Demon Wind

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Ce n’est pas parce que l’on a envie de se mettre sur la gueule que l’on ne peut pas passer tout un mois collé-serré pour le tournage d’une Série B nécessiteuse. Après s’être lancé des regards noirs et avoir serré le poing sur Twisted Nightmare (1987), variant indien de Vendredi 13, le producteur au regard de reptilien Paul Hunt et le réalisateur malheureux Charles Philip Moore se sont sauté à la gorge sur un décalque d’Evil Dead, plus proche dans le style des Demons de Lamberto Bava. En plus dingue. Si, c’est possible, et ça s’appelle Demon Wind (1990).

 

 

De Twisted Nightmare, on se souvient surtout de ses drôles d’idées, comme ces électrocutions surprises, son esprit amérindien flottant derrière les flammes ou les liens psychiques reliant le crasseux colosse assassin et la final girl, en vérité la sœurette du vilain. Mais entre deux poussées délirantes, Au-delà du Cauchemar errait sans but et souffrait de quelques meurtres en hors-champs venus nous claquer la porte au nez pile quand le spectacle devenait intéressant. Heureusement que quelques bouts de latex trempés dans le sang et une certaine générosité dans le déploiement de poitrines pendantes rattrapaient le coup et faisaient qu’on ne se quitte pas fâchés avec le film de Hunt, alors secondé par Charles Philip Moore parce que le Paulo seul ne parvenait pas à emballer une séquence ne serait-ce que correcte. Reste que même si ça leur donne la nausée, et qu’ils ont continué à se déchirer par commentaires interposés des années durant, les deux hommes se tiennent à nouveau par la main, marchant en sautillant non pas vers des lendemains chantants mais vers une nouvelle production sans le sou complètement détraquée. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir un modèle solide sous les mirettes. Car l’un dans l’autre, qu’est donc Demon Wind sinon un plagiat qui ne dit pas son nom du week-end que Bruce Campbell passa à tronçonner sa fiancée ? Tout ce que Sam Raimi et sa troupe ont imaginé se retrouve ici : la bicoque attaquée par des goules baveuses, les anciens amis devenus de putrides ennemis, l’impossibilité de prendre la fuite et les incantations qui peuvent aussi bien réveiller les démons alentours que les pousser à repiquer un somme. Pour son premier film officiel – il ne fut pas crédité sur Twisted Nightmare – Charles Phillip Moore, par la suite passé sur le tatami de Don The Dragon Wilson via Blackbelt, s’est imprimé la feuille de route de Raimi et devrait, en tout logique, pouvoir pondre un petit quelque-chose bien dans les clous, efficace comme une pizza surgelée. Ca n’a pas le goût de celle que l’ont fait tournoyer devant les fours à bois, mais ça croustille sous la quenotte et fait amplement le boulot. Mais Moore n’est à priori pas de ces gus capables de se contenter d’un coup d’oeil sur la copie du premier de la classe, et a très à coeur d’apporter au principe de la possession démoniaque et de la gloumoute infernale sa propre sensibilité, d’apposer son cachet, de donner un coup de pinceau qui n’appartient qu’à lui. C’est bien évidemment pile à cet instant que Demon Wind quitte les sentiers tant empruntés du film d’horreur bien ciselé et s’enfonce dans les feuillages de la démence.

 

 

Comme tout bon film, mais aussi beaucoup de mauvais, le tout débute avec une intro faite pour scotcher le public à sa chaise à bascule : dans les années 30, une campagnarde, alors qu’elle avait préparé une bonne dinde, tente de repousser les mauvais esprits venus frapper à sa porte, barricadant les fenêtres et traçant des cercles magiques au sol. Et lorsque tout se met à trembler, elle court trouver protection dans les bras de son costaud de mari. L’étreinte ne sera pas d’un grand réconfort : en plus de vomir du fromage de chèvre et de se retrouver avec des pustules plein la face, le fermier se met à mordre sa femme au cou. La gorge ouverte, la pauvre n’en est pas pour autant à son dernier mot et attrape une boule à neige en verre et la jette au sol, avec pour résultat l’explosion de la cambuse. Des retournements de situations dont sont faits les rêves humides de Michael Bay. N’empêche que tout con semble-t-il déjà être, avec ses bibelots fourrés à la dynamite Demon Wind s’est assuré notre attention. Effrayé à l’idée de la perdre durant les vingt minutes suivantes, consacrées à la présentation de ses héros et donc particulièrement bavardes, Moore opte pour la création des personnages qui sortent de l’ordinaire. Si ce Cory menant ses troupes a tout du bon gars de base en quête d’identité, cherchant ses origines depuis que son père, qu’il n’avait plus vu depuis des années, s’est tranché les veines lors de leurs retrouvailles, les autres méritent le détour. Pas tous, car on a les habituelles bonnes copines prêtes à filer un coup de main, la petite-amie blonde compréhensive et prête à affronter une armée de morts pour faire plaisir à son jules, le pote à lunettes un peu plus intello que la moyenne. Mais on a aussi le gros brutus tout fier de galocher toutes les filles qu’il croise alors que sa légitime est deux mètres derrière lui, et qui règle ses frustrations en distribuant des crochets du droit. D’ailleurs il a une dent contre l’ex de sa meuf actuelle, sosie de Kevin Bacon, karatéka et magicien, ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Mais pas pour son interprète Stephen Quadros, avec lequel on a headbangué sauvagement il n’y a pas longtemps, le gugusse ayant porté la crinière dans le heavy metal movie Shock’em Dead. Ca fait apparaître des lapinous, ça distribue quelques coups de pied, et ça se fait aussi engueuler par le vieux pompiste du coin, dont le garage est collé au diner américain, où la serveuse d’un autre temps sert une omelette au jambon toutes les trois semaines. Pour le vieux, à la moue du type qui n’a pas chié depuis trois semaines, c’est net : Cory fait une grave erreur en rejoignant la ferme explosée plus tôt, en vérité celle de ses grands-parents. Mais comme le dit si bien l’intéressé, « C’est peut-être une erreur, mais c’est à moi de la faire. » Au moins c’est clair : fuck mes potes, fuck ma meuf, fuck mon avenir, je veux savoir ce qu’il est advenu de mes grands-parents dont j’ignorais jusqu’à l’existence il y a encore une semaine. Il ne sera pas déçu.

