Werewolves on Wheels

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Born to be wild… and soon to be dead dans Werewolves on Wheels (1971), croisement improbable mais bien réel entre Easy Rider et le film de loup-garou à la mode Paul Naschy. Accroche ta culotte, c’est le lycanthrope qui pilote, avec quelques grammes dans son sang vicié et les pellicules du Diable dans le museau.

 

 

Sex, Drugs and rock’n roll racontée par le menu lors de cette démonerie au poil, fruit défendu poussé sur l’arbre grindhouse arrosé avec amour par Michel Levesque, entré au panthéon de la silicone pour avoir été directeur artistique sur Supervixens et ses suites. Réalisateur à ses heures, notamment de Sweet Sugar en 72, le polisson profite du franc succès de l’excursion motorisée de Peter Fonda et Dennis Hopper pour chevaucher à son tour, non sans apporter quelques grains de nouveauté pour s’attirer les faveurs des distributeurs inspirés. Difficile pour ceux-là de repousser durablement les avances et œillades sauvages d’un titre aussi aguicheur que Werewolves on Wheels, à la fois blason et synopsis, ainsi que la promesse d’assister aux folles virées qui font vroum d’une meute de lupus portant la veste en jean’s et le bandana multicolore. Un plaisir au moins aussi rare que celui de siroter une blonde avec une momie alcoolique ou de déguster une tartiflette avec un Gillman boulimique. Et rare restera le plaisir ! Navré de faire des déçus, mais si la poussière se soulève bien au passage des vrombissantes deux roues, celles-ci sont assez peu manœuvrées par des hommes-loups aux griffes plantées le guidon, l’intérêt de Michel Levesque se trouvant vraisemblablement partout ailleurs que dans la niche de ses duveteuses créatures. On irait même jusqu’à jurer que s’il avait pu se passer de leurs services et leur balancer un os au loin pour ne plus avoir à supporter leurs puces, il l’aurait fait avec le sourire de celui pouvant enfin se concentrer sur ce qui reste à ses yeux le principal : ses bikers et leurs mœurs légères.

 

 

C’est donc à une plongée dans le quotidien crasseux de nos road warriors que nous voilà conviés, à la reconstitution à peu près crédible de leurs végétations qu’une mise-en-scène presque naturaliste, avec son lot de plans tremblants évoquant une prise d’images sur le vif, rendrait presque vraisemblable. Autant que puisse en tout cas l’être une histoire de motards transformés en loup-garous… La mutation se fera attendre, car Levesque se sent bien au milieu de ses hors-la-loi dont la journée se résume à vider une canette, baiser, se mettre sur la gueule, re-vider une canette et vanner le bon peuple auquel ils font mordre la poussière, et il ne s’empresse donc pas d’en venir aux faits, fondant dans cette routine faite de gueules de bois et de longues traversées du désert. Rien que pour cela Werewolves on Wheels, dont le fumet évoque finalement plus volontiers le plat graisseux d’un vieux resto-route que la futaie engloutie par la brume du cinéma gothique, se positionne comme un frangin déviant du classique de Dennis Hopper, pas comme un descendant, ou alors très vague, de Lon Chaney Jr. Les séquences les plus animales n’en sont pas bâclées pour autant, et en faiseur malin, Levesque contourne les problèmes liés à un budget trop serré (tournage sans autorisation, acteurs par ailleurs pas mauvais mais pour leur majorité piqués aux sociétés de hippies des environs) par quelques agréables idées visuelles. Les attaques se feront donc dans une pénombre opaque, les pattes griffues sortant des ténèbres pour arracher des gorges et laisser s’échapper des geysers rubiconds, tandis que les têtes des victimes partiront du fond du plan pour foncer vers l’avant, alors qu’une pluie rougeaude leur rentre dedans car partie du sens opposé. Un effet simple mais d’autant plus efficace que le rouge vif de la peinture utilisée apporte un clair-obscur du meilleur effet. Petite parenthèse à destination des cinéastes en herbe désireux de donner dans le cinoche aux tons cramoisis : oubliez donc cette fausse hémoglobine un peu sombre censée être la seule qui vaille, car en la matière rien n’a jamais rendu aussi bien qu’une gouache cerise. Rien.

 

 

Si le clou du spectacle ne se trouve pas particulièrement dans les apparitions des loups sous LSD, auxquels on réglera le compte à l’ancienne, en les tabassant avec des morceaux de bois enflammés dans la grande tradition du villageois fâché, où se tapit-il ? Dans ce long sabbat, étiré au point qu’il risque de pousser une part de l’audience à l’évasion, perpétré par une bande de moines satanistes qui après avoir invité, puis drogué, le bande motorisée avec du pain sec et du bon vin, sacrifie un chat noir et récupère la plus jolie fille de la meute de bikers pour en faire l’une des leurs. Un peu pénible lorsque le gourou à la manœuvre déclame des incantations improvisées pleine de « prince of darkness », mais le bad trip devient fort good lorsque la belle Donna Anders se trémousse au milieu des flammes, un crâne dans une main, un serpent entre les seins. Il est de ces plaisirs simples sur lesquels il serait indu de cracher. L’hallucination prend fin lorsque les Devil’s Advocates, car ainsi sont nommés nos fous du volant, retrouvent conscience et s’en vont punir les pernicieux bénédictins, coupables de les avoir ankylosés avec de la mie viciée. Ce sera d’ailleurs lors de la bagarre que deux des bouffeur de bitume seront maudits, repartant du temple avec pour seul souvenir la marque de la Bête. Un malheur prédit par Tarot, tireur de cartes du gang, et équivalent mal lavé aux bohémiennes se présentant comme des diseuses de bonne aventures mais vous apportant bien souvent les pires nouvelles. D’ailleurs, lorsque la clique comprendra que les sataniques dévots sont à la source de leurs misères, ils retourneront dans leur secrète synagogue pour un deuxième round à la conclusion pessimiste : certes faibles physiquement, les fervents de cette église luciférine ont leur force de persuasion pour eux, et d’un regard et quelques détestables cantates ils font de leurs assaillants de nouveaux esclaves agenouillés devant Le Serpent.

 

 

Spectateurs fermés à l’épouvante hallucinatoire, et pas plus séduits que cela par les vastes étendues sablonneuses où s’égarent de sympathiques impolis dont la cervelle à fondu à force de prise de substances illicites, Werewolves on Wheels n’est de toute évidence pas à votre destination. Malgré sa thématique, la Série B de Michel Levesque ne commet jamais l’excès de vitesse, et risque plutôt de se prendre une prune pour abus de lenteur. Mieux vaut donc avoir le goût des belles images qui ne mènent à rien, ainsi que des séquences redéfinissant parfois le sentiment d’éternité (même si ce n’est pas non plus du Jess Franco). Si tel est le cas, alors ce petit morceau d’exploitation pourrait fort bien devenir un petit classique dans vos antres, et le détour régulier de vos soirées enfumées. Casé entre un skeud d’Electric Wizard et un de Satan’s Satyrs, qui lui ont d’ailleurs piqué quelques samples pour embellir leurs hymnes, ça le fait carrément.

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Michel Levesque
  • Scénario : Michel Levesque, David M. Kaufman
  • Production : Paul Lewis
  • Pays : USA
  • Acteurs : Steve Oliver, Donna Anders, Gene Shane, Billy Gray
  • Année : 1971

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