La Maison de la Terreur

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La petite boutique des horreurs, c’est comme une vieille librairie, une bonne boucherie ou une boulangerie ayant pignon sur rue : ça se passe de père en fils ! Logique, dès lors, que Lamberto Bava reprit les couteaux de boucher de son vieux papa, malheureusement décédé à l’orée des années 80. Et après un Baiser Macabre mémorable, c’est dans La Maison de la Terreur qu’il va poser ses valises… On te suit, Lamberto !

 

 

Le cinéma bis, c’est bien souvent une affaire de timing. Saisir la bonne opportunité au bon moment, si possible avec les bonnes personnes. Ainsi en 1983, alors qu’il conversait avec le producteur Luciano Martino (frère de Sergio et grand développeur de bisseries comme Blastfighter, Miami Golem, Cannibal Ferox ou celles de son frangin), le scénariste Dardano Sacchetti (les scripts de Démons, des Killer Crocodile, Amityville II et bien d’autres, comme les Fulci les plus populaires) s’entend dire par le Luciano que celui-ci vient d’acquérir une villa dans la région romaine et se verrait bien y produire un film avant la fin des travaux. Une petite production, l’affaire de deux semaines à tout casser et pour un budget bien sûr assez raisonnable. Mis sur le coup, Sacchetti doit mettre ses neurones en route et pondre une histoire dans les plus brefs délais, soit une mission de routine pour celui qui imagina à lui tout seul le tiers de la production horrifique transalpine des eighties. Forcé de songer à un récit prenant place dans un lieu unique, il imagine donc La casa con la scala nel buio (traduisible par « La Maison aux escaliers sombres »), thriller bien de son ère puisque misant sur une brutalité proche de celle du slasher américain alors en vogue, mais également respectueux de ses ancêtres puisque gardant un pied dans la marmite aux gialli. Et qui pour emballer le tout ? Sachetti ayant travaillé avec Mario Bava sur La Baie Sanglante, il pense immédiatement au rejeton de ce dernier, le bon Lamberto, avec lequel il travaillera très régulièrement (Blastfighter, Apocalypse dans l’Océan Rouge, Graveyard Disturbance, The Ogre, les deux Démons et The Torturer !). Cela tombe d’ailleurs bien pour le fiston Bava, qui n’a plus tourné depuis trois ans et la mort de son père, La Casa…, chez nous nommé La Maison de la Terreur, lui permettant de se remettre en selle avant de se lancer dans un véritable marathon filmique. Le voilà donc en train de former une équipe, avec le futur réalisateur et plus ou moins ancien acteur Michele Soavi à la barre, à la base engagé comme assistant mais finalement titulaire de l’un des premiers rôles, aucune personnalité convaincante ne s’étant présentée au casting… Pour le reste, on tape dans du pro pas trop onéreux : Andrea Occhipinti (Conquest et L’Eventreur de New York de Fulci), Fabiola Toledo (ensuite dans Démons), Valeria Cavalli (2072, les Mercenaires du Futur, Thunder Warrior), Annie Papa (Le Grand Alligator), Stanko Molnar (héros de Baiser Macabre) et Lara Nakszyński (ensuite dans Aenigma de Fulci). Pas des stars du cinéma, même de Série B, mais cela fera bien l’affaire pour le peu de temps à passer dans la villa…

 

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Une villa particulièrement meurtrière, d’ailleurs, et dans laquelle vient séjourner Bruno, jeune compositeur de musique de films. Embauché pour mettre en mélodie un thriller sordide, le mélomane se rend vite compte que la bicoque où il va passer le mois semble être un véritable containeur à mystères ! Ainsi, il découvre une jeune fille cachée dans un placard, se rend compte le lendemain qu’elle a disparu sans crier gare, que des tâches de sang sont trouvables un peu partout, que des murmures parlant d’un sombre secret sont enregistrés sur ses bandes, que le journal intime sur lequel il a posé les mains vient de perdre quelques pages et qu’un tordu est venu lacérer une revue porno posée sur sa table de mixage… Devant cette avalanche de clichés macabres, qui surviennent tous en une soirée, bien des hommes fileraient prendre une chambre miteuse dans le premier Formule 1 trouvable. Mais pas Bruno, forcé de rester dans les parages parce que le script, plutôt mauvais, l’y oblige. A vrai dire, la faute n’incombe pas seulement au pauvre Dardano Sacchetti, qui se voit ajouter une contrainte supplémentaire lors de l’écriture, autre que celle de devoir localiser 95% de son histoire entre les murs de la moderne demeure que vient d’acquérir son patron. A savoir celle de découper son récit en quatre, la possibilité que l’affaire devienne une série de quatre épisodes étant à l’époque probable. Pas de bol, les têtes pensantes des chaînes de l’époque jugent La Maison de la Terreur bien trop violent pour lui offrir un transat’ sur la plage du petit écran, laissant finalement l’œuvre faire son chemin naturel, celui des cinémas de quartier et de plus tard de la vidéo. Mais le mal est pour ainsi dire déjà fait : long-métrage ou pas, A Blade in the Dark (titre ricain, que Bava Jr. préfère d’ailleurs à l’original, et on le comprend…) reste une tarte aux cerises coupée en quarts, embourbée dans sa structure sérialesque. Et ce qui fonctionnerait en tranches de vingt minutes disséminées tous les sept jours a bien plus de mal à passer en un bloc, vite indigeste de par la somme d’informations disséminées dans la première partie. Pensant sans doute à l’origine qu’il lui était primordial d’accrocher le spectateur dès ce qui devait alors être un premier épisode, Sacchetti balance une somme folle d’indices et donne la sensation d’avoir comprimé Blow Out, Ténèbres et tout Sergio Martino en une gélule.

