Cheerleader Massacre II

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Lorsque deux traditions typiquement américaines comme le slasher et le cheerleading se rencontrent, c’est fatalement pour avoir la main aussi lourde dans la découpe de jolies gymnastes que dans le déshabillage de cruches sympathiques. Pourtant, et alors qu’il lui aurait été facile de suivre le chemin des 85 347 autres psychokiller movies et envoyer un défiguré sachant manier le fauchard dans les vestiaires des pom-pom girls, Brad Rushing décide d’innover avec Cheerleader Massacre II (2011) en usant de drones tranchants et d’araignées mécaniques.

 

 

Drôle d’idée tout de même que de donner suite, quelques huit années après le déluge, au Cheerleader Massacre de Jim Wynorski, sans doute pas le plus nul des direct-to-video tuant de la sotte à la sciotte, mais certainement pas le plus mémorable non plus. Le réalisateur de Chopping Mall a dû penser pareil puisqu’il refusa de signer la nouvelle fournée ici présente, Big Jim étant il est vrai assez peu porté sur la séquelle, l’une des rares exceptions à sa règle ayant été les Bare Wench Project, version topless et déconne du Projet Blair Witch, mais vous l’aviez deviné. Robert Polgar, déjà producteur de Supergator en 2007 et assistant de production sur une cinquantaine d’épisodes de Friends (passer des éternelles bisbilles entre colocataires aux crocodiles mutants, ça doit dépayser) décide donc de donner sa chance à Brad Rushing, pour sa part un directeur de photographie ne manquant pas d’expérience et dont la carrière s’étend des B-Movies de Charles Band (Shrieker) aux clips passés en heavy rotation sur MTV (il a par exemple shooté du Britney Spears) puis à tout un tas de téléfilms familiaux. Pas le messie, mais un mec connaissant son boulot et capable de torcher un produit ressemblant à autre-chose qu’à un film d’étudiants tourné à la webcam. Et sans doute un bon gars appréciant l’esprit d’initiative et voyant donc dans le script proposé par Kyle Sullivan (d’ordinaire un storyboarder, entre autres passés par Milo et Asylum) et Patrick Moran (scénariste de Jack-O et Return of the Killer Shrews) une bonne occasion de tirer le slasher vers des terres neuves. Plutôt que de refiler une machette neuve à un éternel frustré portant le masque de squelette ou avec la gueule en vrac et le nez entre les deux yeux, tout ce beau monde se souvient de ses années Lego Technics et imagine l’invasion d’un camp d’entraînement pour cheerleaders par de petits robots. Tout le reste continuera bien sûr de suivre les règles sacrées du genre, avec des bimbos passant un temps dingue sous la douche et toujours prêtes à se faire tripoter sous la pleine lune, des meurtres variés et tombant à un rythme métronomique, une final girl pure comme de l’eau du Mont-Roucous et même un petit aspect whodunit, puisque l’on nous apprend que les engins, aux formes insectoïdes, ont été dérobés à un laboratoire hi-tech et qu’il nous faut désormais deviner qui les contrôle. Et comme de coutume, c’est l’homme à tout faire étrange, pas tout à fait une gravure de mode (le gars pourrait être frère avec Michael Berryman, et ne risque donc pas de devenir Mister July au calendrier des pompiers) que l’on soupçonne en premier lieu alors que le pauvre hère n’a rien fait de mal.

 

 

Du cliché et du stéréotype, Cheerleader Massacre II en plante suffisamment pour tenir toute une décennie, mais la présence d’automates meurtriers et aux fonctions diverses et variées apporte un bienvenu changement dans la continuité. D’autant que si quelques-uns de ces assassins mécaniques sont plutôt « classiques », comme l’araignée égorgeuse ou le frisbee volant assemblé pour décapiter tout ce qui bouge, d’autres gadgets peuvent se vanter d’apporter un peu de nouveauté. Comme ce petit bidule caché dans une voiture et envoyant des rayons UV si puissants qu’ils en crament immédiatement le conducteur, cet engin planant crachant des braises et défigurant une pauvre fille, cet appareil se transformant en une sorte d’enclume et éclatant une caboche ou encore ce machin crachant des fils barbelés géants. Pas mal du tout, même si les effets gorasses sont tous faits à l’aide d’effets digitaux bon marchés, et lorsqu’un gus se fait couper en deux dans le sens vertical, on a l’impression qu’une photo est déchirée devant l’écran et que l’on a juste rajouté quelques gouttelettes de sang numérique ça et là pour faire cache-misère. Pas la mer à boire, et le malin Rushing s’est de toute façon entouré de cocottes pas timides pour assurer une diversion efficace, le nombre de poitrines (quelques vraies, beaucoup de fausses) pointant à l’écran promettant à l’ensemble de ne jamais être diffusé avant 23h sur quelque chaîne que ce soit. Ca en frôle d’ailleurs la parodie, tant on a l’impression que toutes ces demoiselles font la file pour aller se prélasser au bain, qu’elles prendront le plus lentement possible pour laisser le temps à l’équipe de cumuler le maximum de plans coquins. Une gratuité que sauront apprécier les vieux routards de la Série B dont le rétroviseur était systématiquement tourné vers la baignoire de Michelle Bauer et Linnea Quigley.

 

 

Notons que ce n’est pas parce qu’il se fourvoie dans un concentré de débauche et de robots maniaques que le cinéaste en devient un partisan du moindre effort. Les décors sont toujours crédibles, la caméra n’hésite pas à virevolter (très énergique introduction) et niveau scénar’, même si on n’atteint pas au degré suprême de l’art, on sent que les personnages sont tous dotés de personnalités distinctes et d’un minimum de background. A la rigueur, si l’on doit faire un reproche au définitivement sympathique Cheerleader Massacre II, c’est justement d’en faire un peu trop en la matière. Passe encore que l’assassin semble disposer de 150 raisons différentes pour déchiqueter de l’acrobate – parce que celles-ci ne sont pas des gentilles filles, parce que leurs cabrioles font un peu plus reculer le féminisme à chaque fois qu’elles soulèvent leur jupe, parce qu’il faut anéantir la race humaine coupable de guerres et pollution et que, tant qu’à faire, autant commencer par les pom-pom girls. Mauvais calcul par contre que d’agrandir toujours un peu plus le casting, bientôt traversé par tant de silhouettes que la plupart ne sont là que pour meubler le décor, et on en finit par ne plus trop savoir qui est qui dans l’armada tant il y a foule. Réduire le nombre de personnages à une petite quinzaine aurait bien suffit, mais sans doute que l’équipe avait tant d’idées de mises-à-mort qu’il leur fallait des spécimens sur lesquelles les tester. C’est bien compréhensible.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Brad Rushing
  • Scénario : Patrick Moran, Kyle Sullivan
  • Production : Robert Polgar
  • Pays : USA
  • Acteurs : Julia Lehman, Michele Boyd, Kari Ruth, Angel Monroe
  • Année : 2011
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2 comments to Cheerleader Massacre II

  • Denis  says:

    Un crossover avec Phantasm ?;)

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