Scare Package

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Cantonné des années durant à un assemblage souvent triste de courts-métrages qui semblaient avoir été tournés au portable et à la seule destination de Dailymotion, le genre du film à sketches reprend du poil de la bête depuis quelques temps. En témoignait plus que joliment The Mortuary Collection et son Clancy Brown croque-mort. Et même si le niveau baisse ici, on remercie tout de même pour ses efforts le présent Scare Package (2019), petite collection de méfaits tout sauf parfaite et valant principalement le détour pour son bel esprit et son envie de ressortir les effets d’antan.

 

 

L’avantage d’une plate-forme comme Shudder, équivalent horrifique du tout-puissant Netflix, c’est que sa bonne connaissance de la niche à laquelle elle s’adresse lui permet d’éviter l’erreur de vouloir s’adresser à tout le monde. Et lorsque ce service de streaming spécialisé dans l’arrachage de moelle épinière produit ou prend sous son aile un projet nouveau, on sait par avance que celui-ci ne donnera pas dans l’épouvante mainstream façon Insidious et fera tout son possible pour satisfaire une audience très précise. Celle qui se chauffait jadis au lance-flamme de Kurt Russel lorsque celui-ci cramait de la chair alien en Antarctique et ne jure que par l’esthétique Haribo d’un Killer Klown from Outer Space. En gros, au grain des années 80, voire celui des années 90 comme le suggère le retour, espéré depuis plus de vingt-cinq ans, de Joe Bobb Briggs sur les ondes, le plus célébré des horror hosts (soit ces présentateurs introduisant les films de frousse tardivement diffusés, souvent pour des horror marathons) étant une bonne indication du public que Shudder veut se mettre dans la poche. Celui des nostalgiques ne se reconnaissant pas plus dans la vague des torture-porn des 2000’s ni dans la foire au remakes, et trouvant un peu trop proprets les possessions des multiplexes façon The Conjuring. Le revers de la médaille, c’est qu’en trop bon terme avec ces trentenaires ou quarantenaires se remémorant la larme à l’oeil l’avant-première de Re-Animator 2, les rois du stream lugubre risquent de s’enfermer dans une un peu vaine auto-célébration du milieu, crainte que Scare Package vient confirmer. Je vous arrête tout de suite : non, cette compilation d’historiettes imaginées par des auteurs que l’on peut considérer comme méconnus n’est à aucun moment désagréable, et elle contient même de vrais bons sketches. Et puis, l’idée de départ voulant que les différents chapitres découlent des VHS ou des résumés que font des employés et clients d’un vidéoclub à l’ancienne a sur le papier tout pour réussir ce que la franchise V/H/S n’est jamais parvenue à effleurer : ressusciter pour de bon nos années cassettes. Si Scare Package ne saurait que faire mieux que l’à moitié prétentieuse à moitié fainéante anthologie de Ti West, Adam Wingard et consorts, elle n’en trébuche pas moins à force de coups de coude.

 

 

Planquez vos côtes les enfants, car la demi-douzaine de jeunes auteurs ici réunis les ont dans le viseur et n’auront de cesse de les marteler, durant un peu moins de deux heures et à la façon de ce vieux copain un peu lourd, celui qui se sent toujours obligé d’enfoncer son avant-bras dans votre cage thoracique pour s’assurer que vous ayez bien compris sa vanne ultra-référentielle. Pas de quoi s’en offusquer lorsque c’est bien fait évidemment, ni lorsque le gag nous prend par surprise ou étonne de par le caractère obscur des références en question. L’ennui, c’est que plutôt que de plonger dans les abysses du genre et nous montrer que les différentes scénaristes et réalisateurs ont de la bouteille et ont déjà plongé au plus profond du genre, ils se posent sur la partie immergée de l’iceberg sans jamais la quitter par après. Capote de voiture aux couleurs du pullover du père Krueger, dialogues sur les Vendredi 13 ou le premier Scream, clins d’oeil à Hellraiser ou Shining… C’est bien simple, pour trouver un tribut sortant un peu du tout-venant, il nous faut attendre qu’un personnage cite Troll 2 ou les suites de Leprechaun, pas non plus ce qu’il se fait de plus méconnu en la matière. Et l’ensemble de très vite ressembler moins à un véritable film qu’à une gigantesque partie de Trivial Pursuit, où les fanas du macabre réunis en bande pointeront l’écran de leur doigt crochu en hurlant à leurs camarades beurrés « Hé, t’as vu ! Ce mec est fringué comme Johnny Depp dans les Griffes de la Nuit ! » ou « Yo, man ! Ce truc sort d’Evil Dead, j’en suis sûr ! » Rien de mal à ça encore une fois, mais il n’en est pas moins permis de larguer un soupir long d’un quart d’heure en découvrant que sous couvert d’une bonne idée, à savoir coller au train d’un malheureux perso de film seulement engagé pour couper le courant ou faire la silhouette flippante dans un film, on nous refait une fois de plus le coup de la parodie du premier Halloween. Clavier à la Big John inclus. Après des années 2010 en bonne partie dédiées à récupérer l’héritage du père Carpenter, galoper à nouveau dans sa Nuit des Masques ne tient plus du réchauffé mais du prémâché…

