Le Chat Noir

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Béla Lugosi. Boris Karloff. Deux monstres, deux légendes, prêtes à s’entretuer pour le plus grand plaisir des amateurs d’horreur décolorée. Un choc des titans, un vrai, du genre à n’avoir lieu que tous les vingt ans. Et un film comme Le Chat Noir, on en a un que tous les vingt ans…

 

C’était obligé, on ne pouvait pas faire autrement. L’un avait cartonné en incarnant Dracula, l’autre en prêtant sa grande silhouette au monstre de Frankenstein. Il fallait bien que ces deux là se rencontrent un jour ou l’autre et se mettent sur la gueule. Béla Lugosi et Boris Karloff ne pouvaient plus s’éviter, il fallait les réunir. Imaginez un peu l’effet bœuf qu’allait donner l’affiche ! Dracula et le monstre de Frankenstein dans le même film ! De quoi faire jouir jusqu’à ce que mort s’en suive un charretier d’amoureux d’horreur. Et histoire de raffiner le mets, rajoutons une pincée d’Edgar Allan Poe, quand bien même le scénario n’a rien à voir avec sa nouvelle Le Chat Noir. Mais l’apparition d’un minet sombre suffira bien à justifier le titre ! On mettra « inspiré d’E.A. Poe » sous le titre et ça fera l’affaire ! Elle fut d’ailleurs dans le sac, avec quelques dollars en prime, Le Chat Noir étant le plus gros succès de la Universal de l’année 1934. Qui a dit que les chats noirs portent malheur ?

 

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Peter et Joan Allison forment un couple heureux en plein voyage en Hongrie, roucoulant dans le train qui les transporte. Un calme qui va être perturbé par l’arrivée de Vitus Werdegast (Lugosi), un médecin qui vient partager leur couchette et la voiture qui prendra le relais du train. Mais alors que le conducteur leur apprend que les lieux ont renfermé le fort Marmorus qui servit de QG au commandant Poelzig (Karloff) durant la guerre, la voiture dérape et se plante dans le décor. Joan blessée, la troupe décide d’aller sonner à la porte… de Poelzig ! Ils vont ainsi passer la nuit chez leur hôte, également architecte, un vieil ami de Werdegast qui a justement quelques comptes à régler avec lui. Il l’accuse en effet de lui avoir volé sa femme et sa fille en faisant croire à la mort du docteur, qui était alors retenu et torturé dans un camp. Poelzig accepte alors de montrer au médecin sa femme… morte. Soit disant décédée d’une pneumonie, Poelzig a gardé son corps intact, enfermée dans un tombeau de verre. Découvrant sa femme sans vie et en apprenant que sa fille n’est pas plus vivante, Vitus promet de tuer l’architecte.

 

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On ne va pas tourner autour du pot pendant 105 ans, c’est inutile: Le Chat Noir est peut-être le meilleur film d’épouvante des années 30. Grâce au réalisateur, Edwar G. Ulmer ? Non. Certes, le metteur en scène de Barbe Bleue s’en tire avec les honneurs et sait composer avec les zones d’ombre de son lieu unique tout en créant une atmosphère particulière, faite d’hypocrisie et de faux semblants. C’est peut-être Lugosi et Karloff qui permettent au film de s’élever au-dessus de la masse, alors ? Oui et non. Bien sûr, ils ont un charisme qu’envient bien des acteurs, des physiques particuliers qui créent une opposition parfaite. Le petit Lugosi et son regard perçant face au grand et mince Karloff, peut-on faire plus parfait ? Les deux sont impeccables et habitent leurs rôles. On pourra leur reprocher leur jeu statique, voire raide, mais à l’époque, ils étaient des rois. A un point que les pauvres Julie Bishop et David Manners (un habitué de l’horreur made in Universal qui a joué dans Dracula et La Momie) peinent à se faire remarquer. Trop lisses dans un monde trop sombre, sans doute. Ils ne sont là que pour traverser le danger, mais certainement pas pour attirer l’attention. Tous les regards se portent sur les deux stars, qui hypnotisent le spectateur.