 

 

Car à peine arrivés sur ces lieux isolés, les jeunes tombent sur un squelette crucifié et qui semble leur dire d’aller se faire foutre. Quant à la bicoque, ou plutôt ce qu’il en reste depuis l’explosion de la boule à neige, il n’en reste que des ruines. Mais une fois rentrés dans celles-ci, les curieux se retrouvent dans la cambuse telle qu’elle l’était soixante ans plus tôt. Preuve en est, la dinde aux marrons semble tout juste sortie du four. Bon, comme Moore a des envies pétaradantes, il fait éclater la volaille et fait virevolter les chaises et meubles. Légitimement flippés, les héros choisissent la marche arrière. Pour vite découvrir qu’elle est impossible : les bagnoles ne démarrent plus et lorsqu’ils partent à pied, c’est pour être ramenés à la fermette par un brouillard maléfique. Plus bizarre encore, des petites filles apparaissent et transforment l’une des cocottes en poupée (!), qui s’enflamme sur le champ (!), sans que cela émeuve particulièrement les survivants, au fond pas facilement impressionnables. Après, c’est la nuit des morts-vivants, l’option possession démonique en bonus : on se retranche dans la maisonnée, des goules semblables à celles lâchées par Lamberto Bava dans son vieux cinéma sortent de la pénombre, certaines montrent leurs gros seins siliconés pour séduire les mâles en rut, mais pas si cons ceux-ci débarquent avec des fusils à pompe et font un carton sur les tronches de lépreux, qui saignent de la moutarde à chaque impact de bastos. Et quand on manque de munition, c’est via quelques balayettes bien placées que l’on décapite du buboneux. Moore récupère les idées des autres, généralement celles qui ont fait leurs preuves, comme ces mains zombiesques traversant les planches et murs de la maison pour agripper de la nénette, ou l’existence d’un bouquin d’incantations à priori bien pratique pour museler le Mal des alentours. Mais au moins le fait-il en y apposant la petite dose de mauvais goût qui fait bien, Demon Wind ayant le cuir fatigué de ces B-Movies merdiques mais devant lesquels on rester calés, persuadés qu’il va continuer à s’enfoncer dans la folie et l’inédit.

 

 

Ce n’est qu’à moitié vrai, car plus ça va moins Moore nous offre de passages forts. Sans doute avait-il commencé un peu trop fort, et qu’il ne lui reste plus qu’à réciter son Petit Romero illustré et Comment refaire Evil Dead quand on a n’a pas de talent ?, la plupart des compagnons de Cory se changeant à leur tours en de défigurés démons. Alors on les calme d’un coup de poignard magique (ce qui a pour effet d’en faire rajeunir certains avant de les faire disparaître purement et simplement) et on passe au suivant, tuant du revenant dans la grange ou dans le salon avant d’en arriver au troisième acte, où ça se revivifie un peu. (Attention Spoiler!) Moore désire sans doute finir comme il a commencé, dans la connerie pure, et décide donc de rameuter le pompiste du début, de révéler son identité de vil sataniste, et lui fait absorber les âmes des démons alentours, avec pour tout résultat sa transformation en un gros monstres à pieds de boucs et à la face de tartare de bœuf. Désormais capable de balancer des boules de feu et des rayons paralysants, le streum en chef devient si dangereux que Cory n’a d’autres choix que de se métamorphoser à son tour en une truc avec une caboche énorme et des feuilles de chou qui s’étirent jusqu’à l’arrière du crâne. Imaginez un extra-terrestre croisé dans Star Trek, vous ne tomberez pas loin de la vérité. La bagarre s’engage, aussi mentale que physique (coup de pied dans les roustons pour le monstre filet américain, yeah!) et le Bien finit par vaincre, évidemment. (fin des spoilers)

 

 

Une conclusion forcément drôle, car plus épique sur le papier qu’à l’écran, mais qui ne fait pas totalement oublier que Demon Wind ne souffle pas toujours aussi fort qu’il le prétend. Et sans ses quelques défauts – pas tant techniques, l’ensemble se tenant plus ou moins en la matière, avec notamment des maquillages satisfaisants – et ses situations barjes (la fille changée en poupée réapparaît… pour immédiatement se faire sucer tout son stock de globule rouge!) on trouverait le temps un peu long. Au fond, le Moore nouveau ressemble pas mal au précédent, Twisted Nightmare, puisque c’est grâce à sa gaucherie qu’il parvient à être plus qu’un rip-off d’un grand succès des eighties et marque les esprits, même si ça ne sera pas durablement.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Charles Philip Moore
  • Scénario : Charles Philip Moore
  • Production : Paul Hunt, Michael Bennett
  • Pays : USA
  • Acteurs : Eric Larson, Francine Lapensée, Stephen Quadros, Rufus Norris
  • Année : 1990
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