Don’t Breathe

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Après avoir réveillé les Deadites avec brio en 2013 via son remake du culte Evil Dead, Fede Alvarez se la joue « Alone in the Dark ». Aucun rapport avec la série de jeux-vidéo, à laquelle ne pourra jamais jouer Stephen Lang, héros aveugle de ce Don’t Breathe confirmant la bonne tenue du cinéma de l’Uruguayen.

 

 

Plutôt du genre contraire, le brave Fede Alvarez, poulain d’un Sam Raimi lui ayant remis les clés de la cabane maudite où Ash perdit une main et tous ses amis. Ainsi, à une époque où tout protagoniste du cinéma d’épouvante se voit obligé de regarder sous son lit avant chaque sommeil pour vérifier qu’aucun fantôme ne s’y trouve, le gaillard ayant débuté sa carrière avec Evil Dead (2013) décide de s’éloigner du surnaturel. Trop à la mode, trop vu, trop rabâché. Avec l’aide de son ami et partenaire Rodo Sayagues, il entreprend d’écrire un scénario à l’origine titré A Man in the Dark, quasi-fait divers voyant un trio de cambrioleurs tenter de subtiliser le magot d’un ancien soldat ayant guerroyé en Irak. Toujours aussi décidé à faire les choses à l’envers, Fede tourne le dos aux American Nightmare et compagnie et entreprend de filmer son home-invasion du point de vue des délinquants. De même, son vétéran-boogeyman, le réalisateur ne veut pas le rendre invisible et décide d’en faire un aveugle, nouvelle contradiction avec le genre, voulant souvent que les Jason et Michael Myers soient à l’épreuve des balles et dotés de sixièmes sens. Un retitrage plus tard, « l’homme dans le noir » passant à Don’t Breathe, le métrage est pour ainsi dire fin prêt, bien assuré qu’il est par la présence à la production de Sam Raimi et Robert Tapert, les deux hommes apportant les 10 millions nécessaires au tournage. Soit moitié moins que pour la révision d’Evil Dead, ce qu’accepte avec le sourire Fede Alvarez, bien heureux de pouvoir travailler en toute liberté. Car qui dit budget diminué de moitié dit également moins de producteurs sur les omoplates à scruter chaque décision, à pinailler sur chaque détail. Tant mieux car le jeune auteur ne veut en faire qu’à sa tête et s’éloigner de ce qui a fait son succès sur son premier essai : s’il fut globalement bien reçu (à juste titre), sa version d’Evil Dead fut également critiquée par certains comme une entité se reposant un peu trop sur son gore et ses gros effets. L’hémoglobine d’être donc rangée au tiroir, Don’t Breathe étant un projet plus basé sur le suspense que sur les coulées de sang et les carbonnades jetées au mur. Une bonne chose au vu des résultats au box-office, le métrage récoltant 156 millions de dollars. Joli score.

 

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Dure est la vie à Détroit, lit de la misère la plus crasse, où les alcoolos et junkies fricotent plus ou moins joyeusement tandis que les plus jeunes doivent enterrer leurs rêves et ambitions. Difficile à avaler pour la blonde Rocky (Jane Levy, déjà premier rôle féminin dans Evil Dead 2013), le timide et mesuré Alex (Dylan Minette, héros du film Chair de Poule) et le rustre Money (Daniel Zovatto, croisé dans Fear the Walking Dead et It Follows), qui ne rêvent que d’une vie sous le soleil de Californie. Coup de bol, le père d’Alex est justement à la tête d’une entreprise de sécurité, permettant à son fiston de récupérer tous les codes des rares baraques cachant un peu de fric. Un bon plan, bien rodé, donnant à la bande l’idée de s’attaquer à la dernière bicoque habitée d’un quartier fantôme, où habiterait un vieil aveugle (Stephen Lang) ayant empoché un pactole voilà plusieurs années. C’est que sa fille aurait été renversée par une demoiselle de bonne famille, poussant son clan à régler l’affaire à l’amiable et refilant pas moins d’un million à cet ancien soldat ayant perdu la vue en Irak. Pas une mission bien compliquée sur le papier : papy n’y voit plus clair, il n’y a pas de voisins pour sonner l’alarme, la police ne risque pas de faire une ronde dans une rue désertée et si ce n’est un gros clebs, aucune protection sérieuse ne viendra gêner les jeunots, sûrement pas stoppés par des barreaux aux fenêtres. Seulement voilà, le vieux ne cache pas que ses liasses dans sa demeure et a quelques squelettes dans le placard qu’il ne veut pas qu’on découvre, le forçant à répondre à cette intrusion dans son domicile avec ses grosses pétoires ou ses épais biceps… C’est sûr, rien à voir avec Evil Dead ! Oubliez la pluie de sang, le découpage de langue ou les viols à la branche d’arbre, Don’t Breathe est plus proche du cinéma d’Alfred Hitchcock, en version modernisée évidemment, que de celui d’H.G. Lewis ou Brian Yuzna, misant moins sur ses effets chocs que sur son postulat de base. Soit ce principe voulant que les plus silencieux survivront, Stephen Lang ne percevant le monde qui l’entoure que par les sons ou le toucher. Un jeu du chat et de la souris se met donc en branle dans cette maison hantée, non pas par des spectres et démons, mais par un non-voyant n’appréciant guère que l’on vienne mettre le groin dans ses affaires… Simple et efficace, et donc à même de séduire un public appréciant que l’on lui mette en bouche quelques pitchs attrayants et plus ou moins inédits (car sans parler de référence évidente, on n’oublie pas non plus Le Sous-Sol de la Peur de Wes Craven). Et Alvarez de jouer avec cette dualité son/vision, accentuant les craquements de plancher, semblables à des cris dans cette muette maisonnée, tout en plongeant chaque pièce dans une obscurité presque totale, le brave Lang n’ayant plus à dépenser des sommes folles en éclairage. Scènes tendues où les voleurs doivent rester figés pour ne pas se faire repérer, tentatives d’esquives de coups de feu appliqués par un vieil homme évidemment incapable de viser, épopée dans une cave où l’on n’y voit absolument rien et aux airs de labyrinthe, combat à mains nues contre un ancien soldat bien évidemment rompu à l’exercice, fuite dans des conduits d’aération avec un molosse au cul,… C’est sûr, le copain Fede fait le tour du principe. Peut-être un peu trop vite à son goût ?

