L’Attaque de la Pom-pom Girl Géante

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Prenant bonne note qu’en amour il n’y a pas d’âge, Roger Corman rejoint les gradins du terrain de foot d’une université américaine pour mieux y admirer les gambettes parfaitement épilées des pom-pom girls. Mais comme on ne changera pas le réalisateur de creature features comme L’Attaque des Crabes Géants, et qu’il est de plus accompagné par le spécialistes des effets cheap et réalisateur de Dinocroc Kevin O’Neill, plutôt que d’offrir des fleurs aux petites princesses de la chorégraphie, il leur lance une fiole les poussant au gigantisme. Same old same old

 

 

Pour qui connaît un peu les arcanes de la production, Kevin O’Neill est l’un de ces bidouilleurs de clavier flanqués dans les pattes d’Alexandre Aja par le manitou pervers Harvey Weinstein lors du tournage de Piranha 3D, et donc l’un des coupables du triste rendu de la plupart des poissons du spring break le plus sanglant jamais couché sur pellicule. Mais pour le zédeux confirmé, le bonhomme est surtout un artisan des ombres ayant prêté ses pixels à un grand nombre de productions horrifiques (les Pulse, les Feast, le Crocodile de Tobe Hooper) et ayant donné corps à quelques créatures ou sorts magiques des séries Xena et Hercules. Des guerriers qu’il quittait volontiers pour rejoindre les chimères reptiliennes ou aquatiques pensées par Roger Corman et ses sbires, et outre le Dinocroc précité, Kevinou se chargea aussi d’éduquer les mutants Dinoshark, Sharktopus vs Pteracuda et Sharktopus vs Whalewolf. Une carrière bien remplie, même si qualitativement loin d’être folle. Le niveau monte heureusement avec Attack of the 50 Foot Cheerleader (2012), tentative pour Tonton Corman de se réserver une part du gâteau de la 3D, le tridimensionnel étant alors sur toutes les lèvres. Et quoi de plus agréable à balancer à la tronche du spectateur qu’une armée de paires de seins, généralement refaits ? Le gros du public du père Roger étant majoritairement masculin, difficile de se casser la gueule avec pareille note d’intention. Et histoire de flatter encore un peu plus une audience de connaisseurs, on pare le tout d’une bonne vibe renvoyant autant aux bobines des années 50 (les giant monsters, sujet fifties par excellence) qu’aux années 80 (ados fêtards et un peu niais à l’affiche).

 

 

Difficile d’ailleurs de sonner plus eighties que ce point de départ voyant la jeune laborantine Cassie (Jena Sims), au visage vaguement cabossé, tenter sa chance à une audition pour rejoindre le club des cheerleaders local. Mais avec ses boutons en trop et son incapacité à faire une pirouette sans finir le nez enfoncé dans la pelouse, la scientifique se fait méchamment recaler par la peste Brittany (Olivia Alexander, qui chante également les gazouillis pop/dance utilisées en intro et outro du film), cheftaine des danseuses en jupe courte. Dépitée, Cassie trouve le remède à son impopularité dans les recherches qu’elle fait avec son collègue Kyle (Rian Merryman, croisé dans Destination Finale 3) pour le bien du Dr. Higgs (Ted Raimi, frère de Sam) et du businessman Mr. Gray (Treat Williams, Un Cri dans l’Océan et la série The Substitute à partir du second opus). Et la trouvaille de tout ce beau monde, c’est un antidote à la vieillesse également capable d’embellir les laiderons, que s’injecte Cassie sans même se soucier de potentiels effets secondaires. Pas de thrombose pour la cocotte, mais un agrandissement progressif, jusqu’à ce qu’elle dépasse les bâtiments de son école de plusieurs têtes… Pas une goutte de sang, pas un piéton écrasé même en hors-champ, pas la moindre démolition de building comme dans un Godzilla : L’attaque de la pom-pom girl géante serait-il un film si pauvre qu’il ne saurait se permettre de faire voler quelques briques ou d’aplatir un ou deux connards tentant de regarder sous la jupe de la colossale beauté ? Ou si fainéant qu’il ne se donne même pas la peine de faire sauter quelques maquettes que Jeff Leroy, pour le dixième du budget d’une prod. Corman, atomise comme si l’apocalypse s’invitait à la fête ? Ni l’un ni l’autre ! Car à priori, ce qui motiva cette retenue dans la violence, c’est surtout la volonté palpable de délivrer un vrai feel good movie, à la photographie rayonnante et aux personnages souriants, même après qu’ils aient dû se battre avec une araignée géante dans les toilettes.

