Nightmare Concert

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Grand prélat de l’église du dégoût, Lucio Fulci, voyant ses derniers jours arriver, aurait-il décidé de s’abandonner au chant du cygne avec Nightmare Concert (1990) ? Voilà en tout cas une autobiographie tordue, dans laquelle l’Italien joue son propre rôle et sombre dans la folie à force de coucher sur pellicule des vortex de violence, tandis que son psychiatre en profite pour tenter de lui mettre sur le dos ses propres meurtres. Pourvu que la consultation ne chiffre pas trop haut…

 

 

Certes, arrivé aux années 90, cela fait déjà un bout de temps que Fulci ne rigole plus avec les pires nigauds de la botte et ne se retourne guère plus sur les cuisses gentiment dévoilées des MILF du pays, le petit barbu ayant cédé aux sirènes du macabre pour des résultats ne prêtant généralement pas à la gaudriole. A moins bien sûr de considérer que l’empalement de pupille sur une écharde et le dégueulis de boyaux tiennent du summum de la comédie, auquel cas il est toujours temps de consulter. N’empêche que depuis quelques années, Lucio sent la froide étreinte de la mort sur sa nuque et s’obsède pour son propre trépas, ses ultimes bisseries prenant des airs de plus en plus funéraires. Voir pour s’en convaincre Door Into Silence qu’il tourne pour la Filmirage, dans lequel un type se sent poursuivi par un étrange corbillard, ou encore Voix Profondes, où le fantôme d’un homme d’affaires empoisonné aide sa fille à résoudre le mystère de sa mort. Si le présent Nightmare Concert, peut-être mieux connu sous le titre Cat in the Brain, se fait moins sépulcral, il n’en prend pas moins le visage du bilan, celui d’une carrière en bonne partie passée à multiplier les décès les plus sales. Et s’il reste une impression à l’issue de la séance, si un message doit perdurer, c’est celui qu’au fond, ces découpages à la tronçonneuse ou ces festins de zombies tropicaux épuisent un cinéaste déjà fuit par la santé, et donc physiquement diminué. A ce stade de sa oeuvre, et au vu de son état, on ne s’étonne donc pas outre mesure de découvrir que ce Un Gatto nel Cervello ne renferme au final que peu de nouvelles scènes réellement tournées par le papa de Frayeurs, celui-ci faisant à la place son marché dans quelques productions passées. Les siennes (Soupçons de Mort et Les Fantômes de Sodome passent au centre de tri) mais aussi celles des autres, la quasi-totalité du catalogue portant l’emblème « Lucio Fulci presents » passant sur le banc de montage pour y être charcutée et greffée aux quelques parties véritablement façonnées par Fulci. Un travail économique, mais pas facile pour autant, le scénariste Antonio Tentori (les derniers Mattei et Argento, comme La Création et Dracula 3D) et le monteur Vincenzo Tomassi (la plupart des Fulci horrifiques, mais aussi Killer Crocodile, La Maison au fond du parc, Cannibal Holocaust et bien d’autres) s’adonnant à un travail de fourmi pour recoudre des scènes gore diverses et variées, et faire en sorte qu’elles ne jurent pas trop une fois collées aux bobines shootées par Lucio Fulci.

 

 

