Deep Shock

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L’Italien Davide Melini n’en est pas à sa première visite dans la crypte, et un coup de mirettes à nos archives vous informera d’ailleurs que j’annonçais déjà la mise en chantier de Deep Shock en 2014, alors le nouveau projet d’un jeune auteur dont j’appréciais sans retenues les beaux The Puzzle (2008) et The Sweet Hand of the White Rose (2010). Quelques rides au coin des yeux plus tard pour votre serviteur, et un Lion (2017) salué en festival ainsi que de l’expérience gagnée sur les plateaux de séries prestigieuses pour Davide, notre rendez-vous avec le choc profond est enfin pris. Non sans une certaine attente, car ce long court – 30 minute au compteur, c’est gourmand juste ce qu’il faut – reçut en 2019 les félicitations du jury et quelques récompenses d’un bout à l’autre du globe, le Melini nouveau trouvant son public à Dublin comme à New Delhi. Il faut dire que bien que dialogué, Deep Shock mise avant tout sur son sens de l’image, que le réalisateur, fidèle à la culture horrifique de son lieu de naissance (son dernier méfait est néanmoins une production anglaise), va puiser dans le cinéma bis à la romaine. Nous voilà donc bons pour une plongée dans les méandres de l’esprit torturé de Sarah (Muireann Bird), dont les nuits sont moins belles que les jours depuis les décès de son grand-père et de sa sœur, et depuis lors elle ne rêve que de silhouettes malintentionnées, de demoiselles retrouvées estourbies dans leur baignoire, de ballons tâchés de sang roulant jusqu’à ses pieds et de fantomatiques apparitions. Puisque la déprime est tenace et l’âme en peine, la jeune fille reçoit la visite de curés inquiets, qui une fois de retour dans leur officine retrouveront des croix soudainement renversées et enflammées. Généralement le signe que ça ne va pas fort dans la région. D’autant qu’un homme portant le trench-coat noir retourne voir Sarah et la fille vivant avec elle, rasoir à la main, pour voir à quoi elles ressembleront une fois le nombril élargi. Autant dire que l’amoureux du giallo sera à la fête et ne manquera pas de penser à quelques beaux moments du genre, comme le trop souvent sous-estimé La Maison de la Terreur de Lamberto Bava, dont on retrouve les baballes trempées dans l’hémoglobine et des meurtres très physiques. Et le fervent agenouillé devant les sous-Exorciste à l’italienne façon L’Antéchrist sera aussi heureux de ce bref détour que s’autorise Davide dans le bureau d’un prêtre, où souffle un vent diabolique tandis que le petit Jésus se retrouve la tête à l’envers, et plus tard certaines pupilles deviendront noires comme de l’encre, preuve que le Malin parcourt un Deep Shock à la forme de recueil de ce que le bis made in Italy avait de plus mémorable. Quelques défauts subsistent, comme une première partie se complaisant un peu trop dans une pénombre presque totale, violente pour les yeux fatigués. Mais pour le reste, l’hommage touche et confirme la bonne santé de son auteur, à l’oeuvre cohérente et conforme à ce dont on en attend. Allez, encore un effort et le sieur Melini devrait accéder au long-métrage, et c’est bien tout le mal qu’on lui souhaite.

 

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