The Dark Side of Midnight (The Creeper)

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Et la Palme d’Or du « slasher soporifique bien que hautement humoristique » revient à… The Dark Side of Midnight, alias The Creeper (1984) de Wes Olsen, également reparti avec la récompense d’or pour sa furtive mais appréciée prestation de « pire réalisateur/scénariste/acteur/monteur/producteur n’ayant en tout et pour tout qu’un seul film à son actif. » Une œuvre en effet unique, récit de la traque plutôt pépère menée par deux flics à l’encontre d’un tueur en série mal réveillé.

 

 

Quoi de mieux pour débuter un film d’horreur qu’une intro digne du générique de la légendaire émission Champs Elysées, avec ses phares d’automobiles qui poinçonnent une nuit au goût de bulle fine et sa petite chansonnette contant autant le « creeper » que la fameuse face sombre de minuit du titre ? Wes Olsen, à tous les postes importants de l’affaire, aurait-il fait un séjour parisien et décidé de s’inspirer du programme présenté par Michel Drucker lorsque vint le moment de laisser toute sa créativité exploser ? Allez savoir. Il passe en tout cas aux choses sérieuses dès la fin de l’hymne à la gloire de son dément, déjà sur les traces d’une jeune fille au pair, qu’il happe dans l’obscurité pour mieux lui briser la nuque à la seule force des mains. Soucieux de faire de The Dark Side of Midnight une pure Série B à suspense, et se délectant moins des carnages estudiantins à la sauce napolitaine que des bons vieux films de flics à l’ancienne, Olsen laisse la violence du meurtre au hors-champ et passe au plus vite à ce qui l’intéresse réellement, l’enquête. Menée par le chef de la police Cooper (James Moore, qui n’apparaîtra à nouveau que dans Mississippi Burning, dans le micro-rôle d’un barbier), celle-ci patine d’entrée de jeu, la tête pensante des gardiens de la paix se rendant compte du caractère insaisissable d’un sagouin duquel il ignore tout, impression que vient renforcer le coroner du patelin, persuadé qu’il faudra avoir recours aux services d’une espèce de profiler star de la région, connu pour avoir de la truffe lorsqu’il s’agit de débusquer les rôdeurs assassins. Cooper n’est d’ailleurs pas contre l’option de l’appel à un ami, mais il n’en va pas de même pour le maire Reilly, gros bonhomme fainéant ne désirant pas dépenser trop d’argent pour se payer les services d’un traqueur de surineur, aussi bon soit-il. C’est que le bourgmestre aspire à la création d’une université dans son patelin reculé, et préfère donc garder ses deniers pour ce projet d’envergure selon lui à même d’en faire un homme riche. Encore faut-il que la fameuse unif accepte de s’implanter dans une région baignant dans le sang des malchanceuses grippées par ce diablotin tapi dans l’ombre, qui s’apprête d’ailleurs à faire de nouvelles victimes.

 

 

A ce stade de The Creeper, le cinéphile égaré parti pour l’un de ces habituels cabanons du slasher, ceux ayant reçu trois machettes au Guide Michelin des maboules masqués, comprend qu’il vient de se faire berner par un GPS défectueux et s’est engouffré dans la benne à ordure du genre plutôt que dans son carré VIP où Carpenter siroterait un tutti frutti en causant coupe-choux avec Bob Clark. Chez Wes Olsen, les couleurs sont délavées comme dans un vieil épisode de Derrick (vous me direz, s’il y en avait des nouveaux, ça se saurait et les maisons de retraite seraient plus à la fête qu’elles ne le sont), comme si la palette de couleurs commençait au gris taupe et trouvait sa fin au brun merde de chien, sans même que l’écarlate ne s’invite dans ces salons d’un autre âge puisque, démuni et comme on l’a dit plus entiché du film policier que de l’effroi poisseux, l’auteur se garde bien de faire ruisseler la sève d’homme. Aucune chance que notre minuit tant redouté – mais il l’est déjà de moins en moins – vire au rubicond. De toute façon, pas sûr que le cinéaste débutant aurait su emballer de vraies scènes gore, lui qui a déjà du mal à ne pas se couvrir de ridicule lors des banales séquences de parlote, aux cadrages trop banals et télévisuels dans lesquels les acteurs se relaient sans feu. Car ils sont bien évidemment nuls au possible ces pauvres gens récupérés on-ne-sait-où par Olsen, qui ruine à jamais leur réputation en leur faisant porter à tous des moustaches de star du porno de 1976. On s’attend d’ailleurs à tout moment à ce que l’ensemble vire à la foire au cunnilingus ou à la pipe dans la salle à manger, les transitions d’une scène à l’autre, en plus d’utiliser un peu abusivement du fondu au noir, étant souvent accompagnées de musiquettes que l’on jurerait empruntées à un vieux boulard. Ou à ces kermesses pour vieux cowboy chiqueurs de tabac et se tapant la cuisse en rythme sur de la country enlevée pendant que le petit dernier fait son premier rodéo. Ca collerait sans doute du tonnerre dans un épisode de Shérif, fais moi peur !, mais pas dans un psychokiller movie nous promettant monts ténébreux et merveilles sanguinaires (« By knife, by rope, by axe, bye bye ! » nous balance l’accroche de la VHS, tagline rigolote utilisée la même année par The Mutilator, autre slasher valant le détour de par son incompétence).

