Biohazard

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Jamais à cours d’inspiration lorsqu’il s’agit d’inventer de nouvelles espèces, le Fred Olen Ray. Au milieu des années 80, après avoir zombifié des rednecks suite à la chute d’une météorite et avoir imaginé un esprit indien maniant mieux le tomahawk que le dernier des Mohicans, le Fredo pique quelques idées à Ridley Scott et les mélange avec son plat de langoustines pour donner vie au Bio-Monster !

 

 

Si pour bien des réalisateurs un quatrième film fait office d’œuvre de la maturité, pour un personnage aux 150 films comme Fred Olen Ray, ce n’est jamais que le premier pas d’un nourrisson tout juste posé sur ses pattes arrière. Biohazard, un simple essai de plus pour son Horror Addict, encore simple collectionneur d’autographes quelques années auparavant ? Un bête caillou supplémentaire sur le chemin de l’ancien catcheur reconverti en emballeur de Monster Movies sans le sou ? Pas vraiment, ce descendant déviant d’Alien influence à peine masquée et de toute façon des plus évidentes étant également l’un des premiers films à pouvoir se targuer de « professionnel » pour le poto Fredo, même si les guillemets sont ici d’une importance capitale. C’est que ses précédents travaux comme Scalps ou The Brain Leeches, bien qu’ayant eu les honneurs de distributions inespérées, restaient de petites tentatives réalisées avec les maigres moyens du bord, quasiment des films de potes tout juste pénétrés par quelques stars sur le déclin ou touchées par la passion du jeune cinéaste (Caroll Mark of the Vampire Borland, Forry Famous Monster of Filmland Ackerman ou encore Kirk Alyn, le Superman des 40’s). L’image restait cradingue, l’art chancelant, la prise de son tout sauf efficace, la photographie aux abonnés absents,… Non pas que Biohazard soit un pas de géant, un grand écart entre un Z shooté en vitesse entre deux cactus et une super-production à la Spielberg, mais on devine néanmoins que les précédents efforts de notre homme ne furent pas en vain et qu’il put, avec son présent métrage, grimper quelques marches. Toujours pas celles de Cannes, mais au moins celles des vidéoclubs : le travail est plus pro, tout simplement. Et peut-être un peu plus attendu aussi, puisque ce roublard de Ray, ici à tous les postes (réalisateur, scénariste et producteur), a inséré dans le trailer de son Creature Feature des extraits de Battle Beyond the Stars, rip-off de Star Wars produit par Roger Corman aux airs pharaoniques à côté de ceux du plus timide Biohazard. De là à parler de pelloche attendue en 1985… Car on reste toujours en deuxième division, voire même sur le banc des remplaçants : Aliens, le Retour ou Predator ne sont plus disponibles dans votre videostore ? Eh bien vous avez votre petite cassette apte à vous faire patienter durant le week-end, en attendant que les grosses machines reviennent dans les échoppes ! En ce sens, la part du contrat est plutôt remplie.

 

