Dracula 73

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L’époque victorienne, notre vieux Drac’ en a ras la cape ! Et c’est donc tout naturellement qu’il entre en hibernation durant cent longues années, histoire de laisser derrière lui les timides et apeurées villageoises d’antan, les remplaçant par les libres hippies des seventies. Flower power ? Gothic power, ouais !

 

 

Impitoyable est la loi des cycles pour nos légendaires monstres, généralement populaires le temps de quelques années avant d’être relégués au rang de vagues souvenirs chassés par une tendance plus populaire. Sans doute plus tenaces que leurs amis les hommes-loups, les momies ou les tritons, les vampires ont non seulement su prendre le bon train en marche mais aussi prirent le temps de changer de tombereau avant le décrochage des wagons. Ainsi, le comte Yorga, héros de son propre film Count Yorga, Vampire (1970), donna le coup d’envoi de la modernisation progressive de nos lugubres chauves-souris. Et devant le succès des aventures contemporaines du sucker, la Warner eut l’idée de laisser le cab faire sa route vers le progrès en commandant à la Hammer deux nouvelles pelloches voyant Dracula quitter son château vétuste pour les rues animées du Londres des seventies. Après tout, pourquoi pas ? Le prince des ténèbres, déjà fort de six longs-métrages, commençait à sérieusement tourner en rond dans sa crypte : bien que fort appréciable, Les Cicatrices de Dracula laissait percevoir les limites d’une saga bientôt exsangue, ne cessant de se remaker sans même s’en rendre compte. Il était donc temps de donner un bon coup dans le cercueil et pousser le chiroptère à revoir ses méthodes. La contemporanéité tombe en tout cas à pic puisque les journaux britanniques font leur beurre d’une rumeur, celle voulant qu’un vampire hante le cimetière d’Highgate à Londres… Le timing parfait. Michael Carreras, toujours à la barre du bateau marteau, lance donc le projet, qu’il place dans les mains d’Alan Gibson, également aux commandes de l’autre bande suivant la balade actuelle de Dracula aux entournures de Piccadilly Circus. A savoir Dracula vit toujours à Londres, sorti une année après le film qui nous intéresse : Dracula A.D. 1972 ou Dracula 73 chez nous pour coller à sa date de sortie. Pour marquer le coup, on s’offre les services de Christopher Lee, de toute façon résigné à son sort de faiseur de suçon ; mais aussi ceux de Peter Cushing, engagé pour reprendre du service sous la défroque du Vampire Hunter Van Helsing, plus motivé que jamais à offrir le repos éternel à un Dracula qui ne s’est déjà que trop relevé… Normal qu’il soit motivé, d’ailleurs, sa jolie fille (la charmante Stephanie Beacham, plus tard à l’affiche de Schizo et Inseminoid) étant la proie du croqueur de service. Ou plutôt sa petite-fille ! En effet, alors que la blonde devait voir Cushing incarner son papounet, le décès de l’épouse de ce dernier lui a donné un compréhensible coup de vieux, changeant les plans du scénariste Don Houghton, également derrière la suite et La Légende des 7 Vampires d’Or. L’un dans l’autre, fier papa ou vieux papy, cela ne bouleverse guère un métrage par ailleurs assez mal reçu à l’époque et de nos jours considéré comme l’un des chapitres les plus faibles de la franchise. Il y a pourtant de quoi y trouver largement son compte…

 

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1872 : la guerre entre le valeureux Van Helsing et sa Némésis aux canines acérées continue encore et toujours, jusqu’à ce que les deux se retrouvent à s’échanger des coups de talons sur la calèche du compte. Mais un accident plus tard, Dracula se retrouve avec un morceau de roue encastré dans le cœur, poussant une fois de plus cette âme maudite à un repos forcé. Il sera néanmoins parvenu à pousser dans le Styx son ennemi de toujours, Van Helsing perdant lui aussi la vie avec le sentiment du devoir accompli. Cent années passent et nous voilà en 1972, alors que les hippies et rockeurs envahissent les pubs londoniens, dont une certaine Jessica Van Helsing, arrière-arrière-petite fille de l’homme capable de vaincre le démon. Et en tout logique, son bon papy n’est autre que le petit-fils du Van Helsing que l’on a toujours connu, un professeur nettement moins à la page que sa descendance puisqu’il continue de mener des recherches sur l’occultisme et la démonologie. Pas trop la came de la jolie Jess, plutôt portée sur les soirées entre amis à souffler de la binouze, à se rouler des palots à l’arrière des bagnoles, voire même à fumer un peu de weed lorsque les finances le permettent. Même si elle se défend bien évidemment de s’être enfumé le cerveau et d’avoir vu le cyclope de son boyfriend : Jessica, toute moderne soit-elle, reste le premier rôle féminin, soit un modèle de pureté. La Hammer veut bien se dérider mais il y a des limites… Reste que sa petite bande à récemment accueilli un nouveau membre plutôt étrange et visiblement porté sur les sciences noires, un certain Johnny Alucard. S’il faudra à Van Helsing une feuille de papier lui servant à relier chaque lettre du nom du garnement à celui de Dracula pour découvrir que l’un est la version inversée de l’autre, le spectateur aura vite compris que Johnny n’est pas un grand modèle de vertu. Descendant d’un serviteur de l’infernal croqueur, le salopiaud dispose en effet des cendres de son maître et organise une messe noire pour le ramener à la vie, quémandant le concours de ses potes, bien loin d’imaginer l’horreur à venir. Dracula revient dès lors, plante ses chicots dans la nuque de la pauvre Caroline Munro et décide de se venger des Van Helsing en s’emparant de la douce Jess…

