Bébé Vampire

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Pour sa nouvelle offrande à nos lecteurs DVD, Artus revient de la maternité ! Mais rangez vos biberons : le Bébé Vampire ici starifié est du genre intolérant au lactose et préfère s’abreuver directement à nos douces nuques. Comme on le comprend…

 

 

 

A priori, pas grand-chose ne prédisposait le réalisateur John Hayes à entrer un jour dans la collection Horreur US d’Artus Films, le cinéaste ayant plutôt fait carrière dans la sexploitation. Help Wanted Female, Baby Vickie, Baby Rosemary (à ne surtout pas confondre avec le Polanski) ou Hot Lunch ne sont que quelques exemples du gros du boulot fourni par le gaillard, passé du softcore au hardcore avec quelquefois des pauses vers du cinéma plus traditionnel mais toujours branché exploitation ou versant dans le psychédélique, tels des films de gonzesses armées (Mama’s Dirty Girls et ses fifilles entraînées pour tuer leurs maris et piquer leur flouze), le drame de guerre (Shell Shock et son sergent soupçonnant l’un de ses hommes de mimer une maladie pour fuir le front) et donc l’horreur. Comme Garden of The Dead (1972, sorti par Troma en DVD par la suite) et ses hippies revenant d’entre les morts ou le Bébé Vampire désormais disponible sur le site d’Artus Films. Une petite production bien évidemment, budgété à 50 000 dollars et ancrée sur pellicule en une semaine et demi, en s’arrangeant pour ne pas trop avoir à payer les vedettes en limitant leur temps de présence ou au contraire en leur refilant moult tâches, parfois parallèles à celle de comédien. Ainsi, Michael Pataki (Zoltan, le chien sanglant de Dracula, Halloween 4) sera réquisitionné pour donner de la voix sur le trailer du film tandis que l’on s’arrangera pour que le premier rôle, le biker William Smith (une pelletée de pelloches à deux roues mais aussi Conan le Barbare, L’Aube Rouge ou Maniac Cop), ne soit en tout et pour tout présent que 35 minutes dans le produit fini. De quoi limiter la présence de l’acteur sur le plateau et donc faire quelques menues économies… Un peu en vain, cependant, puisque négligents, les producteurs laisseront le métrage tomber dans le domaine public aux states, empêchant donc ses géniteurs de toucher des revenus dessus pour des siècles et des siècles. Peu de chances que cela dérange les deux scénaristes cependant, John Hayes étant décédé depuis 2000 tandis que la seconde plume, David Chase, a depuis fait son beurre avec la série Les Sopranos. D’ailleurs, il semblerait que l’auteur préfère éviter de mentionner Bébé Vampire, petite Série B pourtant pas honteuse.

 

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« Tiens, Hayes nous refait le coup de la sexploitation à base de teens en rut » se dit-on lors des premières minutes débutant la bande, qui nous montre un jeune couple quittant une petite fête pour aller s’isoler dans un cimetière. Pelotage de tétons et roulages de pelle contre les pierres tombales ? Oui, un peu, mais la moitié mâle du couple profite surtout de l’occasion pour demander en fiançailles la jeune Leslie (Kitty Vallacher), dès lors très heureuse et dès disposée à le laisser la culbuter sur la banquette arrière de sa voiture, pas tout à fait payée nous précise-t-on. Mais le flirt sera de courte durée, le vampire Caleb Croft (Pataki) sortant au même moment de sa tombe pour se joindre aux festivités, le salopiaud éliminant le jeune homme avant de partir violer Leslie dans une fosse. Autant dire que pour ses dix premières minutes, Hayes met le paquet et livre à peu près tout ce que l’on est en droit d’attendre d’une bonne bisserie, au point que ces prémices pourraient servir de best-of au genre. Car tout est là ! La teensploitation permettant de draguer le public à peine pubère venu voir l’œuvre dans les drive-in avec l’espoir de dégrafer quelques soutifs ? Check avec ce couple décidant de s’engager dans la vallée des tombes, il est vrai l’endroit le plus propice à des fiançailles bien romantiques ! L’attirail gothique à papy, revenu de la Hammer ? Check avec le cimetière en question, enveloppé d’une brume épaisse rappelant que les lieux sont maudits et que si les garnements se passent la bague au doigt sur place, ils ne risquent pas d’y donner la cérémonie. L’inévitable monstre sorti de sa torpeur ? Check, le vieux Croft ne pouvant pas être confondu avec une veuve en pleurs, lui qui sort de son cercueil rempli de toiles d’araignées, une tarentule sur la main et des tritons plein la gueule ! Un peu de violence physique, voire même sexuelle pour draguer un public trouvant l’épouvante d’antan trop gentillette ? Check et re-check puisque le Caleb, qui n’a pas besoin d’un croissant et d’un petit café pour se mettre en route, va briser une colonne vertébrale et violer la pauvre Leslie dans la foulée ! Ca ne traîne donc pas autour du landau du Bébé Vampire, titre français laissant d’ailleurs suggérer la suite des évènements : la pauvre victime est bien sûr engrossée par l’être des ténèbres, si peu gentleman qu’il disparaît d’un coup d’un seul, renforçant le préjugé que les papas ne sont pas toujours très courageux lorsqu’il s’agit d’assumer et changer les couches. Malgré les recommandations de son médecin proposant un avortement, la jeune môman garde le petit, qu’elle élèvera avec une quarantenaire avec laquelle elle fit connaissance lors de sa convalescence. Et surprise, le mouflet ne veut pas boire le lait, préférant le sang de sa chère mère…

 

