Game of Survival

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L’insécurité par ici, l’insécurité par là-bas… Pour sûr, les élections approchant, on va bouffer de la racaille à toutes les sauces. Ce n’est cependant pas la réalisatrice très bis Roberta Findlay qui vous dira que le monde de la rue c’est Disneyland, elle qui nous offre avec Game of Survival un bonbon acidulé basé sur sa jeunesse…

 

 

Roberta Findlay, les habitués de la crypte aux rivières de slime la connaissent bien puisque je suis revenu sur sa personnalité lors de la chronique de son Blood Sisters, série B anodine mais bien agréable. Eh bien cette fois, c’est son enfance que l’on va connaître via Game of Survival, la Roberta expliquant dans les bonus de l’édition DVD d’Uncut Movies (what else ?) que le script qu’elle reçut de Rick Marx (Doom Asylum, Platoon Leader) et Joel Bender (futur monteur de programmes télévisés comme Power Rangers) lui rappela fortement ses premières années. Euh, Roberta, tu te rends compte que dans Game of Survival, que tu as fini par réaliser, des junkies violent une femme avec un balais, éventrent des pauvres types à tour de bras et plantent leur schlass dans le clebs d’un aveugle ? Rassure-nous, Roberta, t’es pas celle qui tenait le balais, quand même ?! La vérité, c’est que la Findlay a vécu dans de sales quartiers du Bronx et lorsque le script de Game of Survival atterrit sur son bureau, elle ne put retenir son envie de le coucher sur pellicule et d’en faire un bon Exploitation Movie des familles. Tourné en 85 dans le coin où la réalisatrice avait grandi, le résultat final invite justement quelques membres de gang de la région, forçant le commissaire de police local à offrir une protection très rapprochée à l’équipe. Pourquoi s’en soucier ? Tout simplement parce que l’une des actrices était tout simplement sa femme et que ça l’aurait emmerdé qu’elle se fasse tailler les oreilles en pointe par des indélicats de Harlem. On peut le comprendre… Le genre de petites anecdotes faisant de la Série B un vrai monde à part, celui dans lequel on se vautre toujours avec un rictus digne du Joker, et dans lequel Findlay fit ses preuves, avec plus ou moins de succès. Coup de bol, Game of Survival, également connu sous le nom de Tennement, fait partie des bonnes pioches !

 

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On savait que ça ne rigolait pas dans le Bronx et on en est encore plus sûr lorsque l’on voit la triste vie des protagonistes mis en scène par la réalisatrice : non content de vivre dans des immeubles crasseux, voire en ruines, et entourés de terrains vagues dégueulasses, ils doivent supporter la présence de camés adeptes de l’ultra violence. Un beau jour, l’un des habitants excédé décide d’appeler les flics pour qu’ils fassent une petite rafle et foutent tous ces vils drogués derrière les barreaux, forcés de bouffer de la purée de cornichon à la cantine avec des couverts en plastoc. Mais vu qu’ils ont pas de pot dans la région, les keufs ne trouvent pas grand-chose pour inculper les blousons noirs, relâchés plus vite qu’ils n’ont été attrapés et bien décidés à se venger des balances qui ont tenté de les coller en zonzon. Les coups d’opinel dans les roustons s’enchainent alors, quand on ne viole pas les pauvres demoiselles, forcément en détresse. Et vu que ça commence à bien faire, les locaux vont répliquer, organisant une rébellion dans leur immeuble en tentant d’éradiquer cette jeunesse malfaisante par eux-mêmes… Récapitulons : on a des racailles s’attaquant au bon peuple, un final versant dans le vigilante flick et des minorités qui s’entretuent en s’échangeant des coups de lames. Pour sûr que vous ne risquez pas de tomber sur un stand vendant la rondelle de Game of Survival lors d’un meeting du PS tant Findlay aligne les thématiques scandaleuses, qu’elle enveloppe dans un esprit très exploitation. Comprendre que si c’est une critique sociale que vous cherchez, vous vous êtes trompés de crémerie, et pas qu’un peu ! Les frères Dardennes, c’est deux rues plus loin, les mecs ! Certes, Finlay déroule forcément quelques messages, comme le fait que les pauvres hères perdus dans cette jungle de béton soient abandonnés à eux-mêmes, que la pauvreté est une spirale infernale finissant par mener à la sauvagerie et que le Bronx, bah c’est un peu l’enfer sur Terre que les puissants préfèrent oublier sur la mode du « chacun sa merde ». Mais de là à dire que notre copine Roberta nous balance ici du bis engagé, faudrait pas exagérer et pousser mémé dans le baril d’acide…

 

