A Nymhoid Barbarian in Dinosaur Hell

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La galaxie Troma, ce n’est pas que des planètes nucléaire habitées par des vengeurs toxiques, des flics grimés façon kabuki ou des écoles complètement loufdingues, c’est aussi des soi-disant grosses baiseuses affrontant des dinosaures d’une nouvelle ère ! Affutez vos lance-pierres et haches de roche, ça va zigouiller du streum préhistorique… ou futuriste ?

 

 

On a trop tendance à l’oublier mais la firme dégoulinante de Lloyd Kaufman ne fait pas que produire ses propres délires pelliculés et aux côtés des Toxic Avenger, Terror Firmer et autres Poultrygeist paradent en chœur les tout aussi joviaux (mais pas toujours bons) Heavy Mental, Decampitated, Actium Maximus ou Dragon Fury. Le plus souvent des métrages déjà terminés acquis par Troma au détour d’un repas chez Burger King, où Kaufman se laissera inviter par les réalisateurs en herbe venus lui quémander une distribution, et lors duquel le père de Toxie expliquera aux jeunes gens qu’ils ne gagneront pas un kopek du deal en cours. Mais au moins auront-ils l’honneur de voir le fruit de leur travail quitter les tiroirs de leur piaule et toucher le marché de la vidéo, voire même s’implanter dans quelques petits festivals. Plutôt inespéré pour de minuscules tentatives cinématographiques, le plus souvent shootées avec les moyens du bord, l’acteur principal servant généralement de technicien, tandis qu’un second rôle ne s’en sortira pas avec un seul personnage mais devra aussi faire toute la figuration à lui tout seul. Et généralement des pelloches donnant sa réputation d’usine à gros Z mal fagotés à Troma, par ailleurs, les productions maisons étant plutôt des Séries B correctement budgetées et bénéficiant de maquillages corrects, d’effets spéciaux acceptables et même de quelques explosions et carambolages impressionnants. Tout l’inverse du reste de leur catalogue, rompu au système D le plus appauvri et refilant au studio son aura de maison tapant dans l’amateur. Est-ce que A Nymphoid Barbarian in Dinosaur Hell inverse la tendance ou l’enfer des dinos devient aussi celui du téléspectateur, perdu dans un nouveau navet fauché ? Eh bien oui et non, les enfants. Car on se retrouve une fois de plus au beau milieu d’une équipe réduite se retrouvant pourtant derrière toutes les machineries, d’un Objet Filmique Non-Identifié pas prêt de se voir collé à 2001 : L’Odyssée de l’Espace lors d’un double-programme. Aucune chance non plus de voir un jour la bande sortir dans nos contrées en triple Blu-Ray avec bande-originale en cadeau, le seul moyen de visionner cette escapade dans un Jurassic Park en carton-pâte étant d’aller fouiner dans la chaîne Youtube de Troma, qui propose ce chef d’œuvre gratos. Ca donne une idée de l’étage où se trouve le truc, plutôt au rez-de-chaussée, ou du manque de luxe avec lequel il fut créé… Mais si ce n’est pas dans la grotte de cette barbare nymphoïde que l’on ira chercher le fric, on y trouvera néanmoins une grosse dose de passion. Et pour cause, c’est Brett Piper qui réalise ! Brett qui ? Piper, les gars, un vrai fan de cinéma fantastique, sans doute élevé au bon grain des productions Corman des 50’s puisqu’il a passé ces trente dernières années à réaliser, dans son coin et avec quelques potes, des Monster Movies que n’aurait sans doute pas renié l’AIP des grands jours. Hommes-poissons sortis de leur ruisseau pour traquer la nudiste (They Bite), araignée gigantesque se faisant les mandibules sur de jeunes scientifiques (Arachnia), marijuana expérimentale transformant les hippies en d’horribles insectes mutants (Bite Me !), énorme crabe ravageant une petite ville et ses environs (Queen Crab), créature des marais s’en prenant à une équipe de télévision (Muckman), monstre doté de trois yeux le rendant trois fois plus dangereux qu’un cyclope (Triclops), rat géant et passage vers d’autres dimensions dans une cave (le lovecraftien The Dark Sleep),… Sacré bestiaire que celui imaginé par Piper au fil des années, toujours confectionné avec les moyens du bord… et un amour jamais remis en doute. Guère étonnant d’ailleurs de découvrir que le zigoto finit par s’allier à Mark Polonia, autre zédard perpétuant le saint esprit de Don Dohler en alignant les Creatures Features avec son argent de poche… Reste que bien avant tout ça, en 1990, après avoir enchaîné trois space-opéra démunis (Mysterious Planet, Galaxy et Mutant War), le Brett se lassa des bestioles spatiales et préféra regarder vers un futur post-apocalyptique au parfum de préhistoire.

