Satan’s Cheerleaders

Category: Films Comments: 3 comments

Lassé de la compagnie des diablotins et autres pécheurs en train de barboter dans sa mer de flammes, Satan décide en 1977 de s’entourer de pom-pom girls à priori faites pour s’entendre avec lui. Car les héroïnes de Satan’s Cheerleaders, version jupette et cuisse ferme de Course contre l’Enfer, n’ont que le cul à la bouche, flirtent avec tout ce qui bouge (y compris un John Carradine ne bougeant, justement, plus beaucoup) et ont un goût certain pour l’attentat à la pudeur. Autant dire qu’elles ont tout pour plaire, et le film de Greydon Clark avec elles.

 

 

Attention, quelques spoilers à venir.

 

« L’Exorciste et les films avec des cheerleaders étaient très populaires à l’époque. J’ai toujours aimé la comédie et tenté de mettre autant d’humour que possible dans mes longs-métrages, et combiner l’horreur et les films comiques avec des cheerleaders m’avait semblé naturel. » L’avantage avec Greydon Clark, c’est qu’il n’enfume pas son monde avec une réponse de trente paragraphes bourrée jusqu’aux marges de justifications vaseuses et d’interprétations prétendument intello pour expliquer pourquoi il décida un jour de porter un pentagramme au cou et d’aller voir si ça rigole bien dans le vestiaire des filles. L’Exorciste cartonne ? Les teen movies blindés de petites mignonnes pas contraires à l’idée de se faire bousculer à l’arrière du bus scolaire aussi ? Le bon peuple tremblote à la seule évocation de ce satané Charles Manson et voit donc des serviteurs du Démon à chaque coin de rue, ce qui paradoxalement lui donne envie de mater des Séries B sentant bon le souffre et les braises impies ? Qu’à cela ne tienne, on lui donnera une ration généreuse et son propre poids en chaudes lapines et sombres moines priant l’antéchrist. Mais comme il le dit lui-même, Clark, chez nous surtout connu pour son hilarant monstre mi-chat mutant mi-chaussette sorti du très fauché Le Clandestin (1988) et pour le gentiment culte Terreur Extraterrestre (1980), n’a pas particulièrement envie de froncer les sourcils, faire la moue et donner dans le thriller respectable, où le satanisme se ferait sérieux et où les victimes risqueraient une mort véritable. Monsieur Greydon aspire à autre-chose, et sera d’ailleurs très bientôt l’auteur de quelques blagues filmiques comme Wacko ou Joystick, dont le présent Satan’s Cheerleaders pourrait fort bien se faire l’ancêtre. Forcené du tranchoir et exalté du couperet, rangez vos lames, le propos est ici surtout à l’amusement, avec une longue première partie totalement dédiée aux délires auxquelles s’adonnent Patti, Debbie, Sharon et Chris, filles légères, sûres de leurs courbes avantageuses, censées encourager les jeunes footballeurs américains de leurs hymnes et pirouettes, mais surtout de la partie pour leur faire tourner la tête et les déstabiliser. Comme par exemple en s’invitant à leurs entraînements sur la plage et en les tirant derrière les buissons pour les sensibiliser à de nouvelles positions, bien entendu très sportives. Au grand déplaisir de l’entraîneur de ces messieurs, peiné de voir ses costauds constamment déconcentrés par nos chaudières, que ne parvient jamais à refroidir la pauvre Madame Johnson (Jacqulin Cole, Les Sadiques de Satan), vieille pucelle dont la profonde naïveté est une intarissable source de moqueries de la part de ses ouailles.

 

 

