Détour Mortel

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Vous pouvez me traiter de vieux con, ce n’est pas bien grave et cela serait même mérité : alors que le reboot de la franchise Détour Mortel vient de frapper, et à priori moins pour le meilleur que pour le pire si l’on se fie aux quelques avis glanés de-ci de-là, votre serviteur préfère se retourner vers l’opus originel, celui d’une adolescence passée à se rêver sauveteur des pauvres Eliza Dushku et Emmanuelle Chriqui. Et on dirait bien que les amours de jeunesse savent rester vifs, tant ce Wrong Turn (2003) premier du nom reste une excellente affaire pour qui traque le survival sylvicole.

 

 

Il aura suffit à Rob Schmidt d’un film, et d’un seul, pour être propulsé à la tablée des Masters of Horror, et d’avoir la chance de demander le sel à John Carpenter pendant que Tobe Hooper fait sauter le bouchon d’un Armand de Brignac hors-de-prix et que Joe Dante et Takashi Miike chantent « Allez, viens boire un petit coup à la maison » en se tapant sur la cuisse. Une ascension jusqu’à la cour des grands particulièrement rapide, et pour tout dire presque incompréhensible compte tenu du fait que le Robbie n’a qu’un seul film d’horreur à son actif, le reste de ses travaux tombant dans la besace du thriller plus ou moins dramatique, et plutôt orienté jeunot mystérieux, pour faire rêver les filles. Un bleu placé au même niveau que des artisans battant le fer depuis plus de trois décennies, alors qu’il n’a en tout et pour tout qu’un seul massacre au C.V., là où les autres ont avec le temps aligné des kilomètres de sorcières diaboliques, de revenants bouffeurs de mollets, de poupons pas mignons, de loups-garous vicieux et de bouseux ne sortant jamais de leur fermette sans avoir fait le plein de la tronçonneuse familiale. En prime, à vue de ciel, le Détour Mortel servant de ticket à Schmidt pour l’immortalité n’est jamais qu’une partie de cache-cache comme les rayons DVD, et VHS avant eux, en débordent depuis la nuit des temps. Sauf que malgré ce que l’on veut nous faire avaler, les premiers ne seront jamais les derniers, et que si Wrong Turn ne semble de prime abord guère se distinguer ni du reste des La Colline à des Yeux, Manhunt et autres produits du même types déboulés la même décennie que lui, ni des Survivance, Humongous, voire Don’t Go in the Woods sortis de terre bien avant lui, il a eu le bon sens de sortir pile au bon moment. C’est-à-dire lorsque le public mainstream commençait à se lasser de croiser Ghostface et tous les trop sages sous-Scream de la planète à chaque coin de campus, et que les horror freaks purs et durs donnaient de l’écho à leur nostalgie d’années 70 et 80 n’y allant jamais avec le dos de la scie circulaire. Du coup, en renvoyant des petites mignonnes aux hauts serrés sprinter dans des bois dignes de la Série B de la grande époque, alors que le reste de la production s’épuisait, plutôt en vain, à reproduire les frousses nipponnes sur le territoire yankee, Rob Schmidt a fait une bonne opération, rappelant à tout ce beau monde que c’est dans les vieux cabanons que l’on fait les meilleurs étripages.

 

 

