Alien Space Avenger

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Championne incontestée du lancer de morve, la Troma a toujours eu à coeur de former les auteurs en devenir aux plaisirs du récurage de pif. Mais y a-t-il une vie après la mouchure Z ? Richard W. Haines, dont les débuts se nomment Splatter University et Atomic College, tend à le prouver, sans toutefois s’éloigner de son statut de mauvais élève hilare d’avoir glissé du poil à gratter dans la culotte de l’institutrice.

 

 

 

Nous ne serons donc pas dupes quant au sérieux, comme attendu inexistant, de son Alien Space Avenger (1989), petite bouffonnerie ne prenant jamais le film de Ridley Scott, ni même sa suite de James Cameron pour modèle, et traquant l’inspiration dans les vieux cartoons de Bugs Bunny. Le genre de l’envahisseur vindicatifs et baveux, que l’on explosera au mortier dans un hangar seulement décoré de quelques cartons vides, étant déjà assez peuplé comme ça, on ne se plaindra pas que Haines préfère en rire plutôt que de suivre la vague. Si l’ensemble débute comme de coutume dans les astres, alors que le vaisseau spatial d’un gentil extra-terrestre crache des lasers en direction de la navette de quatre évadés d’une prison galactique, on quitte les sentiers trop arpentés de la SF dès que les brigands de l’espace atterrissent sur notre caillou bleu, à la fin des années 30. Carlingues d’un autre temps, jeunes hommes en costard en route pour le bal musette, leurs copines tirées à quatre épingles, et désormais quatre monstruosités de petite taille, pressées de s’insérer dans le corps des premiers humains croisés pour ne pas se faire repérer par l’agent stellaire à leur poursuite. Rex, bellâtre 30’s, et ses amis Derek, Ginny et Karen feront bien l’affaire. Mais conscients qu’il leur faudra sans doute quelques pétoires si d’aventure le besoin de se défendre se faisait sentir, la clique passe la porte d’un bar d’anciens combattants, leur chipe leurs armes et fait un carton dans la salle de billard. Pour mieux aller se recoucher dans leur vaisseau spatial, qu’ils enfuissent sous terre pour mieux se faire oublier. Cinquante années passent, les années 80 sonnent, Michael Jackson est toujours vu comme le roi de la pop et non comme un satyre et la new wave fait des ravages auprès d’une jeunesse en plein relooking. C’est dans cette faune réinventée que se réveillent nos quatre truands d’une autre dimension, qui à peine levés butent déjà quelques ouvriers et repartent à la recherche de nouvelles mitraillettes. D’uranium et autres énergies nucléaires aussi, persuadés qu’ils sont de pouvoir relancer leur astronef après avoir vidé le stock d’une centrale. Mais Derek – incarné par Michael McCleery, acteur tout terrain aussi à l’aise dans le Mother’s Day original que dans un L.A. Confidential – est un gros consommateur de comics, et découvre que l’auteur de la bande-dessinée Space Avenger s’est inspiré de leurs récents crimes pour remplir ses planches, imaginant des petits hommes verts maquillés en malfrats de l’ancien temps. Persuadés qu’ils tiennent là l’agent à leur poursuite cinq décennies plus tôt, les vilains se mettent en vérité à la recherche de Matt, dessinateur crève-la-dalle pas tout à fait armé pour leur faire face.

 

 

L’idée de Haines, c’est que même s’ils prennent les commandes des méninges de leurs ados des années trente, les aliens n’en contrôlent pas pour autant toutes leurs réactions, tous leurs désirs, et le caractère de chacun reste bien présent. Derek lisait des BD, il les aime toujours. Rex était un brin macho sur les bords, cela ne changera pas. Quant à leurs flirts d’époque, l’une continuera d’être une effacée de première alors que l’autre sentira monter en elle le démon de la nymphomanie. De quoi créer quelques tensions, surtout chez le paranoïaque Rex, épuisé de voir ses sbires si dispersés alors qu’ils devraient se concentrer sur leur survie, effectivement menacée puisque le chasseur à leur trousses s’est lui aussi approprié le corps d’une demoiselle pour mieux traquer ses proies. Son choix s’est d’ailleurs porté sur Doris, petite copine chiante de base que se trimballe Matt, et demoiselle jadis lassée de voir son homme « perdre son temps » à gribouiller des estampes science-fictionnelles pour une misère alors qu’il pourrait se faire un max de blé dans la publicité. Désormais une Rambo au féminin, elle a bien compris que les criminelles qu’elle veut punir risquent de venir frapper à la porte du pro du coup de crayon, et devient donc son garde du corps de charme. Ironique d’ailleurs, car auparavant Matt ne se montrait guère chaud à l’idée de faire la bête à deux dos avec sa Doris, et préférait aller encrer ses super-héros. Mais maintenant qu’elle affiche une identité plus musclée, l’artiste passerait bien des heures sup’ sous la couette. Mauvaise idée, car on ne sait trop quelle serait la réaction d’un coït entre un homme et un être spatial. La réponse nous sera d’ailleurs apportée par l’une des minettes du clan Rex, si excitée qu’elle s’en ira tapiner et traînera un businessman dans une chambre crasseuse pour le chevaucher, avec pour tout résultat la fonte et la crémation du bonhomme. Pour être hot, c’est hot !

 

 

Etonnant film donc que cet Alien Space Avenger, quasiment une parodie du genre et une Série B bien faite (variété des décors, figuration généreuse, technique correcte) tentant visiblement de ne pas être une rencontre du troisième type comme les autres. Contrairement à une Invasion des Cocons ou un Mutant, on ne drague l’horror freak qu’au travers d’une jaquette de VHS trompeuse, avec sa créature à la gueule béante, comme prête à avaler une ville toute entière. A l’écran, Haines semble surtout avoir envie de se marrer, de déballer du nibard et de vider des chargeurs, trouant tellement de bides (avec petites explosions sanguines à l’ancienne, qu’elles nous manquent aujourd’hui…) que Scarface en passerait pour un banal stand de tir à la pipe à la kermesse de Caunette-sur-Lauquet. Mais les années 80 restant les années 80, et la compétition à qui aura le plus beau caoutchouc restant forte, la dernière partie se fait festival de bidoche explosée e reformant tissu par tissu. L’un des aliens perd une mimine ? Elle repousse ! Une tête éclate ? Une reconstitution détaillée imprimera les rétines, avec trucages cheap, mais néanmoins inventifs et gourmands. Un bon choix, car cette opulence soudaine en la matière permet à Alien Space Avenger d’esquiver de justesse un statut de petit blague secondaire, amusante mais sans plus. Comme quoi, il suffit parfois d’avoir une bonne tranche de saucisson pour sauver le buffet tout entier.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Richard W. Haines
  • Scénario : Lynwood Sawyer
  • Production : Ray Sundlin, Robert A. Harris, Richard Haines
  • Pays : USA
  • Acteurs : Kirk Fogg, Angela Nicholas, Robert Prichard, Michael McCleery
  • Année : 1989

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