Gothic & Lolita Psycho

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Les Japonais ne sont pas des gens comme tout le monde. Là où le reste du monde équipe ses plus belles sirènes des plus luxueux froufrous pour ensuite les envoyer resplendir sur les podiums, les ninjas de la Série B nippone préfèrent propulser leurs petites sur des champs de bataille, où l’on risque de trébucher sur une tête décapitée tous les trois pas. Gothic & Lolita Pycho (2010) perpétue donc la tradition des Tokyo Gore Police et The Machine Girl, même si, surprise, cette énième micro-production à l’état d’esprit très manga compte moins sur la viscère que sur le jeu de jambes de son héroïne.

 

 

Tel a du pain quand il n’a plus de dents. Et me voilà, après m’être plaint à quelques reprises que les festivals gore made in Japan s’étiraient trop souvent et avaient cette vilaine habitude de noyer leurs folles séquences dans un pathos presque automatique, à regretter que Gothic & Lolita Psycho aille lui trop droit au but. Car pour une fois, et même s’ils sont bien présents, les flashbacks ne jouent pas les prolongations et se résument à une seule et unique scène. Violente, bien sûr, un groupe de cagoulés surgissant dans l’appartement où vivent la jeune Yuki, sa mère et son père, pour rendre le pauvre papa paraplégique et crucifier la maman au mur. Et tout ça le jour de l’anniversaire de l’adolescente. Tu parles d’un cadeau… De quoi irriter la demoiselle, partie dans une croisade vengeresse, attifée comme si elle participait à un concours de cosplay à la Japan Expo et armée d’un mortel parapluie, digne du Pingouin de Gotham City. Mis à part cette séquence, segmentée et distribuée aux quatre coins du film pour en dévoiler l’horreur de manière progressive, mais aussi pour permettre à Yuki de ressasser sa haine pour ses ennemis et garder foi en sa sanglante revanche, et si ce n’est quelques dialogues voulus émouvant avec le père cloué à son fauteuil, le réalisateur Gô Ohara ne s’offre aucun temps mort et fonce dans le tas le poing serré. On verra dans cette tornade de bourre-pif, de coups de pied au cul et de mandales dans la gueule une déformation professionnelle, Ohara-san étant ailleurs un coordinateur de cascades. On comprend donc que pour son deuxième long-métrage, après un Geisha vs Ninja (2008) sur le tatami duquel on ne devait pas jouer qu’au mah-jong, le pro de la triple culbute ait préféré passer direct à la gymnastique létale de son héroïne. Cela discourt donc assez peu, et seulement pour souligner quelques banalités façon « ça ne ramènera pas ta mère, tu sais », les 85 minutes ici offertes (enfin, la galette proposée par Elephant Films vous en coûtera quelques piécettes tout de même) se constituant presque exclusivement de cinq longues scènes de combat, mieux chorégraphiées que la moyenne du genre. Le fait que la star Rina Akiyama soit passée dans la série Kamen Rider, éternel défilé de balayettes entre héros costumés doit également jouer dans le caractère sportif de Gothic & Lolita Psycho.

 

 

Alors on ne va pas reprocher à Ohara d’avoir misé sur le punch d’une trame typiquement japonaise, presque vidéoludique puisque dans une logique de pallier chaque adversaire de Yuki sera plus fort que le précédent et utilisera de nouvelles techniques de combat. Et on ne va pas râler sur le caractère fou des adversaires en question, cruel dandy riant de la souffrance des autres, maîtresse des jeux gérant un hangar façon Fight Club en plus dingue, prof de sciences doté du don de télékinésie ou lycéenne à la mode usant de grosses pétoires. D’autant qu’il y a de l’idée dans ces affrontements, une troupe de danseurs faisant ici barrage à la justicière gothique, quand elle ne doit pas là-bas empêcher un échafaud de s’abattre sur la nuque de son père tout en affrontant un vil épéiste. L’ennui, c’est qu’avec son maigre flashback dispersé ça et là au montage, Gothic & Lolita Psycho se prive d’une montée en puissance dans les sentiments de Yuki, de sa rage croissante, que l’on ne partage jamais puisqu’elle se trouve déjà au summum de la haine dès l’entame. Le spectacle divertit, et pousse parfois au rire gras (le télé-kinésiste tente de plier des cuillers, mais force trop et cartonne son slibard), la subtilité n’ayant jamais été le fort de ce type de films, mais n’implique jamais au-delà d’une certaine limite.

 

 

Sans doute trop pressé d’en venir à ce qui l’intéresse, soit la castagne, Ohara n’a pas voulu jouer le jeu du premier acte plantant les graines des fleurs à venir. Et ça ne paye donc qu’à moitié, son film gagnant en dynamisme ce qu’il perd en profondeur. Car l’un dans l’autre, le périple de Yuki ne raconte rien, et la facette la plus intéressante du script est très sous-employée. On découvre ainsi (et attention Spoiler) que la mère de Yuki fut crucifiée parce qu’elle était une démone, une révélation soulevant plus de questions que de réponses et purement accessoire, car servant à transformer la jolie Yuki en une bête diabolique à son tour. Mais toujours avec la jupette noire de la gothic chick, histoire d’avoir de faux airs de choriste pour Cradle of Filth ou Dimmu Borgir. Un final amusant visuellement, d’autant que le dernier des sales types à occire se découvre des capacités caoutchouteuses et a le don d’allonger ses membres, mais dont il ne ressort pas grand-chose, comme si la conclusion n’en était pas vraiment une. Probablement que le propos n’était pas à trouver dans l’introspection mais dans le mouvement, dans le sprint, à sauter au-dessus des quelques caboches tranchées roulant au sol (Yoshihiro Nishimura, réalisateur et pro des sfx spécialisé dans la tripaille, n’a néanmoins pas eu grand-chose à faire ici) et se réapproprier quelques plans que les Américains avaient chipés au cinéma asiatique (le bullet time lors d’une rixe en cuisine). Gothic & Lolita Psycho demande d’être vu comme un exercice de style plutôt que comme une œuvre à part entière, et si on ne regrette pas ces interminables drames qui transperçaient les Robo Geisha et compagnie, on déplore que le dosage entre sensibilité et action ne soit pas plus mesuré, l’un pouvant très bien nourrir l’autre. Ce n’est malheureusement que partiellement le cas ici, et on aurait aimé respirer un peu plus entre deux rossées. Reste le plaisir bien réel de voir une teenager vénère coller une dérouillée à une bande de pourris dans des chorés à faire pâlir Mary Poppins elle-même.

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Gô Ohara
  • Scénario : Hisakatsu Kuroki
  • Producteur : Hiroyuki Sasaki
  • Titre Original : Gosurori shokeinin
  • Pays : Japon
  • Acteurs : Rina Akiyama, Misaki Momose, Yûrei Yanagi, Ruito Ayoagi
  • Année : 2010

 

2 comments to Gothic & Lolita Psycho

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Je t’avoue que je commence à les mélangers avec le temps. Je penses à celui-ci et j’ai des images de Frankenstein Girl vs. Vampire Girl en tête, mais avec le point de départ de Machine Girl. Ou de Samurai Princess.

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