deviner… Les méchants vampires sont tous des mecs blancs, pas vrai ?

  • Roggy  says:

    Je ne suis plus un enfant entre deux âges, mais j’ai trouvé le film sympathique, à la fois old-school et anachronique. C’est bancal et par moment dépassé, mais il y a quand même une bonne ambiance entre le film des années 80 et la Blaxploitation.

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