 

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Mais si les deux légendes font un magnifique portrait de leurs personnages, c’est surtout le scénariste qui est ici à féliciter. Un certain Peter Ruric qui créent deux hommes incroyables, des ombres qui hanteront notre esprit pour un bon moment. Prenons Vitus Werdegast. A priori, on pourrait dire qu’il est le brave type, le gars bien aimable. Après tout, il a perdu sa femme, sa fille, toute sa vie, volée par ce salaud de Poelzig. C’est un héros en devenir, au final. Mais un héros sacrément sombre ! Déséquilibré depuis la guerre, il a tout perdu, y compris la tête, comme le prouve les crises de panique qu’il subit lorsqu’un chat passe sous ses yeux (et évidemment, Poelzig en a un, sinon c’est pas drôle). Un homme qui ne vit que pour sa vengeance, qu’il espère sanglante et longue, durant laquelle il prendra tout son temps et tout le plaisir possible. Il sait aussi être sacrément inquiétant, comme lorsqu’il se met à caresser les cheveux d’une Joan endormie, sous prétexte qu’elle ressemble à sa défunte femme. Un mort-vivant, à qui l’on a volé l’âme durant la guerre, qui le changea à tout jamais. Maintenant, imaginez que ce dingue est le gentil du duo. Vous imaginez un peu la gueule du méchant…

 

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Et dans le genre méchant de légende, Hjalmar Loepzig se pose là. Ce type est très probablement le plus inquiétant et intriguant bad guy que le cinéma nous aura offert. Alors que ses invités sont chez lui depuis une bonne quinzaine de minutes et parlent de tout et de rien, Loepzig n’a pas encore dit un seul mot. Assis ou droit comme un i, il reste taiseux, fixant un Werdegast dont le débit de parole ne peut s’arrêter. Et lorsqu’il se décide à parler, c’est pour faire preuve d’une politesse d’une fausseté totale. Car cet homme a cumulé les vices. Responsables de milliers de morts, il a en prime piqué la femme de son ami, emportant la fille de ce dernier dans la course. Une fois sa nouvelle épouse morte (on peut d’ailleurs se demander s’il ne l’a pas tuée…), il la conserve dans un cercueil de verre, peut-être pour s’offrir des plaisirs nécrophiles. Mais s’il aime contempler les femmes sans vie, il les aime aussi vivantes et a épousé la fille de Vitus, qui était donc la fille de sa dernière épouse ! Un inceste indirect, histoire de rajouter une ligne à son casier judiciaire bien chargé. Pas encore assez selon lui puisqu’il décide également de devenir un prêtre satanique. Oui, oui, il est satanique et il compte bien offrir la pauvre Joan à Lucifer lors d’un sacrifice réunissant le gratin des lucifériens du coin. Et oui, cela fait beaucoup pour un seul homme mais il a les épaules assez larges pour pouvoir porter tout ces sévices. Véritable génie du crime, il est sans doute l’une des plus belles incarnations du mal pur, sans raison. Une nature vouée à être mauvaise.

 

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Le Chat Noir est donc un classique de la Universal, un vrai, prouvant que les monstres peuvent se faire humains. Il y a peu à reprocher au film, qui n’a pas le temps d’ennuyer ou d’être lent puisque ne durant qu’une petite heure. Les scènes s’enchaînent, dialogues réussis à l’appui, dans ces décors cliniques à l’intérieur, gothique à l’extérieur. Il y a tout de même un reproche à faire. Il en faut bien un. Il y en a toujours un. Pour The Black Cat, c’est sa bande originale, ininterrompue de tout le film. Elle n’est pas mauvaise, loin de là, mais il aurait peut-être été plus sage de la faire plus discrète, l’ambiance lugubre en ayant été renforcée si tel avait été le cas. Cette présence sonore est donc un brin envahissante et semble dédramatiser des scènes qui auraient gagné à être silencieuse. Comme le réveil de Loepzig, sa silhouette squelettique n’étant visible qu’en ombre chinoise et constituant sa première apparition, laissant deviner sa nature maléfique et l’appréhension que doit ressentir le spectateur à sa venue prochaine. Mais tout cela n’est rien, un pet d’hirondelle dans le ciel, face à la grandeur du film, qui est à redécouvrir de toute urgence. Moins connu qu’un Dracula, un Frankenstein ou qu’un Le Loup-Garou, le matou noir mérite pourtant les mêmes égards que les Universal Monsters… Un animal qui semble par ailleurs porter chance à Béla Lugosi, qui accepta de remettre le couvert dans un film éponyme, tourné en 1941 et n’ayant aucun rapport avec le grand film de 1934. Un indispensable pour tout fan d’horreur à l’ancienne, disponible en coffret DVD avec son frère jumeau, Le Corbeau

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Edward G. Ulmer
  • Scénarisation: Peter Ruric
  • Production: Jeff Young
  • Titres original: The Black Cat
  • Pays: USA
  • Acteurs: Béla Lugosi, Boris Karloff, David Manners, Julie Bishop
  • Année: 1934

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