 

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Difficile en effet de faire tenir tout un film sur une simple partie de cache-cache et il est bien vite nécessaire à Alvarez de faire basculer le récit dans une nouvelle direction, de redistribuer les cartes. Nous pensions que les trois chapardeurs étaient pour ainsi dire des sales gosses piquant la monnaie d’un gentil vieillard en ayant sans doute autant besoin qu’eux ? Vrai… mais faux aussi puisque l’homme de l’ombre n’est certainement pas un cœur tendre, ce gaillard s’étant mangé une grenade dans les paupières tenant presque de la psychopathie. Rien ne sera révélé sur Toxic Crypt de peur d’avoir des pleureuses criant au spoiler, mais difficile de ne pas causer de ce tournant prenant des airs d’utilitaire scénaristique, d’une part parce que cela apporte un rebondissement (plus ou moins) nécessaire au récit, pas loin de s’embourber à ce stade, d’une autre parce que cela aide Alvarez à rendre ses héros sympathiques. C’est qu’on ne débordait pas franchement d’amour pour eux jusque-là : certes enfouis dans une pauvreté sans fin, ils n’en étaient pas moins assez brutaux et menaçants (Money), avides (Rocky) ou menteurs (Alex), presque prêts à marcher sur les corps des leurs si cela peut les aider à remplir leur larfeuille. Rocky ne montre ainsi aucune tristesse lorsque son mec se prend une bastos dans les dents, trop pressée qu’elle est de se remplir les poches, tandis qu’Alex pense peu aux répercussions qui ne manqueraient pas de tomber sur son père s’il était découvert que son fils utilise son métier pour dévaliser les nantis. Pas très gentil, tout ça, et histoire d’éviter que le public soit pour le vétéran et que tout suspense soit annihilé, on devine qu’Alvarez charge un peu la barque de ce dernier, le changeant presque en monstre. « Presque » car comme pour les jeunes, on lui trouve des circonstances atténuantes, histoire de draper l’ensemble dans un minimum de finesse. Mais la sauce ne prend pas réellement et on a, à l’arrivée, l’impression d’assister à la classique confrontation entre le Bien et le Mal. D’autant plus dommage que l’on a la sensation qu’Alvarez se montre trop hésitant, y compris lors du final.

 

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Alors qu’il prévoyait un épilogue réellement sombre, Fede et ses producteurs décident qu’il est inutile de se montrer trop noir et optent alors pour une solution que l’on qualifiera de centriste. Ni vraiment heureuse, ni vraiment malheureuse, elle n’aide pas réellement Don’t Breathe à se finir sur une note satisfaisante. Trop indécis et réfractaire à l’idée de prendre position, Alvarez rend son deuxième long aussi désorienté que sa star aveugle, minimisant la force d’un divertissement par ailleurs très efficace. Filmé sans se la jouer, doté de bons acteurs (Lang est très bon) et parcouru de séquences marquantes (les face à face avec l’ancêtre, le « repas au yaourt »), le résultat mérite son succès et remplit son but sans mal : amuser la galerie via un petit thriller sans prétention. On oubliera donc ce manque de position gênant et cet épilogue raté, attendant sans impatience mais avec curiosité la troisième incursion dans le genre d’Alvarez, jusque-là pas loin d’avoir commis le sans-faute. Pourvu que ça dure !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Fede Alvarez
  • Scénario : Fede Alvarez, Rodo Sayagues
  • Production : Sam Raimi, Robert Tapert, Fede Alvarez
  • Pays: USA
  • Acteurs: Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minette, Daniel Zovatto
  • Année: 2016

5 comments to Don’t Breathe

  • Nazku Nazku  says:

    Je ne sais pas pourquoi je continue d’écrire des commentaires sur ton site puisque ça finit toujours un peu pareil: je suis totalement d’accord avec toi. ^^;

    Tu mets en mots ce que je suis incapable d’écrire. Malgré tous les bons points du film, il déçoit parce qu’il finit comme tous les autres: le Bien versus le Mal. Le vieux est génial et la fin est trop moyenne pour être satisfaisante.

  • Roggy  says:

    Je suis globalement d’accord avec toi. Le film est efficace et bien fait même si ça manque d’originalité et que c’est assez prévisible. A part la fin qui relève un peu la sauce. En revanche, dommage que les effets soient un peu trop appuyé comme cet hommage à « Cujo » qu’on voit arriver ou la 1ère scène qui spoile la fin du film. Sinon, je pense aussi que Fede Alvarez est un bon réal. Ca tient la route et ça reste bien mieux que « Green room »…

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