Vampire, vous avez dit vampire ? 2

Category: Films Comments: No comments

Si le public en redemande et offre sa jugulaire à qui en veut, pourquoi se retenir d’y mordre une seconde fois ? Si certains ont su résister à l’appel du sang comme un Tom Holland, alors trop occupé à jouer à la poupée, ou Stephen Geoffrey, le Démon du premier Vampire, vous avez dit Vampire ? étant pour sa part déjà affairé par 976-EVIL, le gros des troupes retrouve ses habitudes dans le Fright Night 2 (1988) de Tommy Lee Wallace (Halloween III). Et c’est sans doute là que le bât blesse : dès sa première séquelle, la franchise s’encroûte dans une regrettable routine.

 

 

On parle souvent de ces tournages houleux, où comédiens, producteurs et réalisateurs se menacent d’un poing serré du premier au dernier jour de tournage, avant de passer bras-dessus bras-dessous devant les photographes à la première du film les ayant réunis, mais on évoque finalement assez peu les post-productions orageuses, voire dramatiques dans le cas de Fright Night 2. Ainsi, et alors qu’était en discussion l’arrivée prochaine d’un troisième volet, avant même que ne soit rendue visible cette seconde morsure, la sortie de ce dernier s’entache d’un violent fait divers. Le richissime Jose Menéndez, attaché à l’avenir de la franchise Vampire, vous avez dit Vampire ?, et son épouse sont tous deux assassinés par leurs fils, sans trop que l’on sache s’il faut chercher le mobile dans les agressions sexuelles, vérifiées, du père sur sa descendance, ou par simple appât du gain, les deux frères dépensant sans compter les millions qu’ils viennent de récupérer en héritage. Si Roddy McDowall, interprète de Peter Vincent dans la saga, téléphone à Tommy Lee Wallace en lui annonçant pour la blague que ce n’est pas lui qui a tué Menéndez, avec lequel les deux hommes avaient eu un déjeuner inamical quelques heures plus tôt, tout le monde ne rit pas en coulisse. Non seulement l’hypothétique Fright Night 3 tombe à l’eau, mais la distribution du deuxième prend du plomb dans l’aile elle aussi, le dur labeur de Wallace s’affichant dans si peu de cinémas qu’il en est presque considéré comme un direct-to-video. D’autant plus rageant que les petits plats furent mis dans les grands, avec un budget certes un peu en deçà de celui de l’original de Tom Holland mais toujours confortable, et le retour des figures héroïques du premier, McDowall et William Ragsdale reprenant leurs rôles avec plaisir. On est loin de ces suites au rabais n’entretenant que peu de rapports avec leur modèle et dont les moyens ont été sabrés de plus du double… Même Chris Sarandon, inoubliable Jerry Dandrige du premier chapitre, vient passer le bonjour pour répandre ses bonnes vibes sur la production ! Et pourtant, distribution chaotique ou pas, moyens décents ou non, Fright Night 2 ne peut s’empêcher de taper à côté.

 

 

Cela part pourtant plutôt bien avec les malheurs d’un Charley Brewster (Ragsdale) pas tout à fait remis de ses frousses passées, bien réelles mais que son toubib du cervelet est parvenu à faire passer pour une démence passagère que le jeune homme partagerait avec Peter Vincent (McDowall), toujours une star de la petite lucarne s’agitant lors de tardives rediffusions horrifiques. Séparé d’une Amy dont on n’a plus de nouvelle, Charley oublie ses chagrins dans les bras d’Alex (Traci Lind, Class of 1999), gentille intello pas encore tout à fait sûre de vouloir passer la nuit avec son prince charmant, peut-être encore un peu trop fragile du ciboulot pour devenir un concubin sérieux. Le mental du garçon va encore dégringoler sacrément lors d’une visite dans l’appartement de luxe de son ami Peter : jetant un œil par la fenêtre, il assiste à l’emménagement nocturne de nouveaux arrivants qui semblent trimballer des cercueils. Un arrière-goût de déjà-vu plus que troublant, et des craintes bientôt avérées, car la nouvelle voisine du vieux Vincent n’est autre que la sœur du Dandrige auquel ils ont offert un bain de soleil mortel. Cette Regine Dandrige (Julie Carmen, L’Antre de la Folie), venue avec plusieurs compagnons de minuit (dont un Brian Thompson que vous connaissez tous pour sa belle tronche d’épouvantail, adversaire du Sly dans Cobra), a bien évidemment des envies de vengeance, et ne s’est pas installée face à Peter Vincent pour ses simples beaux yeux. Et histoire de rendre la vie de ses ennemis infernale, elle commence par vampiriser Charley… Que de potentiel dans le point de départ de Fright Night 2, qui multiplie les belles promesses : un possible recentrage sur Peter Vincent plutôt que sur Charley puisque c’est à lui de partager des murs avec des suceurs de globules rouges, la possibilité que l’héroïque ado du premier film vire au zombi, voire meurt carrément, la multiplication des menaces puisque, maligne, la Regine est venue avec des renforts, et puis cette excellente idée d’en faire la nouvelle présentatrice de Fright Night, émission alors orchestrée par Vincent. En effet, séductrice hors-pair, la demoiselle parvient à gravir les échelons quatre à quatre et prend la relève du show, et on imagine déjà un affrontement journalier entre deux co-présentateurs, forcés de partager le même plateau, le même écran, alors que l’un est chasseur de vampire et l’autre se transforme en chauve-souris jusqu’au petit matin.

