Mortuary (Cérémonie Mortelle)

Category: Films Comments: 3 comments

En manque d’éviscération à la truelle ? De pendaison de petits scouts dans les bois maudits ? En bref d’un gros slasher gras et généreux façon triple Big Mac ? Eh ben va falloir aller voir ailleurs que dans le cercueil du funéraire, mais surtout tristement tiède Mortuary (ou Cérémonie Mortelle en VF, 1983), véritable chausse-trape qui nous séduisit par sa belle devanture et la promesse d’un massacre à l’ombre des sépultures, pour mieux nous faire tomber dans un petit suspense vaguement sanglant qui en doit plus à Columbo qu’à La Baie Sanglante.

 

 

Dans la vie, il faut savoir distiller ses plaisirs avec justesse de sorte de ne jamais en manquer. Et le lecteur fidèle, et peut-être même l’infidèle, le sait : dans ma cavité nucléaire, c’est vers le slasher flick que l’on se retourne le sourire large. S’agit donc de ne pas griller son stock trop rapidement, de ne pas exécuter sa pile en quelques semaines, le plaisir du bouffeur de petit budget étant de savoir qu’il ne grimpe pas trop vite sa montagne de VHS. Du sommet on ne veut jamais vraiment, la fierté d’avoir tout vu tout entendu ne pesant pas bien lourd face à la joie de savoir que les années prochaines nous offriront toujours la parfaite dose de lardages délictueux et de rabotages de cranium à la mode eighties. Mortuary a longtemps fait partie de ces provisions mises de côté en préparation non pas des hivers difficiles mais des grandes soirées, celles où l’on s’autorise un petit écart, où l’on oublie régimes et conseils du médecin de famille. Certains s’ouvrent une bouteille de vieux rouge et allongent des kilomètres de charcuterie et de sauce à l’ail sur la table à manger. Moi je dépoussière un slasher des grands dimanches, avec le risque de voir l’après-souper dégringoler dans une terrible déception. Souvent le prix à payer d’une attente trop longue, d’espoirs trop élevés. Mortuary fait bien sûr partie de ces promesses jamais tenues, de ces sourires enjôleurs cachant en vérité deux rangées de vilains chicots. L’inspecteur du petit budget, celui attentif aux dates et coups de pinceaux d’une jaquette au sens commercial aigu, aura de toute façon vu le piège venir. Sorti en 1983 malgré une production lancée dès 1980, soit pile au moment où l’âge d’or du slasher démarrait, le film d’Howard Avedis, réalisateur alors surtout connu pour ses pelloches sexy des 70’s, fait déjà sonner l’alarme de notre méfiance avec sa belle couverture voyant une mimine sortir de sa tombe, zombie style. Les distributeurs avaient-ils, en 83, pris bonne note du succès déclinant du genre et auraient-ils tenté de désorienter l’acheteur potentiel ? Ou bien ont-ils compris que leur marchandise n’est pas assez effilée pour se tailler une part du gros gigot du slasher, et qu’il serait bon de parier sur les quelques pourtours gothiques du bazar. Sans plus d’effets sur le spectateur, malheureusement.

 

 

D’ailleurs, il paraît peu probable que le jadis doux pervers Avedis et sa co-scénariste Marlene Schmidt, également l’une de ses actrices fidèles, aient révisé avec sérieux la discipline imaginée par Bava, Clark et Carpenter, tant ils donnent l’impression de surtout avoir envie de shooter un épisode un peu déviant de Columbo, avec ses vieux bourgeois louches et leurs villas aux jardins sans bouts. Des velléités moins étrangères de la Série B incisive de l’époque que l’on pourrait le croire, et on se souvient encore des très policiers Don’t Open till Christmas, Evil Judgment, Les Yeux de la Terreur ou même Pieces, tous fiers de ne pas jouer le jeu de l’abattoir fait film où les gourgandines s’alignent pour se faire trancher la jugulaire. Le problème de la majorité de ces exemples – pour ne pas dire de tous ces exemples – c’est que pour faire honneur à ses mystères et parvenir à s’élever au-dessus de la masse barbare, il faut un monde crédible, des comédiens à tout le moins capables et une mise-en-scène ayant plus en commun avec le savoir-faire d’un Hitchcock ou d’un Don Siegel qu’avec la ruée dans les brancards d’un Sean Cunningham. Ces micro-budgets n’ayant jamais le coffre-fort assez rempli pour s’offrir casting et techniciens à même de tirer le produit fini au niveau de ses intentions, le constat se fait généralement sévère, et ces tentatives, louables sur le papier, d’élever le débat par rapport aux stalk and slash bêtes et méchants, finissent bien souvent par tomber encore plus bas que leurs camarades bas de plafond qu’ils voulaient supplanter. Voilà très exactement le destin de Mortuary, film d’exploitation dans la grande tradition – débutants et vieilles gloires à l’écran, faiseur ayant déjà un bon kilométrage derrière la caméra, thématique en vogue, un peu de touche-pipi – qui voulut être un peu plus que ça, mais ne parvient même pas à assouvir les instincts les plus basiques.