 

 

On y croit donc jamais, et l’on se demande s’il y a dans ce fourbi un comédien capable de déclamer une ligne de dialogue sans donner l’impression de réciter sa leçon de français devant toute la classe. L’éclaircie viendra peut-être de ce jeune garnement que doit surveiller une étudiante alors que ses parents vont passer la soirée en ville, le petit, bien que pas prêt de passer une audition pour Spielberg et de se retrouver à l’affiche des Goonies, restant un peu moins douloureux à regarder que ses plus âgés partenaires. Et le gosse de se plaindre auprès de sa baby-sitter qu’un homme vit dans son placard, ce qui fatigue une adolescente ne croyant pas aux bobards d’un petit chieur dont le passe-temps est d’essayer de lui foutre la frousse. Peur elle aura d’ailleurs lorsqu’elle retrouvera le morveux égorgé (le seul plan un peu sanglant du film, foutu en l’air parce que l’enfant ne peut s’empêcher de respirer plus d’une demi-seconde) et qu’elle découvrira que le fameux Creeper est déjà sur place. Elle parviendra néanmoins à prendre la fuite en traversant une vitre et en se réfugiant chez des voisins. Parallèlement à cette attaque, Cooper n’en finit plus de se heurter à la mauvaise volonté du maire et au refus de celui-ci de faire appel au fameux profiler. Après de longues minutes d’engueulades, le flic parvient finalement à recevoir son invité et surprise, celui-ci, nommé Brock Johnson, n’a que 29 ans mais déjà une belle moustache de pro du coup de trique. Cela risque d’ailleurs bien de virer à la nique : puisque Brock vient tout juste d’arriver, Cooper l’invite à passer la nuit chez lui en attendant qu’il se trouve une chambre d’hôtel. Cela lui permettra par exemple de faire la connaissance de Jan, joli brin de fille du policier visiblement ravie d’avoir un jeune gus à la maison. Tellement ravie qu’elle en oublie visiblement que son daron est dans la pièce, puisqu’après quelques minutes et un bon repas, elle pose déjà sa main sur la cuisse du nouvel arrivant, qui prend bonne note de ce bel accueil et pose sa patte sur la sienne. Le tout sous la truffe du pauvre papa Cooper, dont on sent monter une légitime colère. D’ailleurs, dans l’espoir de couper court à ce déplaisant rapprochement physique, il marmonne quelques mots pour dire que tout ce beau monde ferait bien de retrouver les couchettes, séparées si possible, car demain sera une longue journée. Brock, pas démonté et encore moins gêné, esquive en disant qu’il aimerait rester éveillé encore un peu pour regarder la télévision. Ben tiens ! Et à peine le patriarche sorti de la pièce que le génie du profilage s’approche de la cheminée pour y rajouter quelques bûches et roule un gros palot à Jan, incapable de résister à un si bel homme, incarné par… Wes Olsen bien sûr ! Tant qu’à faire, autant se garder le beau rôle.

 

 

La romance au coin du feu n’aura malheureusement pas le temps de dérailler vers quelque-chose de plus physique : alors qu’il plie son pantalon en maudissant le nom de Brock Johnson, coupable de draguer ouvertement sa fille, le vieux Coop’ reçoit un coup de téléphone l’avertissant que la dernière victime du Creeper, la demoiselle défenestrée, vient de sortir du coma et peut donc répondre à quelques questions. On avertit Brock, qui essuie la salive que lui a légué Jan au coin des lèvres, et en route ! Pour ne pas découvrir grand-chose d’ailleurs, si ce n’est que le petit garçon retrouvé mort se serait plaint, peu avant l’arrivée de son bourreau, qu’un homme se tenait dans son placard. Ca ne semble pas grand-chose, mais ça vaut la peine d’aller vérifier, et Brock et Cooper retournent sur les lieux, de nuit, avec une torche comme seule source de lumière. Et c’est là qu’une moitié de miracle survient : bien que The Creeper soit toujours pauvrement réalisé, Olsen emballe néanmoins une séquence avec un certain potentiel, qui dans d’autres mains que les siennes aurait pu accoucher d’une vraie scène de trouille. Sur place, les fins limiers (rires) découvrent en effet une trappe dans le placard du gosse, menant au grenier. On passera outre le fait que les enquêteurs précédents n’aient pas été vérifier, car on ne peut pas dire que cette issue vers les combles soit particulièrement secrète, mais peu importe. Une fois sous la toiture, Brock et Cooper découvrent des articles de presse en lien avec une série de meurtres à Détroit, et Brock se souvient que le coupable, jamais retrouvé, était suspecté de s’être caché des semaines durant dans la maison de ses victimes, épiant leur routine pour frapper au bon moment. Quelques mètres plus loin, les deux hommes, maintenant légitimement inquiets, découvrent un sac de couchage vide, mais encore chaud… Persuadé que le tueur reviendra, ne serait-ce que pour récupérer ses effets personnels, nos héros décident de dormir sur place pour le cueillir dès son retour, qui ne devrait plus tarder. Mais à peine assis depuis cinq minutes que voilà Cooper en train de ronfler comme un goret au groin bouché, empêchant Brock d’entendre qu’ une caisse s’ouvre à l’autre bout du grenier, et qu’en sort le Creeper, géant aux cheveux longs portant un chapeau et une épaisse moustache (c’était la mode à ce moment-là d’avoir une paire de pantoufles sous les narines). Cooper et Brock finissent par l’apercevoir et tirent en sa direction, mais c’est trop tard, le chevelu, dans lequel ceux qui s’y connaissent un peu en heavy metal verront un sosie du chanteur de Pentagram Bobby Liebling, a déjà mis les voiles.