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Et c’est là que Hayes décide de faire virer son récit, jusque-là principalement concentré sur deux pôles : d’une part l’enquête, vite avortée pour le coup, d’un flic soupçonnant, une fois n’est pas coutume, la présence d’un vampire dans les parages ; de l’autre la maternité compliquée d’une veuve s’occupant d’un poupon mort-vivant (Grace avant l’heure, en somme). Mais changement de programme et saut dans le temps, la majeure partie de l’histoire restera désormais collée aux basques du garnement, en fait devenu grand et désireux de tuer son daron, responsable de tous les malheurs de sa défunte mère. Alucard veut mettre fin aux agissements de Dracula, pour faire simple… De quoi faire mentir le titre français Bébé Vampire puisque le chiard n’est présent que 5 ou 6 minutes dans le métrage. Remarquez, c’est pas pire que le blase choisi pour l’exploitation en VHS : Les Enfants de Frankenstein. Cherchez pas le baron ici, vous ne le trouverez pas, nous sommes en plein délire de distributeurs jugeant que le savant fou vend plus que les bouffeurs de jugulaires. Le titre original, bien que passe-partout, Grave of the Vampire rend donc plus justice à cette épopée s’offrant d’ailleurs l’un des pires bond temporel jamais vu, puisque l’on découvre avec stupéfaction que la première partie du film était censée se dérouler dans les années 40. Puisqu’aucune tentative de situer le film dans l’espace-temps ne fut faite, c’est via le dialogue du bébé devenu grand (William Smith) que l’on découvrira que les années sont passées et que le désir de vengeance a poussé chez l’ancien petiot. Gros virage donc que celui entreprit par un Hayes très sérieux et encore plus ambitieux, que l’on verra dès lors empiler les thématiques. Et ce pas vraiment pour le propre bien de l’ensemble, très vite rendu brouillon par un trop plein de directions et de personnages, souvent peu utiles, entrainant quelques problèmes d’écriture. Ainsi, a quoi peut donc bien servir ce couple arrivant dix minutes avant la fin et se présentant comme les amis de l’une des héroïnes, que convoitent aussi bien Papa Vampire que Bébé Vampire ? Qu’est donc devenue la vieille copine de la pauvre Leslie, et comment étaient-elles devenues si copines en premier lieu ? Pourquoi James, l’ancien baby vampire, prend-il autant de temps avant de zigouiller son daron, lui laissant le temps de commettre de nouvelles tueries ? Pourquoi rajouter le spiritisme dans la danse alors que le film était déjà bien assez dense ainsi ? Hayes et David Chase en font trop, beaucoup trop pour un film de 85 minutes…

 

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Dès lors, dans ce labyrinthe de sombres ruelles qu’emprunte le script, les bonnes idées passent souvent à la trappe où sont à peine esquissée. Telle celle voulant que Caleb – présenté comme un pourri de la pire espèce tuant toutes les frêles demoiselles lui passant sous les crocs et un violeur en série – soit un amoureux transi de sa première femme, malheureusement éliminée voilà plusieurs siècles par des inquisiteurs et autres villageois mécontents. Et le monstre de croiser une étudiante aux traits identiques à ceux de sa défunte dulcinée, apportant le trouble dans son cœur mort… Intéressant mais vite expédié, tout comme l’envie de parricide de James, la rencontre entre le père et le fils faisant nettement moins d’étincelles que la construction du récit pouvait le laisser présager. Sans parler de l’excellente idée de faire de l’antagoniste principal une légende urbaine traversant les âges, passant d’une identité à une autre et devenant à chaque fois un boogeyman diffèrent, craint par ses contemporains. Brillant mais mal exploité, là encore… Hayes aurait-il vu trop grand ? Sans doute, et toutes ces pistes ne pouvaient réellement être exploitées convenablement lors d’une durée aussi réduite. Et qui plus est lors d’un tournage éclair, le réalisateur ne pouvant guère générer de tension alors qu’il est tenu à enquiller les plans en un temps records (11 jours pour un film disposant d’autant de décors et comédiens différents, c’est un marathon !). Et la très importante scène voyant les deux générations de vampire débattre dans une salle de classe de se trouver amoindrie par l’usage d’un long plan unique, lors duquel Caleb est qui plus est cadré de dos, empêchant de profiter de ses réactions et par extension toute montée en puissance de l’échange. Dommage… Mais rattrapé lors de la très virulente bataille finale, une vraie bagarre de chiffonniers voyant nos suceur de globules passer à travers des vitraux, briser des escaliers et s’échanger les coups de poings avec une sacrée véhémence. Si le voyage fut troublé par de nombreuses turbulences, au moins l’atterrissage est-il satisfaisant avec une conclusion noire et bien sentie. De quoi rendre ce Bébé Vampire intéressant au visionnage puisque violent comme il faut : bien que censuré et dispensant son horreur en hors-champ, le film garde une bonne dose de brutalité en brisant des dos sur des pierres tombales, en décapitant en rabattant un cercueil sur une caboche ou en égorgeant au rasoir. Pas franchement recommandable au plus grand nombre de part son côté très gauche et les quelques plages d’ennui trouvables ici ou là, le film de Hayes n’en reste pas moins un document étonnant, ne serait-ce que par sa vision du vampirisme moderne, dont les coulisses nous seront contées dans les bonus du DVD par le toujours très au courant Eric Peretti.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : John Hayes
  • Scénario : David Chase, John Hayes
  • Production : Daniel Cady
  • Titre original: Grave of the Vampire
  • Pays: USA
  • Acteurs: William Smith, Michael Pataki, Lyn Peters, Diane Holden
  • Année: 1972

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