 

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Ainsi, les 25 premières minutes ne laissent tout simplement pas le temps au récit de reprendre son souffle, balançant en un seul coup ce que la plupart des gialli mettent tout un film à mettre en place. Hémoglobine dans la pelouse, apparitions et disparitions en pagaille, jardinier louche et mal rasé (un jardinier bis, quoi !), cahier contenant les clés de 36 énigmes que le héros ne pourra lire car un tueur viendra en déchirer les pages, enregistrement captant une discussion des plus étranges, mystère concernant l’ancienne locataire,… Ca fait beaucoup et l’on s’étonne presque que l’identité de l’assassin ne soit pas révélée à la fin de la première bobine, car à ce rythme Sacchetti n’aura bientôt plus rien à raconter ! D’ailleurs, le scénario n’avance plus réellement par la suite, les quelques infos nouvelles n’apportant jamais grand-chose, les fausses pistes étant bien évidemment présentes (le jardinier découpe des titres lugubres dans les journaux et collectionne les revues porno, Le Fanzinophile le fait aussi et ça n’en fait pas le dépeceur de Mons pour autant…), le père Dardano misant alors sur le suspense pur et dur. Les meurtres, prévus pour être situés à la clôture de chaque épisode, sont au départ bien trop rares et il faut attendre de voir la ligne d’arrivée se dessiner au loin pour que le casting rapetisse à vitesse grand V. Entretemps, on assister au quotidien de tout psychokiller movie de la période, italien ou non, avec ses ombres tenant un couteau de boucher, ses appels téléphoniques stressants, ses bruits de pas nocturnes et bien évidemment ses révélations sur les seconds rôles. Prenant ? Un peu, il faut bien le dire, Bava parvenant à emballer quelques scènes mémorables, comme celle voyant le héros et l’une de ses amies entendre quelqu’un, sans doute le tueur, naviguer à l’étage juste au-dessus. Ou ce meurtre bien brutal d’une pauvre demoiselle, attaquée alors qu’elle se lavait les cheveux : un poignard planté dans la main, la tête entourée d’un sac plastique, elle se fait fracasser le crâne contre la baignoire et finit égorgée ! Nasty… Et typique du giallo dans cette volonté de faire durer le calvaire de la victime, un choix affirmé du copain Lamberto, qui s’était entendu dire que Macabre manquait de force et voulait donc se montrer cruel dans son essai suivant. Le pari est réussi puisque l’on suit également le long supplice d’une brune lacérée à coups de cutter, l’arme finissant par se loger dans ses entrailles et sa glotte. Par contre, comme s’il se rendait compte que le public aime également quand ça va vite, il enchaîne trois tueries très slasheresques en fin de parcours : un démolissage de front  à la clé à molette, un étranglement avec de la pellicule de film et un perçage de torse avec une longue lame. Pas mal, pas mal du tout même…

 

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Finalement, le savoir-faire du fiston Bava sauve les meubles et tire vers le haut un script assez difficile à avaler, qui a tout le mal du monde à tenter de compliquer un postulat à la base des plus simples. Sacchetti rame comme il a rarement ramé mais semble prendre la bonne décision de ne pas se la jouer trop sérieusement. Quelques dialogues un peu cons et l’aveu même du scénariste quant à ses influences (le fantôme d’Hitchcock plane lors du climax…) permettent de lui éviter la peine capitale : une grosse fessée avec une planche cloutée de la marque Pinhead ! Reste qu’une idée nous lamine la cervelle : si tout ce beau monde avait voulu faire un véritable slasher sans chercher à s’empêtrer dans le giallo via une intrigue policière cousue de fil blanc, La Maison de la Terreur aurait sans doute été bien meilleur…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Lamberto Bava
  • Scénario : Dardano Sachetti, Elisa Briganti
  • Production : Lamberto Bava, Mino Loy et Luciano Martino
  • Titre: La Casa con la scala nel buio (Italie), A Blade in the Dark (USA)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Andrea Occhipinti, Anny Papa, Michele Soavi, Stanko Molnar
  • Année: 1983

 

5 comments to La Maison de la Terreur

  • Le Fanzinophile  says:

    Pas le dépeceur moi? Possible… Mais pour ton information, sache que plusieurs morceaux des victimes de ce fameux tueur en série n’ont pas exactement été trouvés à Mons, mais plutôt en périphérie, et plus exactement dans mon village, à 500m de chez moi.
    Donc, la prochaine fois, réfléchis bien avant d’encore ternir ma réputation…
    Pour le film, même si ta chro est mitigée, je le materai certainement bientôt, ça fait longtemps que le dvd traîne sur mon étagère, mais pas encore eu le temps de le voir, avec toutes ces revues pornos à lire…

  • Roggy  says:

    Je savais déjà que Rigs était louche mais si j’imaginais que le gentil fanzinophile se tapait des revues pornos avec des cadavres…

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