 

 

Si Fright Night 2 avait emprunté cette route, nous aurions été prêts à rouler à tombeaux ouverts à ses côtés, sans ceinture ni casque, hululant des poèmes au dieu Lugosi. Sauf que visiblement trop tendu à l’idée de s’éloigner des coups de dents dispensés par Tom Holland, Tommy Lee Wallace opte malheureusement pour la redite et n’ose jamais quitter le sac à dos de son jeune Charley, personnage n’ayant plus rien à dire mais que l’on suivra pourtant lors de la majorité d’un récit qui aurait gagné à l’écarter et se concentrer sur Peter Vincent. Mais à la place, on survole cette excellente idée de la rivalité pour la présentation de Fright Night, réduite à une simple et assez peu utile scène, tout comme on survole le changement de caractère d’Alex. De nouvelle copine de Charley au départ trop prétentieuse pour reconnaître quelconque valeur à la série B et à la littérature fantastique, cette demoiselle habituée des opéras finit par embrasser les plaisirs de l’effroi et devient dès lors une potentielle tueuse de monstres. Preuve en est : après avoir lu Bram Stoker, elle utilise des roses pour repousser un vampire, alors que les fleurs sont l’une des armes les moins connues pour contrer du children of the night. Mais au lieu d’insister sur le caractère badass de la demoiselle et sur l’apport culturel du cinéma d’épouvante, on étouffe ces bons voeux pour s’assurer que Charley reste bel et bien le premier rôle. Bancal, le script hésite constamment sur la marche à suivre, ne sachant trop s’il doit voler de ses propres ailes et essayer de nouvelles choses, ou s’il doit au contraire continuer à chausser les pantoufles de son aîné, dont il réplique tant de séquences que l’ensemble vire au jumelage. Mais sans le charme de Chris Sarandon (Julie Carmen est bien vaillante, mais elle ne dégage pas grand-chose, il faut bien le dire) et sans ce principe certes pas neuf mais toujours ultra-efficace du voisin meurtrier (Fright Night 2 abandonne largement le concept pour se poser sur le campus où Alex et Charley étudient), ne reste à un Tommy Lee Wallace que l’on a connu plus inspiré – comment un seul et même homme peut-il avoir shooté le meilleur Halloween et un petit divertissement timoré comme celui-ci ? – qu’à s’abandonner à un final explosif, où les estomacs lacérés libèrent des kilos de lombrics et où les blood suckers sortis d’un concert de David Bowie ont soudain une peau de verre laissant voir leur squelette en peine. Au moins le spectacle est assuré, mais il y avait tellement matière à mieux que même le meilleur des cirques horrifiques ne pourrait nous aider à trouver le réconfort…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Tommy Lee Wallace
  • Scénario : Tommy Lee Wallace, Miguel Tejada-Flores, Tim Metcalfe
  • Production : Herb Jaffe, Mort Engelberg, Miguel Tejada-Flores, Jeffrey Sudzin
  • Pays : USA
  • Acteurs : William Ragsdale, Roddy McDowall, Traci Lind, Julia Carmen
  • Année : 1988

 

 

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>