Naked Cannibal Campers

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Peut-être lassés de leur vallée des dinosaures natale ou de leur jungle amazonienne rebâtie en écorcherie, les cannibales se sont emparés d’un camping de la région de Tampa et ont décidé d’y changer de look. Dorénavant les anthropophages seront exclusivement de sexe féminin, ces gloutonnes seront tatouées de l’orteil aux oreilles, solliciteront Satan sur leur temps libre et joueront de leurs charmes pour attirer le jeunot ivre dans leur cabine pour mieux l’y goûter. Bienvenue dans Naked Cannibal Campers (2020), douzième livraison d’un Sean Donohue (Death-Scort Service, Zed’s Dead) très occupé à honorer l’éternel triptyque entrailles fumantes/gonzesses à poil/fêtards un peu cons.

 

 

Certains enchaînent les tournages pour voir leur compte en banque prendre quelques bourrelets, d’autres par pur amour de l’art. Sean Donohue, lui, reprend encore et encore la route de la création depuis un peu plus de dix ans par insatisfaction. Se décrivant lui-même comme un auteur atteint de troubles obsessionnels compulsifs, le chauve à barbe explique le plus simplement du monde qu’il se satisfait rarement de ce qu’il produit et se doit retourner au charbon pour au moins essayer de mieux faire, sans quoi sa cervelle et les pensées noires qu’elle enclore le tortureront lors de nuits blanches à ressasser ses bévues passées. A l’en croire, chaque nouvelle livraison du Donohue est là pour effacer le souvenir des précédentes, que le réalisateur n’a de toute évidence pas envie de retourner ciel et terre pour les vendre. Pour preuve : fatigué d’avoir à traverser plusieurs Etats pour s’installer derrière une table où sont répartis les DVD de ses films, il monta dans sa région la petite convention Tampa Bay Screams, marché aux puces du coup de machette d’une pièce à peine, où l’on peut croiser quelques gloires de la Série B comme les indéboulonnables Linnea Quigley et Felissa Rose. Ce qui ne demande finalement pas moins d’efforts que de prendre la route, mais on verra dans cette prétendue fainéantise assumée l’arbre qui cache la forêt d’une passion, plus dévorante que ce que le bon Sean veut bien l’avouer. La preuve s’appelle Naked Cannibal Campers, l’un de ses plus récents travaux (deux ont suivi depuis), Z jusque sous les ongles mais pas torché par-dessus la jambe pour autant. Malin, Donohue n’organise pas un interminable buffet mais plutôt un petit casse-croûte d’une petite heure, et opter pour le moyen-métrage lorsque l’on n’a pas un picaillon en poche reste une preuve de sagesse.

 

 

De toute façon, le bonhomme n’a pas grand-chose à raconter. Son script se résume à l’arrivée de trois djeuns qui ne le sont pas tant que ça (le syndrome du trentenaire embauché pour incarner de l’étudiant frappe encore) dans un camp où logent des sorcières à la fois sataniques et geeks, l’une d’elle ayant des sabres lasers tatoués sur les boobs et la pochette du Lords of Salem de Rob Zombie sur le bide. Avenantes de prime abord, elles proposent une folle soirée aux nouveaux arrivants, promettant des douches à la bière, des passes de joint et même un délicieux barbecue. Sans préciser que c’est les garçons que l’on retrouvera finalement allongés sur le grill, évidemment. S’agit de ne pas vendre la mèche et se priver du repas du soir… Le festin pourrait cependant être annulé, car dans la précipitation de leur précédente tuerie lors de laquelle elles ont dévoré une nénette, nos witches ont oublié d’achever le petit copain de leur repas. Et comme une sorte de magicien redneck et borgne rôde dans les mêmes bois qu’elles et en a plus que marre de partager ce coin de terre avec de démoniaques gourmandes, il guérit le blessé d’un simple touché magique (hop, un calque Photoshop dégueulasse à l’écran et le souffreteux évite la nuit aux urgences) et lui apprend à se défendre. Leur mission nouvelle : défoncer les tireuses de cartes carnassières en vidant les chargeurs et en leur envoyant des grenades entre les jambes. Ce qui semble bien marrant ainsi décrit, et ça l’est d’ailleurs véritablement en un sens, Naked Cannibal Campers n’étant de toute évidence pas la plus sérieuse des péloches au fumet de brochette de porc. La bande-son n’évite pas l’ironie, les héros accumulent les références à Star Wars et ça blague en se mettant de la crème fraîche sur le pif ou en s’envoyant des balles de tennis dans la gueule. Mais adepte du grand écart stylistique, Donohue quitte les sandales de l’humour cheesy pour les bottes crasseuses de l’exploitation nauséabonde, et une fois les mangeuses d’homme à table, ça ne rigole plus. Du tout. Le score se renverse et devient un amas de bruits menaçants ou vire au metal, les cocottes font presque froid dans le dos et les séquences gore sont plus que salaces et très salissantes, au point qu’elles pourraient trouver place dans les recoins les plus extrêmes du catalogue d’Uncut Movies.

 

 

Nos sourires s’envolent bel et bien lorsqu’un pauvre hère assommé se réveille et découvre les vilaines en train de se repaître de la chair de ses jambes, arrachées. Et le malaise s’installerait presque lorsque ce couvent noir démembre entièrement une proie naïve et se badigeonne de son sang, les unes et les autres se frottant les seins et le fessard à l’aide de la sève cramoisie, tandis que la plus excitée du lot fait du facesitting avec la caboche décapitée de l’amant malheureux. Re-Animator battu à 2-0 pour le coup. Pour quelqu’un que l’on pensait n’être qu’un petit farceur, notre client du jour Donohue frappe plutôt fort et nous laisserait presque avec un hématome ou deux. Naked Cannibal Campers n’en évite pas pour autant quelques maladresses, et l’oeil vif repérera le reflet de la loupiotte rouge de la caméra dans une vitre de voiture, les effets digitaux cheap à mort de la bataille finale et une interprétation que l’on ne couronnera pas de lauriers dorés. Tout cela reste du cinoche semi-amateur, après tout. Mais qu’importe les ronces tant que la rose a des couleurs, et Donohue livre un passe-temps fait par des fans pour des fans. Les filles, pas tout à fait des bimbos comme dans les années 80, même si elles passent un temps dingue sous la douche comme Linnea en ses belles années, sont de toute évidence des amoureuses du genre pêchées lors de conventions. Et les effets, à l’ancienne pour leur majeure partie, rappellent que le but ultime de l’entreprise est d’en foutre partout en un minimum de temps et sans se fâcher avec son conseiller bancaire. Très imparfait, car c’est la nature même d’une zéderie, mais définitivement attachant et surtout très sincère.

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Sean Donohue
  • Scénario : Sean Donohue
  • Producteur : Sean Donohue, Christopher Leto
  • Pays : USA
  • Acteurs : ‘Sushi’ Xhyvette Holder, Sith Jade, Veronica Raine, Beux Leto
  • Année : 2020

2 comments to Naked Cannibal Campers

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Des pseudo Suicide Girls à poil et cannibales, hmm ? Okay, donc celui-ci je le mets sur la liste…

    Très intéressant portrait du réalisateur en tout cas. Le genre de mec qui mériterait peut-être de prendre un peu plus son temps et de storyboarder ses séquences plutôt que de foncer dans le tas.

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