The Mortuary Collection

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Depuis quelques temps, Shudder, le Netflix de la miquette, s’ingénie à tirer profit de l’amour renouvelé du public fantastique pour les anthologie, réactivant là Creepshow via une série, et prenant ici rendez-vous avec le croque-mort pour The Mortuary Collection (2020). Et celui-ci est plutôt une très bonne nouvelle pour le genre, enfin réhabilité après quelques VHS et ABC of Death tout sauf glorieux et des amas de courts-métrages attendrissants mais trop fauchés pour toucher au formidable (Scarewaves). Mieux, le nouvel espoir du genre Ryan Spindell nous ramènerait presque dans les sombres mausolées jadis érigés par Don Coscarelli.

 

 

Un vieux livre qui s’ouvre et dans lequel la caméra plonge, un îlot feuillé changé en village de pécheurs chargé de toutes parts par la brume, un garçonnet à vélo traversant ville et forêt pour rejoindre une vieille et imposante bâtisse. Un funérarium, où le tenancier des lieux, l’au moins octogénaire Montgomery Dark (Clancy Brown, impérial comme à son habitude) effraie le bambin de par sa seule dégaine de mort toujours vivant. Service funéraire pour le petit Logan, enfant de même pas dix ans allongé dans un petit caisson, alors que tout autour de lui cela s’éponge les yeux et sanglote et que Montgomery prend place pour aligner quelques réconforts bibliques. La famille du défunt s’éclipse, et le gigantesque corbeau ridé de Raven’s End (raven signifiant d’ailleurs corbeau en anglais) ne manque d’aucune attention à l’encontre du cortège drapé de noir, souhaitant aux uns et aux autres un bon retour tout en les priant de conduire prudemment. Il ne faudrait pas qu’ils reviennent trop vite lui rendre visite. Une jeune fille apparaît, adolescente blonde nommée Sam (Caitlin Custer), troublée par le petit caisson dans lequel dort Logan, et selon ses dires venues pour répondre à la recherche d’aide affichée par Montgomery à l’entrée de son funèbre manoir. Taquine envers un vieil homme d’ailleurs ravi d’être taquiné, Sam se présente comme une jeune fille peu impressionnable, et comme pour s’assurer de la solidité de ses jambes, qu’il ne faudrait pas voir trembler face à un accidenté de la route à raccommoder, Montgomery décide de conter quelques histoires selon lui tout ce qu’il y a de plus réelles, pour tester les nerfs de sa peut-être future employée. Quelques minutes suffisent à The Mortuary Collection pour prouver que son père, un Ryan Spindell à toutes les étapes clés de sa création, prend la nostalgie par le meilleur bout, rassurant un public connaissant déjà ses gammes pour les avoir apprises avec George Romero et la Amicus tout en évitant de donner dans le rétro putassier, avec son rose néon et sa synth-pop à mi-chemin entre les airs graves de Carpenter et le sautillant de Cindy Lauper. Certes, Spindell débute en envoyant un jeune cycliste arpenter des routes elles-mêmes empruntées jadis par les Goonies lorsqu’ils partaient à l’aventure à deux roues, la reprise d’un Oregon côtier étant ici tout un symbole, mais des années 80 on récupère un esprit, un goût sucré-salé, certainement pas les guirlandes multicolores que se disputent actuellement de jeunes cinéastes certes très vaillants, mais malhabiles lorsqu’il s’agit de créer quelque-chose de personnel.

 

 

Sur le strict plan visuel, The Mortuary Collection ne manque certainement pas de caractère, et se repose sur une palette où ne se toisent que le jaune orangé d’un feu de cheminée et le vert d’une mousse de pierre tombale. Spindell fait un pas vers un gothique sans romance, comme s’il encrassait le vieux cuir du Crimson Peak de Del Toro, dont on retrouve cet amour du rouage érodé, des vieilles machineries, des livres jaunis et aux coins déchirés. Difficile aussi de ne pas songer au Scary Stories to Tell in the Dark justement produit par le Mexicain peu de temps avant que Clancy Brown ne subisse des heures de maquillage pour devenir un tripoteur de cadavre aux allures de spectre fatigué. Même colorimétrie en constante hésitation entre le ténébreux et le bigarré, comme si les éclairages que maîtrisait Mario Bava s’éteignaient progressivement, et même plaisir de propager des récits de trouille, tantôt simples comme une histoire d’enfant, tantôt gris comme un regret d’adulte. On commence simplement, avec cette brève où une cleptomane profite d’une soirée guindée pour accumuler les portes-feuilles et s’en va compter le fruit de son indigne labeur aux toilettes, pour découvrir que derrière le meuble mural des lieux se terre un démon tentaculaire pressé de l’attirer dans son monde. Old-school, banal aussi, mais ce n’est là qu’un court apéritif, pour mettre dans l’ambiance et déjà graver le discours du film : l’odieux périra par l’odieux. Sam, spectatrice amusée des contes d’ébène du vieux Montgomery, auquel elle s’adresse avec moquerie, se substitue à l’audience, et le dit d’ailleurs : « Pas mal, mais peut mieux faire. »

 

 

