Aquarium of the Dead

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Une fois le tour du monde zombiesque terminé, et les macchabées voraces posés dans tous les lieux possibles et imaginables, de l’avion en déroute aux stades de foot, les studios orientés petits budgets se mirent tous d’accord pour quitter les cimetières et vider du baril radioactif dans les fermettes. Et après les castors back from the dead, les dinos en décomposition et les cerfs galopant trompant leur trépas en galopant à travers bois, voilà que la faune des mers s’y met avec Aquarium of the Dead (2021). Une production The Asylum. Donc toute pourrie.

 

 

Ca y est, la fournaise annuelle fait son apparition, et nous revoilà moites, et nos chemises si trempée qu’elles en sont devenues des étiquettes scotchées à notre peau. Le soleil nous frappe de ses poings serrés, les coins d’ombre ne nous offrent plus qu’un maigre réconfort et il nous suffit de faire vingt mètres pour sentir. La nuit, nous gisons huileux sur un matelas devenu à eau. Quant aux rares courants d’air, ils sont désormais chassés, chassés comme un animal rare dont la chair serait la plus délicieuse au monde. Dans cette braise impitoyable, les boissons froides ne sont plus un simple petit plaisir, elles montent au grade de nécessité, de bouclier contre ces flammes décidées à s’abattre sur nos sèches carcasses. Une fois n’est pas coutume, c’est aux petits rigolos de chez The Asylum que l’on a commandé les affranchissement. Pas notre genre ça, de nous arrêter à la terrasse de ces grossistes en mockbuster, capables de vous refaire Transformers avec des restes de deux chevaux ou de tourner l’entièreté d’un sous-King Kong vs Godzilla en moins de temps qu’il n’en faut à Hollywood pour faire le montage d’un simple trailer… A vrai dire, ce n’est ni leur roublardise, ni leur mauvaise habitude de ne jamais rendre la monnaie qui m’a toujours tenu éloigné de leur buvette, aux tabourets craquants et aux verres mal lavés. Pas plus que leurs boissons toujours tièdes ou le fait que le serveur manque toujours de faire ses lacets et finit une fois sur deux par vous verser le breuvage commandé sur les jambes. Non, le problème avec The Asylum, c’est que sa cohorte de défauts, le studio l’entretient comme on bichonne un nouveau-né. Et ses maladresses, elles sont voulues, planifiées, organisées. The Asylum fait dans la nullité, et il le fait exprès, sa conscience de lui-même et des fous rires d’une audience moqueuse le poussant à insister dans l’ineptie, dans la contrefaçon misérable. Qu’importe au fond que l’on récolte les fruits pourris sur la scène, ou que l’on en soit réduit au statut de bouffon martelé par son audience, tant que l’on se fasse un petit sou et que l’on ait droit à un paragraphe plié à la va-vite sur Bloody Disgusting. Les tornades de requins volontairement ratées, même pour de rire, ce n’est pas trop le genre de notre maison, et vous m’excuserez de retourner vers des Jeff Leroy ou Brett Piper dont les toiles sont elles aussi faites au crayon pastel, sur du papier recyclée plutôt que sur une toile coûteuse : oui c’est gauche, non ce n’est techniquement pas plus réussi (encore que…), mais au moins ces messieurs essaient-ils vraiment et sont de véritables passionnés. Ne me demandez d’ailleurs pas ce qu’il m’a pris de commander un jus d’ananas à ces semi-escrocs que j’estime si peu, je n’en sais rien moi-même. Peut-être est-ce là le succès d’un trailer mieux foutu que la moyenne, et montrant toute une animalerie d’eau douce zombifiée dans Aquarium of the Dead, morses, étoiles de mer, dauphins, crabes aux pinces d’or, lions de mer et autres pieuvres sortant de leurs bassins pour se faire du véto. Sans doute aussi que la montée des températures chauffe notre inconscient, qui s’empresse alors de nous mettre en tête des images de cours d’eau, de plages abandonnées et de cocktails en bordure de piscine. Niveau thermes et pataugeoires, le film de Glenn Miller, habitué de l’attaque animalière d’outre-tombe puisque déjà responsable des fosses à bêtes féroces Zoombies 1 et 2, devrait faire l’affaire et nous donner l’impression de prendre le bain de minuit rêvé. Inutile de vous dire qu’il est inutile de prendre votre bouée, peu de chance que vous buviez la tasse dans ce vilain bocal. Quant à mon jus d’ananas, il était une fois de plus coupé à l’eau tiède.

 

 

La première impression, à défaut d’être la bonne, encourage néanmoins à insister dans Aquarium of the Dead. Peut-être pas à plonger, mais au moins d’y tremper un pied. Car contre toute attente, et alors que l’on craignait de se retrouver face à du Z bureaucrate, où les plus concernés débattent au téléphone durant près d’une heure pour permettre aux producteurs gredins d’économiser leurs trois billets, l’invasion de mammifères infectés fut tournée dans un véritable musée aquatique, et profite donc d’une crédibilité certaine. Merci qui ? La Covid bien sûr, puisque Miller profita du confinement et de l’interdiction de se rassembler dans les lieux publiques pour aller filmer, en six jours, son DTV. Vous aurez donc votre dose de réservoirs où tournoient des méduses couleur cuivre, où les piranhas claquent des dents et où les otaries se pourchassent gaiement. Suffisamment dépaysant pour que l’on accepte de se mouiller un peu plus, disons jusqu’au ventre. Mais nous n’irons pas plus loin. Car très vite on se rend compte qu’en plus de n’avoir aucun script à disposition, le pourquoi du comment de l’infection des animaux étant expliqué en trois lignes de dialogues, Glenn Miller n’a aucune intention de se fouler. Sans doute mettra-t-il la fainéantise de sa mise en scène sur le dos de la semaine raccourcie dont il a bénéficié pour les prises de vue, et il est entendu qu’une demi-douzaine de journées de tournage n’est pas suffisant pour espérer un quelconque fignolage. Mais tout de même, alors que la bande-annonce nous promettait des attaques répétées de tout ce que les océans peuvent compter d’habitants, à l’écran on se trouve avec des crocodiles sous Curcufen se baladant dans des couloirs sans jamais croquer ne serait-ce qu’un mollet. Les lions de mer ? Ils ne sortent jamais de leur cage de verre. Les piranhas ? On oublie, peut-être parce que Joe Dante l’a déjà fait dans une autre vie et qu’on n’oserait se risquer à une comparaison… Le dauphin ? En hors-champ, s’il vous plaît.