 

 

Inutile d’espérer de Scare Package une recette de grand-mère toute personnelle, les jeunots à la barre nous sortent une barquette surgelée et semblent considérer qu’il leur suffira de rappeler qu’ils sont de la grande famille du cinoche d’épouvante pour que la fête soit réussie. Et il y a 99,9% de chances que les abonnés de Shudder aient pris leur pied, d’ailleurs. Car la machine est bien rodée : les différents segments profitent d’une cohérence visuelle et thématique, techniquement c’est du solide et surtout, en invitant le fameux Joe Bob Briggs, certainement l’un des mecs les plus cools du circuit faut-il le rappeler, l’affaire s’offre un indéniable capital sympathie. Et puis, comment résister à un film se déroulant en bonne partie dans un vidéoclub, temple de la culture pustuleuse s’il en est ? Difficile, même si les lieux auraient pu être mieux utilisés. Disons donc que je suis un vieux con, et qu’il m’est devenu difficile de me satisfaire de l’énième hommage fait à un Carpenter dont on se demande quand il finira d’être la seule et unique influence de la nouvelle garde. Et pourquoi celle-ci a-t-elle décidé de faire tourner tous les sketches autour de la même idée ou presque, celle du slasher meta où les protagonistes détricotent les stéréotypes du genre et s’amusent du black voué à finir premier trucidé ou du sportif ne pensant prétendument qu’à baiser. Cela fonctionne parfois, comme ce très chouette mélange entre le psycho-thriller forestier et le gore déjanté à la Troma, avec un pauvre hère en train de se changer en flaque de mucus. Ou même lors de cette amusante partie voyant des teens essayer d’envoyer en enfer, et pour de bon si possible, un increvable tueur. Et on ne peut pas non plus dire que l’on souffre lors de ce chapitre à l’imagerie girly et rose bonbon lors duquel des mamzelles se transforment après avoir léché une sucette maudite, un peu vain mais présenté avec humour comme un « giallo post-moderne et féministe teinté de body horror », comme si la troupe voulait tacler la vague de thrillers psychologiques ampoulés et misant sur leurs textures, façon Amer et compagnie.

 

 

Après, cela chie dans la colle ici ou là quand même, comme lors de ce court sur des loups-garou misogynes ne menant nulle-part, cette trop longue reprise du principe de La Cabane dans les Bois ou cette ni drôle ni effrayante partie de gifles entre une femme et un défunt, sacrifié par une obscure secte et qui vient de prendre le contrôle de la cocotte. D’une originalité variable, Scare Package ne s’adresse de toute façon qu’aux siens et sait qu’il les tient dans le creux de sa main depuis le partage sur les réseaux sociaux de sa belle jaquette, décalque de celle de House où la sonnette est remplacée par une bonne veille K7. Tout comme il sait que la célébration du genre dans son entièreté et la reproduction de ses traits et boutons les plus populaires lui assure les bonnes grâces du gros de son public. Visionné comme une grosse parodie – malheureusement rarement drôle – ou une lettre d’amour vomitoire (mec coupé en deux, lame dans le zgeg, doctoresse sectionnée par un tapis de course : ça y va et c’est old-school comme on aime, avec latex et tout et tout), le bidule passe le crash test sans trop d’encombres et se fait même divertissant, mais il est évident qu’il y avait matière à faire mieux et surtout moins balisé.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Aaron B. Koontz, Courtney et Hillary Andujar, Anthony Cousins, Noah Segan, Baron Vaughn, Emily Hagins, Chris McInroy
  • Scénario : Aaron B. Koontz, Courtney et Hillary Andujar, Anthony Cousins…
  • Producteur : Aaron B. Koontz, Courtney et Hillary Andujar…
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jeremy King, Joe Bob Briggs, Hawn Tran, Byron Brown
  • Année : 2019 (sortie 2020)

5 comments to Scare Package

  • Denis  says:

    Bien d’accord pour Big John, Rigs.
    D’ailleurs je me permets de rappeler une rétrospective sur Arte, avec un chouette documentaire sur le maître revisible la semaine prochaine, ainsi qu’un autre, émouvant,sur Michael Cimino.

  • Denis  says:

    Je comprends.

  • Pascal G  says:

    Du coup, malgré la chro mitigée, film d’horreur à sketchs=dans la liste à voir. C’est peut être réducteur mais c’est comme ça…J’aime le genre, je regarde.

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