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Première surprise, Mister Ray a bénéficié d’un score d’excellente facture, un fait plutôt inhabituel pour le cinéma de notre homme, habitué aux mélodies interchangeables. La bande-originale est pourtant composée par de vieilles connaissances : Eric Rasmussen et Drew Neumann, déjà présents sur Scalps et plus tard sur The Tomb. Si le premier changea vite de profession et ne joua du synthétiseur que pour Fred Olen Ray ou presque, le deuxième prouva bien vite son talent et devint même l’un des compositeurs préférés de la chaîne Nickelodeon ou d’MTV (Aeon Flux, par exemple). On perçoit en tout cas ce bel avenir dans les premiers instants de Biohazard, aux harmonies lourdes et menaçantes. Ray serait-il toujours dans sa volonté de fournir un spectacle premier degré et morbide, tout comme l’était déjà son slasher halluciné Scalps ? Nan, fausse alerte les gars, le présent métrage étant même le début de son glissement de terrain vers le second degré assumé, vers son cinéma référentiel et complice des nostalgiques des Séries B des 50’s. Car c’est bien à un B Movie de drive-in moderne que l’on assiste, à une version cul et gore des pelloches les plus infréquentables d’AIP, avec ses savants fous et ses bestioles ayant tout à fait leur place dans les petits carnets de Jean-Pierre Putters. D’ailleurs, un scientifique en avance sur son temps organise une petite réunion dans son antre, un QG visiblement caché entre deux rochers dans les terres les plus arides d’Amérique. C’est qu’il en a fait des découvertes, notre loustic, fier comme un écolier ramenant son premier 10/10 de montrer à quelques hauts gradés sa nouvelle copine, la cougar Lisa Martyn (Angelique Pettyjohn), dotée de pouvoirs psychiques depuis qu’on lui a administré une drogue très spéciale pour la sauver d’un grave accident. Et en plus d’avoir la vie sauve, elle est visiblement capable de communiquer avec d’autres dimensions, au point de faire apparaître une sorte de gigantesque containeur dans le laboratoire. Et ce n’est pas des petits chats ou un joli lapin qui en sortira mais une sorte d’alien venu de nulle-part, avec une gueule de dinosaure, une carapace noire sur tout le corps et des pinces en guise de bras. Un mélange entre un vélociraptor, un cafard et un homard, en un mot ! Et comme de juste, il n’est pas de très bonne humeur, ce que l’on comprend aisément : le pauvre fait moins d’un mètre, la créature étant incarnée par le fils de Fred Olen Ray, alors âgé de 5 ans à l’époque du tournage. Y’a pas de petites économies… Du coup son invasion, ce zigoto de la planète X va la faire en pondant des petits partout, qui ressemblent pour leur part à des croissants avec des têtes de rat, laissant aux scientifiques et militaires le loisir de débattre sur la bonne vieille question de tout film de SF : faut-il faire un deuxième trou du cul à ce foutu crabe noir ou faut-il l’étudier ? Et notre spécimen d’aligner les cadavres pendant ce temps-là, zigouillant hillbillies, clochards et soldats, usant de sa forte radiation pour les changer en omelettes humaines.

 

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Plus classique, tu meurs, et il est évident que Ray s’est replongé dans ses souvenirs de jeunesse lorsque vint le moment de rédiger le script de Biohazard, mélange entre les émanations des fifties (un postulat à mi-chemin entre Invasion of the Saucermen et The Fiend without a Face) et des eighties (la facture technique). Une arme à double-tranchant, d’ailleurs : s’il est évident que l’on sait que l’on fout nos rangers dans un marécage que l’on est toujours très heureux de parcourir, on sait aussi que peu de roseaux nous sont inconnus, que peu de croassements de vieux crapauds ne sont jamais parvenus à nos oreilles. On connait la chanson comme si on l’avait écrite, en somme, et l’on sait fort bien que Fred Olen Ray n’est pas franchement l’auteur le plus porté sur l’innovation. Pas de grandes surprises donc dans les couloirs de ce récit, si ce n’est un twist final assez glauque que le réalisateur décide de changer en gag, laissant à son acteur principal le soin de briser le quatrième mur. C’est qu’il sait bien qu’il ne tourne pas Autant en emporte le Vent, le gus derrière Hollywood Chainsaw Hookers, alors pas la peine de croiser les bras et faire une moue de trois mètres, autant s’amuser. Et puis ça permet de meubler un peu et tirer une affaire assez courte jusqu’aux obligatoires 80 minutes. Son générique de fin est trop court, la faute à une équipe technique réduite au strict minimum ? Ben on étire avec un bêtisier permettant de voir les acteurs se gourer dans leur texte et devoir le reprendre encore et encore. Inutile et même pas drôle, ou si peu, mais l’intérêt se trouve dans la minuterie, alors ne cherchons pas ailleurs… Reste que l’on sent que le Fredo fait bien vite le tour du propriétaire avec sa bestiole, venue serrer des tronches entre ses grosses paluches ou faisant fondre quelques visages, ses douces caresses étant visiblement similaires à des gifles made in Tchernobyl.