 

 

Du hors-champ on use et abuse d’ailleurs ici, au point que l’on vient à manquer de doigts pour compter les plans où les protagonistes, comme toujours incapables de fuir ces lieux soi-disant inondés (un coup de raclette et on en parle plus, franchement), regardent vers une terrible menace qu’aucun contre-champ ne viendra nous dévoiler. Tu parles d’une arnaque. C’est vrai, on voit les crabes tirer les oreilles d’un homme à tout faire (et le crustacé finira dégager d’un swing digne de Mario Golf), un requin mordre dans une jambe et le morse plantera bien ses grosses défenses dans un torse. Mais tout cela, la bande-annonce le montrait déjà, et avec plus de rythme évidemment, car on n’avait pas à s’y taper les tirades du sénateur mécontent de sa visite, de la secrétaire craignant pour sa vie, de la vétérinaire pleine de bravoure, de la scientifique aux explications fumeuses (généralement, sa prise de parole signifie « pause pipi ») et du black persuadé qu’il sera le premier à y passer. Ce sera d’ailleurs le cas. De quoi générer quelque frustration et donner envie de jeter son maillot Speedo à la face du traître Miller, même pas capable de nous torcher un animal attack compétent, seul Paul le poulpe (qui aurait prédit cette année que le gagnant de l’Euro serait le Coronavirus) jouant véritablement des tentacules pour serrer la cravate du casting. Cela dit, est-ce qu’on s’emmerde véritablement ? Si l’on est seul dans la baignoire, un peu, mais si l’on a rameuté quelques bons potes pour l’occasion, et qu’ils ne sont pas venus les mains vides, il y a matière à sauver la soirée.

 

 

Pas tant parce que Aquarium of the Dead serait un festival gore, on y saigne à peine. Pas non plus parce que les bestioles seraient mal foutues, elles sont dans la moyenne des CGI de la Série B actuelle, et si l’on doit se gausser des effets, ce sera au détour de cette scène voyant la mort de Vivica A. Fox (La Main qui Tue), d’abord embauchée pour tapoter mollement un clavier d’ordinateur, puis jetée sur un fond vert où la distance avec l’eau dans laquelle elle est censée atterrir paraît à la fois éloignée et très proche. Non, si l’on doit rire et faire des bulles sous la flotte, ça sera en voyant les « comédiens » faire tout et surtout n’importe quoi. L’héroïne sans charisme Eva Ceja est ainsi incapable de réciter la moindre ligne sans soulever un léger sourire, ce qui la fout mal lors des séquences voulues comme tendues. D.C. Douglas, version Z de Francis Lalanne, et d’ordinaire habitué à donner de la voix plutôt qu’à se montrer (les fanas de la saga Resident Evil le connaissent peut-être pour être la corde vocale du méchant culte Wesker), tente en vain de nous faire croire à sa grosse fatigue en soupirant comme un porc. Quant à Madeleine Falk, elle est la pire du lot, que ce soit à cause des cris étranges qu’elle pousse pour traduire la douleur ou quand elle fait des grimaces improbables. N’allez donc pas penser que le clou du spectacle tient à un défilé d’ailerons, qui n’arrivera jamais, mais bien à la malhabileté d’une troupe d’acteurs soldés, à peine bons pour nous vendre une lessive sur le petit écran mais dès lors passionnants à observer. N’empêche qu’on a pas mis la tête sous l’eau quand même et que nous sommes toujours aussi salés.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Glenn Miller
  • Scénario : Marc Gottlieb
  • Pays : USA
  • Acteurs : Eva Ceja, D.C. Douglas, Madeleine Falk, Vivica A. Fox
  • Année : 2021

A lire aussi, la chro de l’ami Adrien sur Perdu dans la cinquième dimension!

5 comments to Aquarium of the Dead

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Oui, je… n’ai pas franchement aimé non plus… Le hors champ plus que le reste m’a flingué le film en fait. Je peux faire avec le reste, mais comparé à Zoombies qui faisait des efforts, là tu sens que le produit devait pas du tout sortir en l’état à la base. Avec Brett Piper au moins t’aurais eu des poissons zombies en stop motion dans tous les plans !

    Et merci pour le lien au passage, c’est bien sympa !

  • Denis  says:

    Moui, la première image me fait penser à un truc qu’une ex m’avait fait goûté dans le Finistère…pas mauvais…
    Sans quoi, faut que je me mate la ba, tellement ton descriptif paraît incroyable dans le n’importe quoi putassier au possible…
    Au fait, je me fait démonter par pas mal de potes, ( Écran Large, sort de ce corps), mais j’ai bien aimé le Kong vs Godzilla, complètement WTF, mais avec des yeux de gosse voyant de grosses bébêtes se mettre joyeusement sur la cheutron,.
    Bien à toi, Rigs.

  • Denis  says:

    Goûter.

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