Personne n’échappe au second degré sexuel de nos filles, et surtout pas le concierge chargé de passer la serpillière dans leurs douches, où, à la faveur d’un trou bien caché dans le mur, il s’invite lorsqu’elles partent se savonner. Pervers pépère, ce bedonnant moustachu ne s’en fait pas moins gauler par les athlètes lorsqu’il va chipoter dans les sous-vêtements des mamzelles, et puisqu’il se fit encore vanner par celles-ci auparavant et que ça commence à bien faire, il s’en remet à la secte satanique à laquelle il appartient dans l’espoir que Lucifer lui autorisera sa revanche. Et le bonhomme a de la suite dans les idées lorsqu’il s’agit de punir ces irrespectueuses gamines : suivant leur voiture alors qu’elles se rendent à un match ou une compétition de cabrioles, il maudit leur moyen de locomotion, dès lors en rade, et se propose pour leur servir de taxi. Et le vieux vicieux de les amener à deux pas d’un autel sacrificiel perdu dans la sylve, où il tire la blonde Patti dans l’espoir de la violer, non sans l’avoir envoûtée avec un démonial bibelot. Mais ne maniant pas assez bien le pentagramme, et visiblement en mauvaise liaison avec le Malin, tout ce que le gardien du dressing-room parvient à faire est présenter à Satan un joli minois qu’il se verrait bien posséder. Le prince des enfers n’étant pas partageur, il pousse le concierge à la crise cardiaque, tandis que Patti se redresse intacte mais avec la cervelle embrumée. Miss Johnson et le restant des troupes décident bien évidemment de s’en remettre au shériff du comté, et après avoir demandé leur chemin au vétéran John Carradine, dont les petits yeux ne manquent pas de s’accrocher aux jolis mollets de fifilles pas fâchées de voir que le vieux pourrait en pincer pour elles (mais qu’elles charrient tout de même, histoire de garder leur statut de teignes), les acrobates finissent par trouver la ferme où séjourne le gardien de la paix. Incarné par John Ireland, ancien spécialiste du western, et ici marié à Yvonne de Carlo (grande dame du cinoche se trouvant une seconde jeunesse dans la Série B, passée par Cellar Dweller et American Gothic), le fameux chef de la police locale n’est pas disposé à les aider puisqu’il n’est autre que le gourou du culte dédié à Belzébuth. Faudrait pas que les jeunettes aillent raconter partout que cela prie Satan dans les fourrées, et il est donc décidé de les garder à « disposition de la justice ». En prime, l’une d’elle pourrait bien être vierge et ferait donc le parfait sacrifice…

 

 

Grand plaisantin, Clark redouble ici d’efforts pour ridiculiser son grand vilain, abandonné par la chance, par son Satounet chéri et par la lucidité. Persuadé que les cheerleaders n’ont pas encore vu la couleur d’un gland, il place tous ses espoirs en elles et viole Mrs. Johnson, la seule à être d’une pureté absolue et donc pas encore passé par la couchette d’un mâle, réduisant au néant les chances du policier de voir sa messe noire aboutir. Et lorsqu’il demande aux filles si elles ont déjà fricoté avec des garçons, alors que tous ses croyants se sont réunis auprès de lui dans la forêt, persuadés de sa bonne intelligence, voilà que les cocottes répondent avec une sincérité désarmante, « On est pas vierges, nous sommes des cheerleaders depuis trois ans ! » Patti, dont l’âme est désormais alignée avec celle du diable, intervient d’ailleurs pour le coup de grâce, annonçant au shérif qu’il a souillé de ses étreintes agressives la seule personne capable de répondre à ses attentes, la pauvre Johnson, qui garde le sourire malgré les outrages vécus. Et le grand patron des satanistes de tomber la bure et d’avouer que tout cela n’est de toute façon qu’un cirque auquel il ne croit pas vraiment. De quoi fâcher ses fidèles, dont un concierge pas vraiment mort et de retour pour lui planter un couteau dans le bide. Plus attaché à ses filles qu’à ses admirateurs du mauvais ange, Clark permet donc à ses copines de s’en sortir saines et sauves, à la différence près que Patti peut désormais influer sur le cours des matchs de football, ses pouvoirs infernaux étant bien pratiques pour tirer l’équipe profitant de son soutien jusqu’à la victoire.

 

 

Une petite blagounette donc que Satan’s Cheerleaders, assez typique des productions légères des 70’s, pas tout à fait pensées pour séduire les encravatés et à l’inverse totalement dédiées au plaisir que pourront rencontrer des spectateurs en quête d’une récréation simple, efficace et ne cherchant jamais à alourdir son propos. On se fout donc comme de notre première communion que les suppôts du bouc ne soient pas d’une grande dangerosité et que les scènes où ils traquent les midinettes manquent de tension, le principal étant de passer un bon moment avec d’adorables petites pestes, jamais à court de bons mots, toujours prêtes à dévoiler un peu de chair (même si seule la brave Patti laissera s’échapper ses tétons) et riant au nez crochu et à la barbe méphistophélique du Diable lui-même. Un très bon moment, ni plus ni moins, et on regrette presque qu’aucune suite ne fut faite, tant Patti la possédée, Chris la grande gueule, Sharon la grande perche et Debbie la dévergondée un peu conne (ma préférée, pour tout dire) vont nous manquer.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Greydon Clark
  • Scénario : Greydon Clark, Alvin L. Fast
  • Production : Alvin L. Fast
  • Pays : USA
  • Acteurs : Kerry Sherman, Alisa Powell, Jacqulin Cole, John Ireland
  • Année : 1977

3 comments to Satan’s Cheerleaders

  • David DIDELOT  says:

    Bien ta chro mec ! Et joli film n’empêche.

  • Roggy  says:

    D’accord avec David sur ta chro et sur le film qui mélange le satanisme et les cheerleaders de façon décomplexée et un peu foutraque. Mais le résultat final reste divertissant 😉

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