Sorority House Massacre

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Dans la crypte toxique, nous sommes toujours partants pour laisser le Concorde de Roger Corman se poser sur notre piste d’atterrissage, faite des os des enfants malades du monde entier. Et pour cause : le Commandant Roger vient toujours nous rendre visiter avec des caisses remplies de ses vieilles VHS cheesy ! Au programme ce soir : Sorority House Massacre ! A moins que ce ne soit Halloween ? Allez savoir…

 

 

Jamais le dernier à surfer sur une tendance promettant de lui ramener quelques biftons bien chauds, Roger Corman ne put, dans les eighties, que plonger la tête la première dans la piscine aux psychokillers. Histoire de remonter quelques Séries B lowcost dont il a le secret, bien sûr, le slasher étant même le genre idéal pour notre homme : un lieu unique, une poignée d’adolescents sans doute payés dix dollars par jour (et le tournage ne devait pas en compter plus de six ou sept…), un banal maniaque en guise de menace increvable (ça coûte moins cher à construire qu’un putain d’alien !) et un couteau rétractable pour seul accessoire ! Le slasher, genre économe par excellence. Et le vieux Roger de nous en offrir quelques-uns à cette période, notamment la série des Slumber Party Massacre, connue pour son aspect bien délirant, ou encore les Stripped to Kill et ses fous furieux passant leurs pulsions meurtrières sur des strip-teaseuses. Et au milieu de ces soirées pyjama avortées ou de ces visites dans les bars érotiques, on trouve Sorority House Massacre (1986), nouvel avatar du genre précisant une tendance dans les locaux de Concorde, société d’alors pour le père Corman, fondée en 83 suite à la revente de New World. A savoir celle qu’avait Tonton Roger de placer ses projets slasheresques dans les mains de jeunes réalisatrices. Plutôt inhabituel, le style étant généralement conçu par de fiers mâles, mais Corman a toujours été un féministe de l’ombre, lui qui aida un beau nombre de réalisatrices à faire leurs premiers pas sur un set. Cette fois, c’est à Carol Frank de s’y coller, demoiselle qui fut justement l’assistante de la réalisatrice Amy Holden Jones sur The Slumber Party Massacre. On peut dire que la Carol a quitté un massacre pour un autre et ne sera donc pas dépaysée sur Sorority House Massacre, son seul et unique métrage suivant la mode des films de tueur en série se situant dans les sororités, alors le lieu le plus prisé des maboules lorsqu’il s’agissait de faire grimper le bodycount… Egalement scénariste de l’œuvre, Carol Frank s’est visiblement dit qu’il serait bien bête de sa part de copier vainement les B Movies bien cheap qui l’entouraient alors, qu’elle serait plus avisée d’aller s’abreuver à la source chaude qu’est le culte Halloween de John Carpenter. Voire même de le plagier purement et simplement ! Tant qu’à faire, hein…

 

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On a en effet l’impression de retourner dans les rues d’un Haddonfield automnal lorsque l’on fait la connaissance de Beth (Angela O’Neill, qui quitta bien vite le métier d’actrice pour bosser à divers postes dans les coulisses d’Apollo 13, Hantise ou la série True Detective), jeune demoiselle aux cheveux courts, renfermée sur elle-même, portant constamment un livre qu’elle serre contre sa poitrine, telle une jeune pucelle se servant de la littérature comme d’une armure anti-hommes. Bon, c’est Laurie Strode quoi, le talent de Jamie Lee Curtis en moins ! Toute sa famille étant décédée et la tante avec laquelle elle vivait jusque-là ayant rendu l’âme à son tour, Beth se voit forcée d’aller passer le reste de sa jeunesse dans une sororité, cette petite nouvelle arrivant pile au moment où les autres filles, si ce n’est trois d’entre elles, décident d’aller passer quelques vacances à Palm Springs. Mais à peine Beth franchit-elle le pas de la porte que d’étranges souvenirs transpercent son esprit, la demoiselle se voyant enfant arriver dans la maison… Elle imagine également un jeune homme aux cheveux courts et bruns en train de liquider sa famille et tenter de finir le travail en s’en prenant à elle. Et justement, au même moment, un certain Bobby coule des jours malheureux dans un asile, dont il finit par s’échapper pour aller dans la sororité et terminer ce qu’il avait commencé voilà bien longtemps en achevant Beth, avec laquelle il a un lien psychique… Bon ben c’est Halloween 1 et 2, on va pas se le cacher d’autant que tout le monde y aura pensé. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tenté de masquer l’évidence, Carol Frank brouillant l’affaire comme elle peut à grands renforts de cauchemars interminables (c’est le cas de le dire puisque Beth est prise dans ces mauvais rêves alors qu’elle est éveillée !), censés rabattre les cartes. Ils ne font en vérité que souligner ce que l’on avait déjà capté depuis belle lurette : Beth et Bobby sont frères et sœurs, comme les Myers en leur temps ! Et bien évidemment, dans sa fuite, le garçon va s’armer d’un poignard et aller faire la misère à sa frangine, ses copines et leurs petits amis…

 

