Le Météore de la Nuit

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Calais par ici, Calais par là-bas, Calais sur nos écrans, Calais dans nos journaux,… A la fin, c’est marre et le cinéphile n’a qu’une envie : se sortir de la tête cette actualité envahissante. Alors on se lance dans Le Météore de la Nuit, arrivée remarquée de quelques étrangers from outer space sur notre belle planète bleue, pour le coup peu accueillante puisque les Terriens veulent les renvoyer chez eux à renfort de coups de pied dans les miches. Ouais bon, finalement ça ne nous change pas tant que ça de BFMTV…

 

 

Jack Arnold, on le vénère dans la crypte toxique. On ne peut en effet que s’agenouiller devant la statue en marbre de celui qui nous a offert les aventures de Saint Gillman et nous balança, quasiment dans la foulée, un gigantesque périple miniature. Quand on fait L’Etrange Créature du Lac Noir et sa suite, Tarantula puis L’Homme qui Rétrécit ou Le Monstre des Abîmes, on mérite forcément d’être pris pour un demi-Dieu (pourquoi demi, d’ailleurs ?) du fantastique et c’est avec plaisir que nous allons sacrifier des vierges aux pieds de notre icone chaque semaine. Puisqu’on est dans le bon mood, autant s’attaquer au Météore de la Nuit (1953), premier essai dans l’épouvante pour le copain Jack, jusque-là réalisateur de deux drames policiers et d’un documentaire sur les conditions de travail des ouvriers du monde du textile. Pour sûr que l’ambiance n’était pas tout à fait la même dans le lagon noir ou la toile d’araignée de notre grosse tarentule… En somme, It Came from Outer Space, titre VO du Météore, est un peu le film de toutes les premières fois : première incursion pour Arnold dans la science-fiction, première pelloche des 50’s à porter le terme « It » et donc à lancer la mode (It Came from Beneath the Sea, It conquered the World, It ! The Terror from Beyond the Space,…), première production de la Universal à bénéficier de la 3D,… Première déconvenue peut-être pour le romancier Ray Bradbury, auteur bien connu des fantasticophiles à l’origine de l’histoire du Météore de la Nuit, non-crédité par la Universal et remplacé par le scénariste Harry Essex (également derrière les scripts de Creature from the Black Lagoon et sa suite directe, également future réalisateur d’Octaman), qui s’est largement reposé sur son boulot. Pas chouette pour un pauvre Ray connaissant néanmoins bien d’autres adaptations rattrapant peut-être le coup à ses yeux. Reste que c’est à Jack Arnold de faire ses preuves au niveau du paranormal et du surnaturel avec cette production, qui contentera si bien la Universal que le metteur en scène deviendra pour ainsi dire leur poulain préféré en la matière pour quelques années.

 

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« Watch the sky » pourrait être la règle number one dans le monde étincelant de la SF que personne ne trouverait rien à y redire. Et pour cause : dans les années 50, il n’était pas rare qu’une boule de feu lacère la nuit de sa brillance, aveuglant quelques amoureux partis se bécoter dans le calme d’une nature isolée. C’est bien évidemment le cas dans Le Météore de la Nuit, les tourtereaux John Putnam (Richard Carlson, revu dans The Creature from the Black Lagoon et La Vallée de Gwangi) et Ellen Fields (Barbara Rush du Choc des Mondes) apercevant une grosse boulette brulante traverser les ténèbres étoilés alors qu’ils étaient en train fricoter gentiment (car on est dans les années 50, époque encore chaste et peu portée sur les plans boobs). Le mâle du couple étant un astronome, il décide bien évidemment de suivre la trace de ce que tout le monde pensera être une météorite, trouve le point d’impact, descend dans le cratère et découvre… un vaisseau spatial ! Persuadé que des extra-terrestres viennent prendre quelques vacances dans leur désertique région, Putnam appelle ses amis scientifiques tandis que la police quadrille la région. Problème : lorsque tout le monde arrive, le vaisseau n’est plus visible, comme enfoncé dans le sol. Putnam a l’air d’un con et personne ne croit à son histoires de petits bonshommes descendus de Mars pour prendre des photos à côtés des plus beaux cactus du Texas. Les faits vont pourtant bien vite lui donner raison, d’étranges évènements survenant dans l’aride petit patelin : des personnes disparaissent puis réapparaissent en se comportant étrangement, des vêtements se volatilisent des garde-robes (putain si en plus les Martiens commencent à nous piquer nos fringues…) et on peut parfois apercevoir un énorme œil gélatineux et brumeux se balader sur le bord de la route. Soit la marionnette des Guignols de l’Info de Raymond Barre fait du stop, soit il s’en passe des pas normales… On notera d’ailleurs, à titre informatif, que plusieurs tests furent réalisés pour en arriver au look final des monstres, qui ne sont donc que des gros globes oculaires velus et visqueux, accompagnés d’une étrange fumée. A l’origine, ils devaient avoir une forme plus « classique », plus humanoïde, et ces premières tentatives visuelles se retrouveront… dans Les Survivants de l’Infini ! Rien ne se perd, tout se recycle à SF Land.