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Le but de notre faiseuse, c’est de balancer dans la gueule de son public une petite oeuvrette bien trash, du cinoche indépendant mal élevé offrant le quota de scènes crapoteuses. Et on les a, d’ailleurs : le fameux viol au balais auquel succombera la victime, un coup de canif dans les burnes, une électrocution, un œil percé par des ciseaux, des échanges de coups de feu, des étranglements,… Y’a pas à chier, ça y va et si Findlay nous expliquait dans Blood Sisters que les globules rouges ça coûte une blinde et qu’elle ne pouvait donc guère se permettre de verser dans l’hémoglobine, il n’en est pas de même dans le salissant Game of Survival. Car nos vermines venues prouver leur virilité en assassinant à tour de bras sont du genre à vous refaire la moquette, le sang giclant et dégueulassant les sols et murs à chaque scène un minimum virulente. Si le métrage n’est pas gore au sens habituel du terme, sans doute par faute de moyens, il est indéniablement sanglant et les chances sont faibles pour que vous en ressortiez avec l’idée que le spectacle était trop soft et n’éclaboussait pas assez vos petites gueules d’enfants de chœur. Le point fort de la bobine n’est cependant pas sa propension à vider de la grenadine et des bouteilles de ketchup dans les escaliers mais plutôt son décorum naturel, idéal pour créer une ambiance de propreté douteuse. Les gentils vivent dans des murs décrépits, parfois dans des immeubles dont la façade s’est effondrée, dans des antres aux couleurs ternes, aux murs humides. Quant aux vilains, c’est pire encore puisqu’ils passent tout leur temps dans des sous-sols encrassés et poussiéreux, avec des vieux pneus en guise de divans… La misère comme champ de bataille, en somme, avec pour seuls soldats des toxicomanes rendus fous par la dope et de pauvres hommes et femmes ayant toutes les difficultés du monde à joindre les deux bouts. L’ennui, c’est que Roberta a bien du mal à créer des personnages réellement mémorables, ses camés étant tous interchangeables (même leur boss, un hispanique un poil plus charismatique, peine à s’extraire de la masse) tandis que les différences entre leurs victimes sont mal utilisées.

 

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Car Game of Survival a pour héros une bande de caractères variés, allant du black taiseux et réfléchi (genre Duane Jones, référence évidente) à l’aveugle incapable de se défendre en passant par les vieux renois sympas, l’adolescente tombée enceinte trop jeune, la marmaille, une vieille bique courageuse, un froussard, une pauvre fille se prostituant pour offrir de la poudre d’ange à son mec et une mère de famille constamment de mauvaise humeur. Une équipe bigarrée dont Finlay ne tire pas grand-chose, malheureusement, les interactions entre les différents membres de cette milice improvisée sur le tas n’étant pas très poussées. Dommage également que les comportements des uns et des autres, plutôt multiples là encore, ne débouchent sur rien, si ce n’est sur une petite poussée de courage de la part du froussard égoïste vers la fin. Pour le reste, que l’on tue ces gaillards dans un ordre ou un autre, peu de répercussions se font sentir, aucune réelle dramaturgie ne se frayant jusqu’à leur camp. Il faut d’ailleurs bien avouer que l’on ne stresse pas des masses dans ce coin pourtant malfamé, la faute peut-être à une bande-son un peu trop relax (et par ailleurs très bonne puisqu’on se tape du Psychedelic Rock de qualité) pour aider la peur à s’immiscer dans les foyers. De même, pas évident de s’inquiéter du sort de nos zigotos tant ceux-ci sont incarnés par des acteurs de troisième ou quatrième zone, très portés sur le surjeu, principalement lorsqu’ils doivent mimer la douleur et l’agonie. Pas bien grave en vérité, tant on n’a jamais espéré un shocker apte à nous redescendre les intestins dans le calbut mais plutôt une bonne zéderie bien cheesy. Et on l’a, plutôt deux fois qu’une ! On ne s’emmerde en effet jamais malgré une exposition traînant un peu la patte, les scènes d’agression étant aussi nombreuses que dans la salle de bain parisienne de cette pauvre Kim Kardashian.

 

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Quant à Findlay, elle est pour ainsi dire égale à elle-même, c’est-à-dire la détentrice d’un art que l’on qualifiera d’inégal. Si la dame balance quelques plans parfois inspirés et bien placés (quelques bons travellings, par exemple), elle peut également sombrer dans le banal intégral, voire dans l’ineffectif. Un faux problème puisque l’on s’attendait de toute façon à du fauché peinant de tout son corps à cacher son statut de petite bande Grindhouse, il serait dès lors bien malvenu de jouer la surprise, la jaquette et sa peinture clichesque donnant d’emblée le ton. Pas un repas complet pour tous les estomacs, au final, mais une bonne descente dans ce que les eighties avaient de plus cracra et un joli Z rappelant les univers de Street Trash et Slime City. C’est déjà plus que suffisant pour avoir la panse bien ronde !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Roberta Findlay
  • Scénario : Joel Bender, Rick Marx
  • Production : Xalter E. Sear
  • Titre original: Tenement
  • Pays: USA
  • Acteurs: Joe Lynn, Mina Bern, Walter Bryant, Angel David
  • Année: 1985

2 comments to Game of Survival

  • Roggy  says:

    Inconnu au bataillon pour ce film d’action qui m’a l’air un peu salace sur les bords. La trash attitude des années 80 🙂

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