 

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Visiblement, la Hammer était si contente de transporter sa mythique créature entre les taxis, les boutiques de mode et les concerts de groupes de prog’ qu’ils en ont oublié de faire un nouveau scénario. Comme souvent dans la série, Dracula 73 prend donc des airs de best-of des précédents opus, faisant son petit marché en piochant ça et là des éléments loin de pouvoir prétendre à la nouveauté. On pense ainsi beaucoup au Cauchemar de Dracula puisque Cushing fait son grand retour et enquête de nouveau sur le comte, mais aussi à Une Messe pour Dracula et ses nobles pétris d’ennui cherchant le divertissement dans la résurrection du Malin. Le principal changement se trouve donc d’ordre visuel, les ventrus portant la moustache et le monocle cédant la place à de pimpantes demoiselles portant tous les coloris imaginables et leurs copains aux tignasses allongées. Néanmoins, et outre le basculement progressif d’une musique très classique pour le studio à des mélodies plus psychédéliques, le reste du métrage ne dépaysera pas réellement l’amateur, Dracula se terrant toujours dans des décors gothiques. Soit une chapelle en ruines et son vieux cimetière désacralisé, ring parfait pour un dernier affrontement entre les deux meilleurs ennemis. Et le Batman déviant aime tellement son église qu’il décide de ne plus la quitter, n’allant ni aux petites fiestas très rock’n roll organisées par la jeunesse devant des vieillards outrés, ni dans leur repère, la boîte « The Cavern » et ses couleurs violacées apportant l’atmosphère hallucinatoire que l’on était en droit d’attendre d’une version « stoner » de la légende imaginée par Bram Stoker. Malheureusement, si le style à l’ancienne et sa variation plus actuelle se marient plutôt bien, force est de constater qu’Alan Gibson semble prit entre deux feux et ne parvient pas à se décider sur le camp à rejoindre. Dans une position que l’on devine inconfortable, le réalisateur doit en effet s’assurer que tout l’aspect pop draguera une nouvelle audience tout en s’assurant que les vieux de la vieille y retrouveront leurs petits via des paysages plutôt macabres. On tente donc de servir le même plat qu’auparavant dans de nouvelles assiettes, les autorités (cette fois Scotland Yard, évidemment) retrouvant de pauvres gourgandines avec deux trous dans la jugulaire, non pas dans un buisson ou dans un froid ruisseau mais bel et bien dans les débris d’un site en construction. On tente de donner un coup de jeune à de vieilles ficelles, on fait s’embrasser tant bien que mal une méthode désormais vieille de vingt ou trente ans (voir beaucoup plus) avec une optique à même de séduire des jeunes pour qui la Hammer n’est qu’une relique du passé. Pas évident et sans doute la raison de la déception d’à peu près tout le monde, le public ne jurant que par The Horror of Dracula ne se faisant pas à ce changement d’ère tandis que les jeunes sont déjà passés par des Polanski, Romero, H.G. Lewis ou même Argento, bien plus de leur temps.

 

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S’il ne sait trop s’il doit danser une valse victorienne ou remuer son petit cul sur des hymnes de Black Sabbath, Dracula 73 n’en est pas moins un très bon divertissement, nettement meilleur que ce que l’on veut bien nous faire croire, surtout lorsqu’il est pris par le bon bout. A savoir comme une bande de Drugsploitation vampirique, les éléments horrifiques étant ici faiblards par rapport à la bonne atmosphère répandue au gré des déhanchements des minettes, des jeux de lumière hallucinogènes, voire même de la fumée visible un peu partout. Si l’on ne voit qu’un seul et unique joint dans cette version 72, le smog semble constamment dans les parages, Dracula, icône stone, revenant même d’entre les morts en se matérialisant dans la brume. De même, la cérémonie permettant de sortir Drac’ de sa tombe se veut nettement moins grandiloquente qu’à l’accoutumée, le choix musical, expérimental, changeant la donne dans le bon sens. Et puis, difficile de ne pas aimer une œuvre mettant autant en valeur les formes rebondies de Stephanie Beacham. Gibson ne s’y trompe d’ailleurs pas et s’arrange toujours pour placer l’imposante poitrine de sa beauté à l’avant-plan, au point que l’on en oublie que Cusging et Lee sont aussi dans les parages. Bien sûr, le Peter est toujours impeccable tandis que Christopher connait désormais le rôle sur le bout des dents, même si l’on sait depuis bien longtemps qu’il rechigne à incarner son personnage le plus culte. On notera par ailleurs, en guise de plat final, un combat entre les deux hommes peut-être meilleur que celui du cauchemar de Dracula, Van Helsing faisant tomber le démon dans un trou plein de pieux et le poussant à l’aide d’une pelle pour qu’il finisse transpercé. Brutal ! Et une excellente conclusion à un petit bonbon bien agréable à la bouche, certes en deçà des meilleurs volets que sont Dracula et les Femmes et Une Messe pour Dracula, mais du même niveau que Le Cauchemar, Prince des Ténèbres et Les Cicatrices.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Alan Gibson
  • Scénario : Don Houghton
  • Production : Josephine Douglas
  • Titre: Dracula A.D. 1972
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Peter Cushing, Christopher Lee, Stephanie Beacham, Christopher Neame, Caroline Munro
  • Année: 1972

One comment to Dracula 73

  • Roggy  says:

    C’est vrai que ce « Dracula 73 » (tourné une année millésimée…) n’est pas le meilleur de la série mais je trouve aussi qu’il est agréable à suivre, même si on sent bien qu’on commence un peu trop à étirer la sauce.

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