 

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Dans les grandes lignes, on tient avec It Came from Outer Space le petit Monster Movie classique des fifties : un OVNI se casse la gueule au sol, seuls deux protagonistes le remarquent, le reste de la population les prend pour des demeurés soumis aux hallucinations, les évènements deviennent de plus en plus zarbis, la copine du premier rôle est kidnappée, les hommes venus d’ailleurs se montrent enfin avec quelques revendications à formuler et le bon héros tentera de calmer le jeu. Pas de doute, tout est là, bien à sa place et le dépaysement n’est pas de mise. D’autant qu’en choisissant de s’écraser dans un désert, Le Météore de la Nuit ne s’éloigne pas trop d’une certaine image de l’horreur d’époque, régulièrement située dans des bases militaires coincées entre deux rochers ou dans des centres de recherches plantés dans la poussière. Peu de grands bouleversements au niveau de l’imagerie et des grandes lignes donc… Là où le boulot de Jack Arnold prend par contre un point de vue le différenciant de la masse de métrages sortis à la même époque, c’est dans son point de vue très politique, la xénophobie semblant être au centre même du film. En effet, les envahisseurs n’en sont pas vraiment et sont juste des voyageurs de l’espace tombés en panne et forcés de s’arrêter quelques temps chez nous, histoire de pouvoir réparer leur carlingue spatiale. Leur but n’est donc pas de nous annihiler la face ou de faire de nous de vulgaires esclaves servant à leur mettre des gouttes dans les yeux, ces gaillards ne souhaitant qu’une chose : qu’on leur foute la paix le temps qu’ils jouent les bricolos. Pas des vilains, les gus, qui ne kidnappent quelques zigs que pour prendre leur apparence le temps nécessaire et pouvoir agir sans trop se faire remarquer… Mais tout pacifistes soient-ils, ils dérangent la population par leur simple présence, leur simple différence, et c’est bien vite que le shérif local (incarné par Charles Drake) décide de créer une petite troupe de mécontents pour casser de l’alien. La peur du grand remplacement, l’arrivée d’étrangers, l’effroi face à la différence physique (les monstres ont d’ailleurs bien conscience d’être moches et qu’il leur faudra se fondre dans la masse, l’humain étant incapable d’accepter ce qu’il ne connait pas) sont ainsi autant de thèmes toujours d’actualité donnant au travail de Jack Arnold un aspect résolument moderne. Arnold semble d’ailleurs avoir choisi son camp et selon lui, l’homme est un imbécile fonçant dans le tas avant de réfléchir, un fauve incapable de parlementer et débattre avec un camp qu’il imagine extérieur.

 

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Bon, Le Météore de la Nuit est une œuvre engagée et c’est bien beau, ça donne un peu de relief et on a forcément l’impression de se taper un truc plus intelligent que la moyenne. Mentez pas, ça fait du bien à l’égo et ça nous fait moins culpabiliser d’enchaîner sur un bon Fred Olen Ray des familles… Mais tout cela, cela ne divertit pas nécessairement son homme et il est souhaitable qu’Arnold cache dans sa manche quelques bonnes séquences horrifiques s’il veut que son essai soit véritablement marquant. Bon, on ne va pas se le cacher, comme la plupart des films de l’époque, It Came from Outer Space ne terrifie jamais, l’âge ayant fait son œuvre quant aux techniques de frousse de jadis, désormais bien dépassées. Néanmoins, Arnold parvient à créer une ambiance tendue, voire troublante, et envoie quelques séquences bien foutues. Toutes celles avec les monstres, premièrement, justement parce qu’on voit des monstres, ce qui est tout de même le principal argument du métrage ! Ensuite cette attaque au rayon laser dans une grotte, Putnam devant esquiver les assauts désintégrateurs d’un gloumoute de l’espace ayant pris l’apparence de sa femme. Ou encore cette rencontre à l’arrière d’une allée avec deux Body Snatchers plongés dans l’ombre, un passage inquiétant s’il en est… Pas vraiment suffisant pour faire du film une tuerie intégrale du niveau de Black Lagoon ou de L’Homme qui Rétrécit, c’est certain, mais bien assez pour permettre à l’ensemble de divertir gentiment. Un peu comme Tarantula, au final : on se trouve devant un bon Monster Movie, divertissant et profond ce qu’il faut, ni trop bête ni trop concentré sur ses neurones. Le juste milieu est donc atteint, en somme !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jack Arnold
  • Scénario : Harry Essex
  • Production : Universal
  • Titre: It came from Outer Space
  • Pays: USA
  • Acteurs: Richard Carlson, Barbara Rush, Charles Drake, Joe Sawyer
  • Année: 1953

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