 

 

Alors c’est sûr, c’est pas le bal des enragés mais plutôt la gentille fête d’anniversaire, option gros seins siliconés dévoilés toutes les dix minutes en option, avec pour convives tout le gratin de la Série B stéréotypée. Le nerd de service se retrouve comme toujours trop occupé à jouer avec les tubes à essai pour se rendre compte que l’héroïne en pince pour lui, la salope de service ne supporte pas que plus mignonne qu’elle fasse son apparition et fomente de mauvais coups pour la renvoyer au banc des réservistes, le quaterback demeuré (pléonasme ? Pléonasme.) ne songe qu’à arracher le peu de fringues que ses copines portent, et la punkette de la chambre d’à côté se fait nymphomane ravie à l’idée d’enfoncer une aubergine et le reste du rayon fruits et légumes dans le fondement de son boyfriend d’un soir. Une faune de crétins finis, mais on sait que c’est avec ceux-là que se font les plus belles soirées, surtout lorsque Roger Corman s’y invite le temps d’un petit caméo, et tire avec lui quelques vieux compagnons de route ou petites célébrités comme Mary Woronov, John Landis, Sean Young et Brent Huff. Reste que le meilleur du lot, celui par qui la fiesta entre dans la légende, c’est Treat Williams, ravi comme pas deux de pouvoir incarner un vrai méchant de dessin-animé, homme d’affaires en costard, qui à l’en croire ne vit que pour se taper des putes et finança la recherche d’un sérum anti-vieillissement parce que même après être passées sur le billard, ses conquêtes gardent un vilain cou de dindon tout ridé. Et lorsque sa potion magique est fin prête, la seule chose qu’il trouve à dire c’est « Est-ce que ça rajeunit aussi les nichons ? ». Enfin quelqu’un qui pose les vraies questions. Et barre de rire assurée lorsque le coquin soulève la jupe de la titanesque gonzesse pour y chanter Yodelé Hihoooouuu, écho compris.

 

 

Le spectateur trop soucieux de conserver son sérieux se refusera probablement à un Attack of the 50 Foot Cheerleader voué à finir brocardé pour mauvais comportement. Sa tenue ne l’est pourtant pas, mauvaise, et il faut reconnaître à O’Neil une vraie volonté de bien faire et d’aligner quelques plans visuellement intéressants. Déprimée, la Cassie géante va ainsi s’asseoir dans une piscine qu’elle remplit à elle seule, et l’une des premières scènes dévoilent une soirée pyjama transformée en soirée d’initiation de sororité où les étudiantes sont peinturlurées de couleurs fluo. Enfin, lorsqu’une fête se profile, celle-ci se veut gréco-romaine, avec ivrognes olympiques et fifilles grimées en gorgones. De petits détails, certes, mais de ceux qui favorisent une bonne impression et nous rappellent que parmi la peuplade de producteurs misant sur le direct-to-video, Roger Corman en est resté le roi incontesté parce qu’il se souciait un minimum du fignolage. Certain que voir deux giant teenagers (car comme de juste, la vile Brittany finit elle aussi par se faire injecter le sérum, directement dans les boobs) se donner des claques, à poil et sur un terrain de football américain, ne vous fera pas gagner un neurone. Mais je vous garantis que c’est bon pour votre karma.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Kevin O’Neill
  • Scénario : Mike MacLean
  • Production : Roger Corman, Dan Golden
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jena Sims, Olivia Alexander, Treat Williams, Sasha Jackson
  • Année : 2012

2 comments to L’Attaque de la Pom-pom Girl Géante

  • Pascal G.  says:

    Ah, je suis justement tombé dessus par hasard sur SyFy il y a qques semaines et je ne le regrette pas. Pas de quoi se relever la nuit (même si une partie du corps peut être sujette à le faire à la vue des nombreux boobs distillés ci et là…), mais un machin bien sympatoche et qui ne se prend pas au sérieux 2 secondes. Délirant et fun.

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