Les Yeux de la Terreur

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On l’a souvent dit ici : le slasher fut souvent, à la fin des seventies ou au départ des années 80, le sous-genre choisi par les cinéastes en herbe pour lancer leur carrière. Peut-être pour contrarier ce déjà vieil adage, l’Anglais Ken Hugues (Casino Royal, Cromwell) prit le genre comme une porte de sortie, son Les Yeux de la Terreur (aka Night School, aka Terror Eyes) tourné en 1980 mais déboulé sur les écrans en 81 étant aussi son dernier effort. Histoire de conclure en beauté ? Nous n’irons peut-être pas jusque-là…

 

 

 

Panique dans les rues de Boston ! Après avoir décapité une demoiselle la semaine passée, un motard tout de cuir noir vêtu s’en prend à une étudiante gagnant sa croûte dans une garderie, lui arrachant la tronche d’un coup de machette courbée (l’arme est en fait un Kukri, un couteau utilisé dans les Indes) alors qu’elle s’autorisait un petit tour de manège. Et comme pour la victime précédente, le tueur place la tête dans un point d’eau, ici un baril en fer situé à quelques mètres de là. En charge de l’affaire, le flicard Judd Austin (Leonard Mann, L’Humanoïde et Douce Nuit, Sanglante Nuit 3) découvre sans tarder que les victimes ont un lien avec un établissement dispensant des cours du soir. Les suspects n’y manquent pas, à l’image de la directrice des lieux, une lesbienne lorgnant à l’occasion sur les fessiers de ses oies, et n’appréciant guère que le plus populaire professeur d’anthropologie Vincent Millet (Drew Snyder, vu dans Commando, WarGames et Firestarter) déflore tout ce que l’institut compte de gamines. Un homme apprécié mais largement soupçonnable, et dont les rapports avec son assistante venue d’Angleterre, la brune Eleanor (Rachel Ward), sont là encore plus que douteux. Et pour cause : la libellule vit carrément avec lui, leurs rapports dépassant de loin le stade du prof et de l’élève. Et que dire de ce ramasseur de poubelles un peu simplet, incapable d’aligner deux mots et que l’on retrouve à suivre les jolies dames une fois la nuit tombée ? Pendant que Judd patine, l’assassin frappe encore et encore, le chasseur de tête emportant de nouveaux crânes pour leur faire faire trempette. WC, évier, aquarium, peu importe tant que ça barbote !

 

 

Clément, le temps l’aura été avec Les Yeux de la Terreur, petit psychothriller noyé dans la masse à sa sortie en 1981, et aujourd’hui légèrement culte (très légèrement même) auprès des sauvageons considérant que la période voyant George Eastman reprendre une grosse cuillerée de ses propres entrailles et Frank Zito décapsuler des crinières, ben c’était la meilleure. Un statut enviable que Terror Eyes doit à son prix du jury glané au festival d’Avoriaz en 81, certes, mais aussi à sa présence sur l’infamante liste des Video Nasties dressée par Scotland Yard et quelques bourgeois jugeant que le cannibalisme et les zombies couchés sur pellicule constituaient une menace terrible pour la jeunesse anglaise. Et Night School (pratiques pour éviter les répétitions, ces films garnis de 150 titres) de côtoyer, du moins sur le papier, de sulfureuses bandes comme Cannibal Holocaust, Island of Death, La Dernière Orgie du IIIème Reich ou La Dernière Maison sur la Gauche, son célèbre voisinage lui apportant un coup de projo bienvenu et jamais démenti, plus de 30 ans après les faits. On peut néanmoins se poser la question de la pertinence de la présence du film de Ken Hugues sur cette liste de VHS prohibées et dont la course se termina dans les fours de Londres, tant Terror Eyes ne semble jamais offensant. A peu près aussi gore qu’un épisode de Perry Mason – tous les meurtres ont lieu en hors-champ, le montage s’empressant de couper lorsque la lame du cinglé s’abat sur les nuques féminines -, le film ne peut guère être taxé de misogyne parce que toutes les victimes sont des cocottes dans la fleur de l’âge, le script ayant été écrit par une femme, Ruth Avergon. De quoi se gratter le cranium et perdre quelques tifs dans le même temps, même s’il y a fort à parier que le chaste Night School a surtout souffert d’un délit de sale gueule. On le sait, les bobbies au service de Sa Majesté se fiaient avant tout aux jaquettes des cassettes qu’ils s’apprêtent à saisir, et il y a de grandes chances qu’ils perçurent en celle de Les Yeux de la Terreur, où l’on voit clairement le motard malveillant lacérer une lady, un sommet de barbarie. Et puis, au même titre que les films de morts-vivants, de cannibales ou de nazis, les slasher faisaient des cibles privilégiées pour le Yard et c’était presque par principe qu’ils étaient interdits. Voir le destin similaire réservé à Bloody Moon, The Slayer, Pranks, Don’t Go in the Woods ou encore Carnage.

 

 

N’empêche qu’une audience persuadée que le sceau Video Nasties lui assurera un spectacle où les fronts sont attaqués à la perceuses et les poitrines déchirées par des crochets en seront pour leurs frais : Night School tient plus du thriller caviardé d’assauts vaguement sanglants que de la pelloche horrifique pure et dure. Un giallo plongé dans la grisaille, et donc un film policier presque à l’ancienne, Ken Hugues n’étant de toute façon pas de ces réalisateurs dont nous pouvions attendre des torrents d’hémoglobine. Un peu frustrant, le genre étant souvent plus efficace lorsqu’il s’abandonne à ses instincts les plus primaires, le réalisateur freinant des deux pieds en la matière et ne s’autorisant que quelques têtes retrouvées dans des bassins. Et encore, n’espérez pas en voir les visages, cela serait trop beau. Malgré quelques jolies idées et séquences (le meurtre se déroulant derrière une porte fermée, qui ne s’ouvre que pour laisser apparaître la suppliciée ou se trouve transpercée par l’arme du maniaque), c’est ceinture niveau gore, au point que l’on en vient à douter que les spectateurs visés sont ceux de Vendredi 13 et compagnie, Hugues donnant l’impression de préférer faire du pieds aux vieux de la vieille pour qui ne comptent que Psychose, la Hammer et la Amicus. Terror Eyes semble donc plus poussiéreux que la majorité des slasher démoulés la même année, et se repose entièrement sur son suspense – réussi la plupart du temps -, tel un bon Agatha Christie. Mais à l’inverse des romans de la reine du mystère, on devine ici très vite quel est le sagouin caché sous la visière, l’effet de surprise ne fonctionnant dès lors jamais. Bel effort néanmoins lors de la dernière bobine, car si le twist fourni par Ruth Vergnon est là encore attendu, il a le mérite de plonger le film dans une déprime carabinée. Dommage d’ailleurs de conclure sur une farce grossière et idiote des policiers, Les Yeux de la Terreur aurait gagné à conserver sa mélancolie. A l’arrivée, on se retrouve donc avec une Série B fonctionnelle, mais dont le manque de tranchant fait que l’on risque peu de la sortir de son fourreau. Pour les complétistes du genre.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Ken Hugues
  • Scénario : Ruth Avergon
  • Production : Ruth Avergon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rachel Ward, Leonard Mann, Drew Snyder
  • Année:  1981

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