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Enfin, pour en arriver à cette partie purement slasheresque, il faudra patienter un bon moment, la première moitié du récit se concentrant largement sur les songes ténébreux de notre héroïne, qui n’en finit plus de ne pas se réveiller. Un petit côté Les Griffes de la Nuit est d’ailleurs percevable dans ces séquences, preuve supplémentaire que Carol Frank n’est définitivement pas quelqu’un de très créatif… Trio de fillettes habillées de robes jouant devant une maison au lourd passé, poupées macabres assises autour de la table à manger, poignard sortant des miroirs ou cadres, coulées de sangs un peu partout,… Ne manque qu’un grand brûlé portant le chapeau et un pull rayé, en somme. Si ces scènes se trouvent être plus soignées que le reste du métrage et profitent d’une ambiance éthérée pas désagréable, le spectateur n’est jamais dupe et perçoit clairement que tout cela n’est jamais que du meublage servant à allonger la durée d’un film pourtant bien court. 74 minutes au compteur pour Sorority House Massacre, qui ne contient en plus que 35 minutes réellement associables au slasher. Il y a de quoi tirer la gueule pour qui venait dans les parages avec l’espoir de voir les corps s’amonceler durant tout le long… Bobby prend donc son temps et n’a aucune excuse pour cela, l’institut pour aliénés mentaux où il est enfermé étant une véritable passoire. Vous auriez plus de mal à vous évader d’un Burger King que notre gaillard de son asile, à la sécurité clairement légère. Pas besoin de creuser un trou à la petite cuiller durant deux ans ni même d’échafauder un plan complexe ici, Bobby attendant qu’un infirmier vienne lui apporter son déjeuner pour lui éclater la tête contre le mur. Après cela, il n’a plus qu’à courir à toute berzingue dans des couloirs jamais surveillés, rejoindre la pelouse extérieure vide de tout garde et passer le mur de barbelés, qu’un enfant avec une jambe de bois escaladerait sans le moindre problème. La liberté n’est pas aussi chère qu’on veut bien le dire…

 

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Evidemment, lorsque Bobby prend dix ans à sortir de sa cellule pourtant grande ouverte ou que Beth stresse comme une pucelle (qu’elle doit être) à l’idée que ses cauchemars reprennent, la vie des autres suit son cours. L’occasion de faire connaissance avec nos jeunes amis bientôt enterrés au cimetière local, même si pour être honnête on ne risque pas de se souvenir de ces garnements bien longtemps après leur trépas… Outre un rouquemoute à lunettes faisant office de geek un peu glauque (il félicite les expérimentations visant à tuer des chatons pour voir si leur mère sera triste), rien de très remarquable ici-bas, les filles étant de simples pimbèches ne pensant qu’à leurs mecs ou à bien s’habiller. Enfin, façon de parler, car histoire de nous proposer les obligatoires plans nichons, Carol Frank envoie ces jeunes filles devant leurs glaces pour une petite séance de relooking, nos donzelles essayant de nombreux vêtements rappelant plus des draps de lit Walt Disney que de belles robes de soirée. Musique pop ringarde, montage privilégiant les plans en contre-plongée des habits virevoltant à travers la pièce, le tout sous le regard d’une Beth en position fœtale et assistant à la scène avec timidité : nous sommes soit dans un clip sucré des eighties, soit dans Hélène et les Garçons ou toute production AB des 90’s ! Puis faut voir les pièces montées que se trimballent nos demoiselles sur leurs petits crânes, les coiffures étant dignes de celles des vieilles de Dynasty ! Autant dire que tous les capteurs de notre détecteur de films cheesy sont dans le rouge et que l’alarme gronde… Toute inutile soit-elle, cette partie est néanmoins la plus divertissante du film puisqu’involontairement drôle et pleine de poitrines dénudées. Et le fan de slasher est définitivement faible face à de tels arguments…

 

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Et la partie horrifique, dans tout ça ? Elle n’est pas bien terrible, en vérité, Billy débarquant une fois la nuit tombée, coupant bien entendu l’électricité et les fils du téléphone pour isoler nos garnements qui ne pensent qu’à échanger leurs fluides corporels. Malheureusement, notre sagouin n’a pas franchement l’inventivité d’un Jason et se contente d’éliminer ses proies avec son simple couteau, les poignardant toujours dans le bide ou le dos. Une ou deux fois, ça va, mais au bout du huitième meurtre à ce régime, on commence sérieusement à se lasser, d’autant que le suspense n’est ici jamais digne de celui offert par Big John. Billy semble courir dans toute la baraque sans réel but, espérant juste tomber sur un jeunot à qui il pourrait tailler un nouveau nombril, le tout sous une caméra peu inspirée, très télévisuelle et sans vision véritable. Manquant de créativité à toutes les étapes de sa conception, Sorority House Massacre ne peut que se retrouver dans le fond du panier du genre, et c’est tout juste si l’on retiendra quelques scènes amusantes, comme celle voyant ce bellâtre s’enfuir entièrement nu alors que Billy vient de tuer sa compagne. Rejoignant les autres filles avec le zgeg à l’air, il leur annonce platement « Un gars vient de tuer Tracy. » comme il aurait pu dire « J’ai oublié mes clefs de bagnole. » Priceless, évidemment, mais c’est bien, avec la scène des fringues, la seule crétinerie notable dans cette tornade cheesy qui peut bien retourner dans son oubli. On ne la regrettera pas…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Carol Frank
  • Scénario : Carol Frank
  • Production : Roger Corman, Ron Diamond
  • Pays: USA
  • Acteurs: Angela O’Neill, Wendy Martel, Pamela Ross, Nicole Rio
  • Année: 1986

2 comments to Sorority House Massacre

  • Roggy  says:

    Il y a tellement de films sur les sororités que je pensais que c’était une suite au « House on sorority row » de Mark Rosman en 1983 ! Très bon chro comme toujours, même si cet énième version n’a pas l’air renversante.

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