Pour justifier ces emprunts, le script souligne la folie galopante de Lucio Fulci, le personnage, metteur en scène si appliqué à ses arts du sadisme et de la torture que ses visions d’enfer continuent de tournoyer dans son crâne même lorsque sa caméra est coupée. Où qu’il pose son regard, le vieil homme tombe sur des corps en putréfaction ou des orgies nazies, quand il ne soupçonne pas son jardinier de songer à le découper comme un morceau de bois, et c’est en toute logique qu’il court dans la salle d’attente d’un psychiatre embauché pour lui soigner les nerfs. Le vilain docteur mettra surtout du désordre dans ses méninges : prit d’une misogynie galopante depuis que sa perfide épouse ne cache plus tout le mépris qu’elle éprouve à son égard, le toubib aussi malade que ses patient a besoin de faire la peau aux prostituées des environs. Et maintenant qu’il connaît tous les recoins du labyrinthe mental de Fulci, et qu’il sait que le pauvre a peur d’un jour passer à l’acte et devenir aussi brutal que son cinéma, le psy compte bien lui imputer ses propres déviances. Le fourbe peut donc étrangler à la corde de piano, trancher des mains à la hache ou planter des crochets dans des nuques avec le coeur léger de celui persuadé qu’il ne se fera jamais prendre. Les fans hardcore de Fulci célébreront peut-être un petit retour aux trames giallesques des années 70, les autres, moins miséricordieux, ne verront là qu’un fil rouge trop fin et jamais crédible, de toute évidence imaginé à la va-vite et n’évitant jamais le ridicule. Difficile en effet de ne pas y aller de son facepalm quand le psy assassin dévoile son plan diabolique, face caméra et le regard hystérique, tel un méchant de dessin-animé. Et pitoyable, la conclusion de l’affaire (attention, spoiler inside), réglée en hors-champ par un policier curieux, à peine présent dans le reste du métrage, qui décide de suivre Lucio pour vérifier son innocence et abat le médecin des ciboulots de quelques balles. Rien ne nous est montré, tout est révélé en deux lignes de dialogues et le tout se termine sur le yacht personnel du réalisateur, qui navigue avec la secrétaire de son psychiatre, dont le grand rêve était de tourner un film avec lui. Mais alors qu’on pense Fulci enfin heureux, le voilà qui profite à nouveau du hors-champs pour dépecer la jolie… avant de rire un bon coup et la faire réapparaître, car tout cela n’était qu’un énième tournage. Tout, tout, tout ? Depuis le début ? Ou les actes du psy étaient eux bien réels et il n’y a que ce final à servir de blague ? Allez savoir, et de toute façon, on s’en fiche un peu… (Fin des spoilers)

 

 

La trame scénaristique importe en effet fort peu, Fulci restant en cela fidèle à lui-même : l’important c’est le climat de démence, et la générosité dont il fait preuve lorsque vient le moment d’annoncer une giboulée de morceaux de viande humaine, même si ceux-ci sont piqués à d’autres boucheries que la sienne. Et moins que le suspense, peu présent, de cette enquête entourant le mari malheureux, c’est la lassitude ressentie par Fulci envers un cinéma virulent et tout entier porté sur le choc qui prédomine. Car en plus de ployer son moral, ses films lui coupent l’appétit et réduisent à néant ses interactions sociales, rendues impossibles par la peur qu’il a de violenter son interlocuteur. Alors lorsqu’il fait un grand signe de la main pendant que son embarcation s’éloigne, tel un au revoir fait à ses fans et un happy end qu’il se souhaite à lui-même, on ne peut s’empêcher d’y voir une prise de retraite bien méritée, même si d’autres productions suivront tout de même. Soyons réalistes et reconnaissons que plutôt qu’une lettre d’adieu poignante, Nightmare Concert est une aubaine pour le bisseux en quête de gore fest mais démotivé à l’idée de s’envoyer les fort médiocres, et souvent chiants, Bloody Psycho, Murder’s Secret et autres Massacre ici compilés, et qui pourra donc voir à moindre frais, et sans y perdre trop de temps, le peu que la collection Fulci presents avait à offrir.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Lucio Fulci
  • Scénario : Lucio Fulci, Antonio Tentori, Giovanni Simonelli
  • Producteur : Luigi Nannerini
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Lucio Fulci, David L. Thompson, Malisa Longo, Jeoffrey Kennedy
  • Année : 1990

 

6 comments to Nightmare Concert

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Ouais, j’ai découvert le film à une époque où je m’y connaissais beacoup moins question Bis et le recyclage d’autres films était bien passé pour le coup. Et comme tu dis la conclusion faisait très retraite et adieu aux fans, ce qui est forcémment sympa quand on sait dans quelles conditions miséreuses Lucio est mort. Entre sa bonne bouille de vieux papy perdu et le final genre « et ouaip, j’ai 60 balais mais j’vais quand même m’embaler une ptite jeune dans mon yacht » comme une vraie légende… Impossible de détester, mec.

  • Denis  says:

    Il reste une légende.
    La trouille que « l’haut delà » m’avait foutu quand j’étais gosse.

  • Don  says:

    Intéressant ce film, je ne connaissais pas. Dans le dernier « bistro de l’horreur » contenant « la maison près du cimetière », les intervenants estimaient que Fulci, après avoir essayé moules genres, avait trouvé sa vocation dans l’horreur au point, peut être, d’y laisser quelques plumes mentales… Et d’avoir tourné, après ses chefs d’oeuvre, des films moins inspirés mais surtout beaucoup plus fous (déjà qu’un « Frayeur » est bien chaotique…) Ce film semble confirmer tout cela. Petite question, comment s’en tire Fulci au niveau jeu d’acteur ?

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