 

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L’habitué du cinéma du bonhomme sera d’ailleurs surpris devant la qualité de certains effets spéciaux. Pas tant le monstre, un vulgaire pyjama en plastoc qu’il offre à son fiston et créé par Kenneth J. Hall (Critters, Puppet Master,…). Ni même ses rejetons, des morceaux de croutes de pain mâchées et ne ressemblant dès lors pas à grand-chose, mais plutôt les têtes décapités, étrangement réussies. Un coup d’œil au générique et le mystère s’éclaircit : la production avait visiblement récupéré quelques « props » de chez Steve Johnson, star des maquillages passée sur Ghostbusters, La Guerre des Mondes version 2005, Vampire vous avez dit Vampire ? ou encore Videodrome. On comprend tout de suite l’incroyable qualité de certains cadavres, véritable plus apporté aux scènes horrifiques, nettement plus sages lorsqu’elles ont recourt à des effets faits maison… N’empêche que ces assauts venus d’une autre galaxie ont le bon goût de tomber à intervalles réguliers, laissant l’ennui à l’écart de ce Biohazard doté d’un rythme on ne peut plus satisfaisant. Et quand ça ne tourmente pas du redneck s’envoyant de la viande de chien grillée au barbecue, ça laisse apparaître les poitrines refaites des rares personnages féminins ou ça tente quelques saillies humoristiques, comme lorsqu’une vieille dame engueule son poivrot de mari, tout heureux d’avoir écrasé un extra-terrestre. Pensant devenir riche avec sa découverte, il ne se doute pas qu’il va surtout avoir la peau semblable à une fondue au fromage… On se demande d’ailleurs pourquoi le scénario s’encombre d’autant de victimes potentielles : les premières minutes présentent en effet déjà neuf personnages, que l’on qualifiera comme les protagonistes principaux, protagonistes qui disparaîtront du récit durant toute sa moitié ! Pourquoi ne pas en être resté à ceux-là et aller chercher des bouseux des sables un peu partout pour faire grimper le bodycount ? Et pourquoi éliminer les personnalités principales en une minute, la plupart du temps en hors-champs, à deux minutes de la fin ? Il faut bien le dire, Ray mène assez mal sa barque, et même si nous sommes dans le domaine du Direct-to-video vite fait moyennement fait, un bon scénario ne coûte pas nécessairement plus cher qu’un médiocre, à plus forte raison quand c’est le producteur qui le rédige !

 

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Pas de quoi faire la toupie dans le canapé dans tous les cas, même si l’œil de lynx du bisseux reconnaîtra quelques trognes : David O’Hara (The Tomb, Hard Rock Zombies), une Angelique Pettyjohn décédée quelques années plus tard (Mad Doctor of Blood Island), Aldo Ray (plein de films de guerre mais aussi Bog ou Terror Night),… Personne dont on parlera avec les larmes salées au coin des yeux lors d’une cérémonie à Gerardmer, c’est évident, mais des acteurs plus ou moins professionnels selon les cas, favorisant un esprit de famille dans Biohazard. Nous voilà donc devant du Fred Olen Ray purs jus en somme : tout cela ne brille décidément pas de mille fards, mais on ne se fait pas chier, l’aspect bricolo entraîne la sympathie et le monstre, ringard au dernier degré, soulève suffisamment de sourires pour qu’on accepte de lui tenir la pince durant 75 petites minutes. Comme d’hab’ quoi, mais ça nous va comme ça.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Fred Olen Ray
  • Scénario : Fred Olen Ray
  • Production : Fred Olen Ray, Brett Mixon, Ray Guttman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Aldo Ray, Angelique Pettyjohn, William Fair, David O’Hara
  • Année: 1985

2 comments to Biohazard

  • Roggy  says:

    Tu as toujours le don pour évoquer des péloches bien barrées. Et celle-là ne semble pas faire mentir ta réputation. Ca a l’air très sympa en tout cas, malgré le maigre budget, et c’est toujours aussi bien écrit et drôle.

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