 

 

Un passage imparfait, mais avec un vrai réalisateur à la barre et un véritable sens de la mise en scène, il y avait de quoi torcher un joli moment. Las, il sera immédiatement balayé par la séquence suivante, à laquelle on passe en un millième de seconde grâce à un montage très rustre. Nous étions si bien dans ce grenier plongé dans le noir ? Eh bien nous revoici dans la cuisine de Cooper, en peignoir, profitant du café du matin alors que la bande-son en revient à ses sonorités de vieux film X et que les personnages, alors qu’ils ont enfin croisé l’assassin censé occuper toutes leurs pensées, évoquent ce qui semble être leur véritable ennemi : le maire, sur lequel l’accent est tellement mis que l’on en vient à se demander s’il n’est pas le point central de Dark Side of Midnight. Il faut dire que si l’on retire ses manigances (le fourbe ira jusqu’à pousser l’un de ses amis à téléphoner à Cooper en se faisant passer pour un docteur pour lui faire croire que sa sœur est mourante à l’autre bout du pays !), le long-métrage du brave Olsen ne le serait déjà plus tant que ça, long, même s’il le reste bien assez. Et encore, cela pourrait être pire : je me suis installé devant une version d’environ 85 minutes, mais plusieurs malheureux en évoquent une autre nettement plus épique s’étirant jusqu’à 110 minutes. On se demande bien ce qu’il peut bien s’y trouver, même si on ira pas jusqu’à tenter le diable et vérifier. Ayant remis son dur labeur à Troma pour la distribution, on imagine bien que leurs patrons Lloyd Kaufman et Michael Herz ont sorti la serpe et le rabot pour tailler dans les nombreux gras d’un vilain Z resté soporifique après leur passage. Même si ça s’améliore un peu : maintenant qu’il a montré ses traits de metalhead (ou de magicien de Las Vegas, c’est selon), le Creeper ne se cache plus et va étrangler de la mamzelle, ou traque carrément Jan lors d’une embarrassante course-poursuite où ils prennent l’ascenseur et s’épuisent dans une cage d’escaliers. Brock finit par trouver le nouveau repaire du désaxé, s’enfuit dans l’une des maisons voisines et, pour en finir parce qu’à la fin c’est marre, fout le feu dans cette bicoque dans laquelle le Creeper l’a suivi. De un, ce n’est pas très sympa pour les braves gens qui y vivent, et qui apprécieront sans doute la nouvelle. De deux, Olsen ne sachant visiblement pas trop comment filmer le trépas de son tueur décide de se passer de plans de sa dépouille enflammée, ou même calcinée, quitte à ce que l’on ne soit pas bien sûrs de sa mort. Il faudra que Cooper lâche un beau « Bon ben on aura plus à se soucier de lui ! » et que Brock enchaîne par « Je quitte la ville demain, on m’attend ailleurs », avec l’air de dire qu’il est temps de passer à autre-chose et d’éjecter la cassette du magnéto, pour que l’on comprenne que oui, le Creeper est bel et bien parti en cendres et sans gloire. Pour ceux que ça intéresse, sachez que la belle Jan suivra son Brock, cette fois sans nous montrer Cooper râler sur leur amourette lorsqu’il plie son fute, et que le maire aura vu le projet d’université lui passer sous le nez. Quant à Wes Olsen, il aura eu la présence d’esprit de ne plus jamais saisir une caméra. On l’en remercie.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Wes Olsen
  • Scénario : Wes Olsen
  • Production : Wes Olsen
  • Pays : USA
  • Acteurs : James F. Moore, Wes Olsen, Sandy Schimmel, Dave Bowling
  • Année : 1984
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