 

 

Il faut dire qu’elle est mal construite, cette trame où l’héroïne se nomme Christie Parson, adolescente étrillées par de terribles cauchemars depuis qu’elle a assisté au meurtre de son daron, tué à coups de batte près de sa large piscine. Pour la veuve et mère de la gamine, ce n’est là qu’un regrettable incident, et il serait peut-être bon que sa fifille parte se reposer les méninges dans un hosto spécialisé pour oublier ses illusions d’optique. Mais Christie est sûre de ce qu’elle a vu, et son petit copain Greg n’est pas loin de penser comme elle depuis que son meilleur pote a disparu. Et si un assassin doit rôder dans les parages, fortes sont les chances qu’il crèche au funérarium tenu par Hank Andrews, suspecté d’organiser des séances de spiritisme où participe d’ailleurs Madame Parson. Quand à Paul Andrews, embaumeur au service de son père, il est connu pour être un jeune homme instable depuis que sa mère s’est donnée la mort. On ne manque donc pas de suspects à mettre sous la cape noire de cet taré arpentant les beaux quartiers de nuit, un tube de drainage pour embaumement à la main, et lorgnant surtout du côté de la chambrée de Christie… Dit comme ça, l’affaire ne semble pas si mal embarquée, mais Avedis grille toutes ses cartes très vite, trop vite, comme si les quinze ou vingt première minutes devaient déjà étaler toutes les informations sur les potentiels meurtriers, de sorte qu’il n’y ait plus guère de découvertes à faire lors de l’heure restante. L’occasion de buter du jeune glandu à tour de bras ? Pensez-vous ! Avedis n’a pas la fibre meurtrière, et si son méchant capé (qui ressemble beaucoup à La Mort dans les films Bill et Ted) transperce bien un ou deux estomacs avec sa tige mortuaire, et s’acharne même sur le bas-ventre de la pauvre Madame Parson, Mortuary n’en est pas moins extrêmement pudibond, et n’a que cinq petits coups de sang à son actif. Pas de quoi crier à l’aide, sauf éventuellement pour mettre fin à un spectacle ne tenant certes pas du calvaire, mais que l’on aurait aimé plus fiévreux.

 

 

Comme souvent dans ces cas-là, puisque l’on ne peut frémir, autant rire. A ce niveau, il y a de quoi faire avec ces caricatures de jeunes gens, déjà entrés dans la vingtaine mais imitant la poule mouillée (oui, en « battant des ailes » et en glougloutant, comme des gosses de primaire) ou jouant avec des mitraillettes en mimant la déflagration avec la bouche. Des gosses pas très logiques, qui n’osent pas coucher ensemble de peur que la mère de Christie revienne de son rendez-vous… mais le font quand même au beau milieu du salon, histoire que la brave môman n’en loupe pas une miette si d’aventure elle rentrait plus tôt. Autant dire que ce n’est pas une grande perte lorsque le zigouilleur de service rend visite à tout ce laid monde, même si celui-ci n’est guère meilleur, écarquillant les yeux et multipliant les mimiques impossibles. Si ce mec doit tuer quelqu’un, ça sera de rire. On se marre bien aussi en imaginant la honte ressentie quelques années plus tard par le regretté Bill Paxton, qui écope le rôle du zarbi Paul, totalement obsédé par Christie et courant comme une figurine désarticulée dans les cimetières. Marrant. En tout cas toujours plus que Christopher George, à l’époque habitué au rayon cinglés puisqu’il était aussi de la partie dans Graduation Day et Pieces, et ici dans son rôle d’éternel fâché. Comme le comédien ne quittait alors jamais sa bicoque sans sa femme au bras, sa belle Lynda Day George récolte le rôle de cette Madame Parson refusant de croire que le danger traîne autour de sa Christie. Si l’on tient jusqu’au générique de fin (juste avant lequel naît un petit twist pas trop mal, c’est déjà ça) c’est d’ailleurs surtout dans l’espoir que la Lynda, MILF appétissante s’il en est, quitte sa nuisette. Papa George veillant probablement au grain sur le plateau, cela n’arrive bien sûr jamais… Crotte.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Howard Avedis
  • Scénario : Marlene Schmidt, Howard Avedis
  • Producteur : Marlene Schmidt, Howard Avedis
  • Pays : USA
  • Acteurs : Mary McDonough, Davd Wysocki, Bill Paxton, Christopher George
  • Année : 1980 (sortie : 1983)

 

 

3 comments to Mortuary (Cérémonie Mortelle)

  • Denis  says:

    Bill Paxton, quand même…

  • Denis  says:

    Contrairement à Bruce Willis, faut bien finir quelque-part.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>