Becky

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Déjà coupable d’avoir refilé une rage toute zombiesque aux petiots au détour de la récréation Cooties (2014), le tandem Jonathan Milott/Cary Murnion se fait la puberté sur Becky (2020), home invasion mettant face à face une ado hargneuse et des nazillons tout juste évadés de leur cellule. Autant dire que ça rigole déjà moins.

 

 

Ca y est, les poules ont des dents. Car Kevin James, sempiternel bras droit d’Adam Sandler, pour sa part incarnation humaine du fond du panier de l’humour de maternelle, celui si indétectable que si les acteurs ne se gaussent pas eux-mêmes de leurs pathétiques efforts le public ne sait plus quand il doit se dérider, Kevin James donc a enfin décidé de faire autre-chose que de gagner sa croûte en tombant sur son gros cul ou en se faisant vanner pour ses rondeurs. Personne n’y aurait cru si la bande-annonce de Becky n’était pas tombée sur Youtube, et on aurait tous pensé que l’ancien gars du Queen allait continuer d’enchaîner les comédies navrantes et fainéantes avec son comparse de toujours, dont la dernière en date était le pathétique Hubie Halloween, déjà traité en ces pages. Pour que le sursaut d’orgueil survienne et que le goût de l’aventure en des terres où l’on a la chance de ne plus croiser Rob Schneider vienne en bouche, il aura fallu que Simon Pegg, d’abord pensé pour incarner le vilain du nouveau brûlot de Millot et Murnion, se désiste de ses engagements pour cause d’agenda trop chargé. Quelques semaines passent et c’est finalement à James de se faire tatouer une croix gammées à l’arrière du crâne et devenir Dominick, petit chef d’une clique de suprémacistes blancs, échappés de leur zonzon après avoir fait un petit carnage et même étranglé des gosses. Le but de cette expédition ? Retrouver une clé, cachée dans la maison de Becky (Lulu Wilson, Annabelle : Creation), gamine de 14 ans devenue difficile depuis la mort de sa mère et l’annonce du remariage de son père. Autant dire que ce n’est pas le jour pour lui chercher des noises, ni pour la menacer de liquider le peu de famille qu’il lui reste.

 

 

Pas neuve, l’idée de l’affrontement entre une petite tête blonde que l’on verrait bien sortir d’une pub pour du Nesquik Fraise et une petite poignée de cambrioleurs ou malfrats, et finalement pas nouvelle cette volonté de piquer son principe à Maman, j’ai raté l’avion pour le muscler via quelques mises à mort plus inventives que la moyenne. Je me souviens d’ailleurs avoir zappé dans mon enfance sur un téléfilm dans lequel un marmot qui, pour sauver sa tribu prise en otage, se débarrassait des fâcheux en leur faisant avaler du liquide vaisselle et en les zigouillant via ses petits pièges. Ne me demandez pas le nom du bazar, je serais bien incapable de vous le dire. Malin, Becky se repose d’ailleurs assez peu sur le caractère de Home Alone brutal qu’on lui prête bien souvent, l’héroïne revancharde, si elle use et abuse de la ruse, n’oublie pas de ruer dans les brancards, plantant ici crayons bien taillés dans la gorge de l’adversaire et éviscérant là un malotru via l’hélice d’un bateau à moteur. Moins qu’aux odyssées enneigées de Macauley Culkin, on pense à un I Spit on Your Grave qui aurait été délesté de ses viols et éléments les plus offensants mais dont le goût du gore et du châtiment serait resté intact. Que la présence du trublion Kevin James ne vous induise pas en erreur : Becky est moins mainstream qu’il en a l’air, et même le comédien star met la main à la pâte en perdant un œil, qu’il doit trancher lui-même dans la cuisine. Ne parlons même pas d’un final à base de caboche rabotée à la tondeuse, avec un résultat digne d’une pochette de goregrind à la Dead Infection ou General Surgery. Nous voilà donc plus proches du remake de Mother’s Day que du petit thriller en culottes courtes pour toutes la famille, et il y a d’ailleurs un parfum de mid-2000’s dans ce jeu de cache-cache forestier qui partage quelques racines avec le survival rural.

 

 

Becky c’est donc du féroce, mais pas du sans coeur. N’est ainsi jamais oublié le spleen vécu par la teenager, dont le monde s’est écroulé et se reforme sans celle qu’elle a aimé, dont la frustration culmine durant tout le film et explose lorsqu’on lui retire le peu qu’elle avait encore. Un point de non-retour dans la folie, avec un dernier acte décrivant par le menu la renaissance de la fillette en une guerrière sanguinaire, hurlant à chacun de ses assauts et se refusant à pardonner même le plus repentant de ses ennemis. Sourire en coin lors du final, Becky ne cache pas, ou fort mal, le plaisir qu’elle prend à faire le ménage autour d’elle, et si suite il doit y avoir, on peut déjà lui promettre un destin à la John Wick. Ce serait presque dommage, même si Lulu Wilson est très bonne dans le rôle, car cela transformerait un personnage tragique en un stéréotype badass, one man army voué à liquider du malfrat à la chaîne sans même se souvenir de ses peines d’enfance. Cela dit, un détour vers quelque-chose de moins en moins cérébral ne jurerait pas avec le style de Millot et Murnion, plus à leur aise dans la forme que sur le fond. On préfère en effet leurs fluides transitions entre les plans et leurs montages parallèles à leur dialogues stéréotypés, Kevin James, pas mauvais dans le rôle au demeurant, se perdant dans des diatribes sur les grands penseurs Allemands et sur le métissage, la potentielle belle-mère de Becky étant une afro-américaine. Trop gros, trop souligné et pas nécessaire : les svastika gravées à même la chair du salopard font déjà passer le message. Pas de quoi empêcher Becky de trouver son chemin jusqu’à vous, surtout si vous vous décidez à le voir pour ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire une grosse Série B qui fonce dans le tas et bouscule sans demander pardon.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Jonathan Millot, Cary Murnion
  • Scénario : Lane Skye, Ruckus Skye, Nick Morris
  • Production : Russ Posternak, Raphael Margules,…
  • Pays : USA
  • Acteurs : Lulu Wilson, Kevin James, Robert Maillet, Joel McHale
  • Année : 2020

2 comments to Becky

  • Roggy  says:

    Comme toi, j’aime bien le film (j’avais aussi beaucoup apprécié Cooties) qui, sans prévenir, s’avère franchement méchant et sans concession. Moins dans la gaudriole que Cooties, mais les enfants prennent encore cher, physiquement et émotionnellement pour Becky. Yep une bonne série B.

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