«  Y’a du rouge, du saucisson » donc, pour continuer à citer les grands auteurs (License IV dans le cas présent, mais vous aurez reconnu), Schmidt, alors qu’il a avoué à plusieurs occasions avoir une relation d’amour/haine avec le genre, retourne chipoter dans le coffret à outils rouillé des grands anciens du slasher et du survival, et pose ses griffes sur le script d’Alan McElroy. Pas un lapin du matin puisque le mecton avait déjà trempé sa plume pour le bien d’un déjà vieux Halloween 4 (1988), et donc le candidat idéal pour ramener le cinoche horrifique à quelque-chose de plus affûté. Sachant qu’en la matière rien ne saurait remplacer la sacro-sainte simplicité, il n’engraisse pas Détour Mortel de sous-intrigues ni d’un background encombrant, et imagine juste quelques jeunes gens pourchassés par une poignées de consanguins difformes et probablement cannibales. Rien de plus, rien de moins. Pour une efficacité maximale, McElroy et Schmidt s’en tiennent aussi à une écriture minimale, avec des personnages à peine dessinés, incarnés par quelques gloires montantes du teen movie ou des séries télévisées de l’époque, dont les quelques traits de caractères nous seront dévoilés dans le feu de l’action. Le sens du sacrifice de Jeremy Sisto, le courage de Desmond Harrington, la faiblesse nerveuse d’Emmanuelle Chriqui et le calme en toutes circonstance d’une Eliza Dushku propulsée au rang de final girl. C’est tout juste si l’on finit par apprendre que la clique a décidé d’aller se salir les bottes dans la forêt pour changer les idées de la copine de Buffy la chasseuse de vampires, récemment larguée par son petit copain, que deux d’entre eux sont sur le point de se marier et que ceux qui restent (dont Lindy Booth, revue dans L’Armée des Morts et le slasher qui ne s’assume pas Cry_Wolf) ont le pubis en feu. Une caractérisation de surface, tout comme celle des meurtriers de sortie, banals fous furieux simplement pressés de tirer de nouvelles victimes jusqu’à leur taudis pour les y découper. Pas besoin de plus pour un Détour Mortel ne faisant justement pas de détours, et misant tout sur une mécanique qu’aucun grain de sable ne viendra enrouer, calquée sur celle du film d’action puisque le film est découpé en quatre ou cinq grandes scènes, et autant de moments de bravoure.

 

 

Après un départ assez classique où l’ennemi s’en tient à l’invisibilité, et pousse quelques alpinistes au vol plané, et les brèves présentations d’usage, Wrong Turn ne ralentit plus, et passe d’une désormais mythique (et copiée un grand nombre de fois) scène où les héros sont cachés dans la maison crasseuse des déments et assistent, malgré eux, au désossage d’une amie, à la course-poursuite étirée sur tout le reste du film. Jeu de fléchettes et de plomb dans un dépotoir improvisé, formidable séquence dans des arbres où les protagonistes se pensent en sécurité alors que les dingues sont bien sûr aussi bon grimpeurs qu’élagueurs, tentative, bien sûr avortée, de se faire remarquer par les autorités, et retour au point de départ pour un carnage terminal dans la cambuse des tortionnaires, où les flèches seront tirées, les haches plantées dans les chairs et le feu se répandra. Rien ne distingue réellement Wrong Turn des autres survival de l’époque, si ce n’est éventuellement une certaine obsession pour le meurtre buccal (les filles se font curer les dents au fil barbelé ou élargir le sourire à la hache). Mais alors que bien des représentants du genre traînent la patte et se servent de l’excuse du renvoi aux classiques pour excuser leur mollesse, Détour Mortel est old-school dans le bon sens du terme car dénué de toute prétention et n’essayant jamais d’être autre-chose que ce qu’il est. Soit un petit divertissement qui parvient à sonner roots sans pour autant être passéiste, aux maquillages à l’ancienne (beaux faciès de tarés sortis des ateliers Stan Winston, même si l’on reconnaît toujours la tronche de vieux corbeau de Julian Richings derrière la couche de latex) et préférant quelques meurtres bien pensés à une hécatombe battant tous les records. Des comme ça, il semblerait qu’on n’en fasse déjà plus, et si l’on pensait alors que le genre vivait ses mauvaises heures, on se trompait terriblement. La période de vaches maigres, c’est maintenant.

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Rob Schmidt
  • Scénario : Alan McElroy
  • Production : Stan Winston, Erik Feig, Robert Kulzer
  • Pays : USA
  • Acteurs : Eliza Dushku, Desmond Harrington, Emmanuelle Chriqui, Jeremy Sisto
  • Année : 2003

2 comments to Détour Mortel

  • Pascal G.  says:

    On s’est refait tous les épisodes il y a qques semaines avec le gamin. Bon ok, certains ne valent que par leurs meurtres mais c’est qd même bien fun. Mais ce premier opus, très nettement au-dessus du lot, reste en effet d’une efficacité redoutable. Tu lui rends bien hommage, et c’est mérité. (Et j’ignorais que tu connaissais si bien ce chef-d’oeuvre de la chanson qu’est « Viens boire un ptit coup à la maison ». Quand on pourra (si on peut… ) un jour se revoir, on se la fera en un duo d’enfer 🙂 .

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