House of Horrors

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A quelque-chose malheur est bon, dit-on, et si l’on ne saurait se réjouir que Rondo Hatton respira du gaz empoisonné sur le front français lors de la première guerre mondiale, l’Américain souffrant en conséquence d’une acromégalie transformant sa chair et ses os, force est aussi de constater que la relative célébrité de l’acteur tient justement à son allure de gorille courroucé. Il ne fallut d’ailleurs qu’un doublet horrifique pour que son nom se grave dans la légende, Rondo incarnant le Creeper dans House of Horrors et The Brute Man (1946 dans les deux cas), deux petites Séries B qui lui promettaient un bel avenir et toute une saga où il aurait pu jouer les étrangleurs nocturnes. Il n’en profita pas, décédant juste après les tournages en ignorant qu’il était en passe de devenir un Classic Monster

 

Un souhait ne peut pas toujours devenir réalité, et ça Ben Pivar en fit l’expérience, lui qui annonça dans les années 40 que les petites productions c’était terminé pour lui, ce producteur en charge des séquelles de moindre importance du label Universal Monsters et de quelques nouveaux venus n’ayant pas défrayé la chronique (The Mummy’s Ghost, The Mummy’s Curse, The Mad Ghoul, She-Wolf of London) promettant qu’il allait passer la seconde et apposer son cachet sur des projets autrement plus cossus. Ce qui n’arriva bien évidemment pas, ses House of Horrors et The Brute Man étant dans la directe lignée de ses productions précédentes, ni plus ni moins. Dépaysement impossible donc, d’autant que la trame imaginée par George Bricker (The Devil Bat) et Dwight Babcock (The Mummy’s Curse), mise en images par le stakhanoviste Jean Yarbrough (The Devil Bat, King of the Zombies) retourne sur le déjà bien piétiné terrain des musées de cire et autres artistes maudits. Le malheureux du jour, c’est Marcel De Lange (Martin Kosleck, The Frozen Ghost), sculpteur crève la dalle, si étrillé par la critique qu’il ne parvient plus à vendre la moindre gravure. Pire : alors qu’un collectionneur se montre intéressé par l’un de ses travaux et serait prêt à y mettre le gros prix, l’un de ces spécialistes prétentieux l’accompagne jusqu’à l’atelier de De Lange et le conjure de ne pas défigurer son catalogue d’oeuvres rares avec l’abomination que lui propose Marcel. N’ayant plus de quoi se nourrir, et vivant à la faible lueur d’une bougie fatiguée depuis que l’électricité lui fut coupée, Marcel opte pour la solution suicide et erre sur les docks, fixant des eaux croupies qu’il perçoit déjà comme sa propre tombe. C’est alors que son regard tombe sur celui d’un homme (Hatton) tentant péniblement de se sortir du courant, et dont le visage est si proche de celui d’un homme des cavernes que le graveur voit en lui le modèle idéal pour une œuvre inédite. Ce que Marcel découvre aussi, c’est qu’il vient de sauver de la noyade et d’offrir le gîte et le couver au Creeper, assassin en cavale que tous croient morts. Reconnaissant envers son bienfaiteur, le colosse de peu de mots décide de le remercier en allant plier la colonne vertébrale de ces journaleux de bas étage n’en prenant pas moins le pauvre Marcel de haut.

 

 

 

Bien sûr, la police chapeautée de l’époque se questionne, enquête, piétine, tournicote et en vient à soupçonner Steven Morrow (Robert Lowery, le Batman de la version 1949), dessinateur de talent que soutient avec hargne Joan Medford (Virginia Grey, Unknow Island), critique d’art autrement plus ouverte et bienfaisante que ses imbuvables confrères. C’est d’ailleurs elle le seul soutien de Marcel, en lequel elle croit et qu’elle aimerait tirer lui aussi vers le succès. Mais à trop rôder dans ses parages, elle pourrait bien découvrir que le Creeper est de sortie, et que c’est ses grosses paluches qui pressent l’énorme melon des scribouillards de la cité. Errant dans son atelier où se reposent des statues décapitées, fixées par leurs propres têtes accrochées aux murs, Martin Kosleck évoque évidemment Lionel Atwill lorsque celui-ci jouait avec la cire et se reconstituait une visage humain, tout en faisant payer le prix fort à ceux qui le défigurèrent par le passé. La comparaison s’arrête là, cela dit, House of Horrors n’ayant pas le biceps aussi dur que Mystery of the Wax Museum, la faute à un manque de moments forts (les attaques du Creeper sont tout ce qu’il y a de plus convenues) et un script relativement vide, le monstre n’étant qu’un puissant laideron servant sans se poser de question un artiste vexé passant lui-même un peu trop vite du statut de pauvre suicidaire à celui de master mind meurtrier. Pour dire, le personnage le plus agréable est, une fois n’est pas coutume, la sympatoche Joan, working girl toujours en vadrouille et très éloignée de ces jeunes filles de bonne famille au balcon desquelles les princes viennent s’agenouiller. Joan, c’est l’élégance faite femme, certes, mais c’est aussi une boule de bonne humeur jamais à court d’une plaisanterie, surtout envers les jolis hommes qu’elle a dans le collimateur. Un premier rôle féminin sortant un peu des clous et irradiant un B-Movie du reste très balisé.

 

 

Reste évidemment Rondo, pas tout à fait un tragédien de premier ordre, et dont la tâche se résume ici à rester assis le regard dans le vague et s’approcher, bras en avant et mains menaçantes, vers ceux qu’il s’apprête à casser comme une vulgaire allumette. L’acteur est plus sympathique que le personnage, et il est difficile de ne pas ressentir un léger malaise face à la monétisation de sa mauvaise santé. Reste une horror icon à part, propulsée star d’un creature feature pour des raisons discutables, et que l’on aurait été curieux de voir aller un peu plus loin.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jean Yarbrough
  • Scénario : Dwight V. Babcock
  • Production : Ben Pivar
  • Pays : USA
  • Acteurs : Martin Kosleck, Virginia Grey, Rondo Hatton, Robert Lowery
  • Année : 1946

 

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