Elle dira d’ailleurs à l’issue de la seconde histoire que les choses sérieuses ont enfin débuté, avec morale sanglante, discours sociétal en phase avec son temps et chute presque humoristique. Vrai que le niveau monte en même temps que l’on nous présente un jeune étudiant brun, beau gosse sûr de lui et se servant de la distribution de capotes à laquelle il s’adonne pour draguer, sous couvert de discours sur la fin du patriarcat et de protection des entrejambes. Difficile pour les jeunettes d’y résister, et de refuser les invitations à la soirée prévue le jour-même. Mais lorsque notre casanova rencontre Sandra, lunaire demoiselle surtout intriguée par des disparitions d’adolescents, il se fait pour mission de la porter jusqu’à son lit. Tricheur, il promet de mettre un préservatif mais s’empresse de quitter son plastique lorsque vient le moment de pénétrer la jeune fille, avec laquelle il copule durant plus de sept heures d’affilée. Sacrée forme. Et sacré contre-coup le lendemain. Nausées, boutons autour du sexe, teint vitreux, l’évidence frappe le chaud lapin : il vient de se faire engrosser par une demoiselle décidément très bizarre. Amusant quoiqu’un peu long, mais le plaisir avec lequel le tout mise sur du gore visant sous la ceinture dans ses ultimes instants à de quoi marquer les esprits. Je n’en dirai pas plus, mais les férus du body horror à la Cronenberg seront dans leurs petits souliers, avec même un détournement de l’explosion de caboche à la Scanners. Après le cul, les sentiments, le nouveau chapitre qui s’ouvre revenant sur le mariage malheureux d’un barbu, dont la femme tomba gravement malade après leur union. Désormais forcé de vivre avec une coquille vide et inerte, le bon époux, dont toute l’existence est orientée sur les soins qu’il apporte à sa chère et tendre, subit une fatigue progressive, jusqu’à la dépression. Et si, comme le lui propose le docteur de famille, il faisait mine de se tromper dans les doses médicinales et offrait, à sa souffreteuse comme à lui-même un repos bien mérité ? Celui de la mort pour elle, du veuvage pour lui. Mais vous connaissez la célèbre phrase : « Jusqu’à ce que la mort nous sépare », et comme elle ne veut pas être séparée de son mari, la morte revient évidemment le chercher. De Creepshow jusqu’à Terror Tract en passant par les films à sketchs anglais des années 70, le coup de l’amoureuse de retour de l’autre-monde n’est pas neuf, mais encore une fois Spindell se distingue de la masse par son savoir-faire, ses idées visuelles (un ascenseur en apesanteur, où se soulèvent les giclées sanguines). Pas mal, là encore.

 

 

Soucieuse d’échanger les rôles, Sam décide de conclure en racontant une histoire, la sienne, à Montgomery. Peut-être parviendra-t-elle à faire frémir l’homme en noir avec cette nuit où, surveillant un gamin en train de dormir, elle regarde un film d’horreur à la télé, découvrant qu’un fou vient de fuir son asile et se trouve dans sa maison. Plus classique, tu meurs. Et un peu sacripant, le réalisateur utilise l’un de ses courts-métrages, l’hommage au slasher The Babysitter Murders (2015), pour un montage parallèle entre le film que regardait Sam et son combat contre le rôdeur venu lui rendre visite. Quel dommage que la fin soit si prévisible, le twist ici utilisé semblant faire acte de présence dans neuf anthologies sur dix (nous l’avons encore vécu il n’y a pas si longtemps dans The Witching Season), mais en faisant virer l’ensemble au splapstick sanglant, voire au match de catch où l’on se vrille les doigts et où on traverse les tables en verre, The Mortuary Collection garde de sa contenance. Reste évidemment la conclusion de l’échange entre Sam et Montgomery, là aussi attendue, mais elle a le mérite de tenir ses engagements punitifs et s’assure sans trop en avoir l’air la possibilité d’une suite si succès il devait y avoir. On ne dirait certainement pas non, car bien que présumable très à l’avance, cette collection de fables macabres reste belle du début à la fin et a pour elle la bonne mentalité, car respectueuse de ses modèles sans jamais sonner rétrograde. Et puis, ne cesse de nous traverser durant la vision cette impression que Shudder réquisitionne Clancy Brown pour prendre ses mesures et lui donner, pour de bon peut-être, le costume du Tall-Man de la saga Phantasm, évoquée plus ou moins directement ici. Si un remake devait se faire, celui-ci aurait en tout cas trouvé sa star et son réalisateur, auquel on peut promettre sans prendre de risque une belle carrière, qui ne demande qu’à être surveillée. On ouvre donc grands les yeux !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Ryan Spindell
  • Scénario : Ryan Spindell
  • Production : Ryan Spindell, T. Justin Ross
  • Pays : USA
  • Acteurs : Clancy Brown, Caitlin Custer, Jacob Elordi, James Bachman
  • Année : 2019 (sorti en 2020)

4 comments to The Mortuary Collection

  • Pascal G.  says:

    Content que tu aies apprécié, je me rappelle te l’avoir conseillé qd je l’ai vu. Du bon boulot qui fait plaisir à voir.

  • Roggy  says:

    Un très bon film à sketchs réalisé sans doute avec peu de moyens mais avec beaucoup de passion. Comme tu l’écris Rigs, c’est un mec à suivre.

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