 

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La guerre, c’est pas bien, surtout lorsqu’une bombe sortie de nulle-part rase toute vie humaine et scarifie le paysage, ramenant ce qu’il reste de l’humanité au temps des stégosaures. Ainsi, bien des êtres mutent et deviennent des reptiles répugnants, alors que les hommes et femmes ressemblant encore à quelque-chose de correct portent le pagne et chassent le canidé avec des arbalètes faites maison. Back to the roots, en somme, d’autant que d’horribles monstres ressemblant en effet à des dinosaures sont apparus un peu partout… C’est dans cette nature hostile qu’évolue Lea, une sauvageonne rencontrant Marn, doux barbare avec lequel elle se lie d’amitié. L’idylle ne dure malheureusement pas, un seigneur de guerre avec la gueule en biais et portant des crânes sur sa jolie tunique décidant de kidnapper Lea pour en faire son esclave sexuelle. La belle parviendra néanmoins à s’échapper, trouvant refuge chez un étrange ermite portant un masque de cuir. Mais avec son futur violeur et ses hommes aux trousses, combien de temps restera-t-elle en paix ? Pas de script à tiroir pour Brett Piper, également scénariste de tous ses projets, pour qui l’important est ailleurs, soit dans les gloumoutes. D’ailleurs, est-ce qu’un producteur ne lui avait pas conseillé de faire un film totalement dénué de dialogues pour faciliter l’exportation ? Peu contraire, Piper obéit et se lance dès lors dans un récit mutique… que le producteur en question trouvera invendable car manquant justement de parlote ! Faudrait savoir… On sent d’ailleurs un petit vent de panique parcourir le métrage, soudain forcé d’insérer quelques causeries ça et là pour ne pas écoper du statut de film muet, Marn croisant un trop bavard vieillard tandis que Lea tentera de tailler une bavette avec son sauveur masqué. Malheureusement, ces séquences laissant la place à de la post-synchro (évidente et ratée) viennent ruiner une bonne idée, l’absence de baratin permettant de rentrer dans ce monde taiseux mais dangereux, silencieux mais fauve. Coup de bol, Piper ne verse pas trop dans le verbalisme pour autant, même s’il ne peut s’empêcher d’envoyer un ou deux monologues inutiles. De toute façon, il y a fort à parier que son film fut déjà malmené par Troma : le titre A Nymphoid Barbarian in Dinosaur Hell laisse déjà perplexe pour tout dire, et laisse à penser que Kaufman s’est dit que pareil blase sonnait bien, voire qu’il serait vendeur.

 

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Qu’est-ce qu’une nymphoïde, d’ailleurs ? Selon le dictionnaire, c’est une demoiselle parlant comme une nymphomane mais ne tenant pas vraiment ses promesses sous la couette. Une allumeuse, quoi ! L’ennui, c’est que Lea ne parle justement pas, ou si peu, trop occupée qu’elle est à survivre face aux atrocités lui coursant les miches. Et elle ne se montre d’ailleurs pas plus intéressée que cela par la gent masculine… Comment dès lors justifier le titre ? En plaçant une tirade en début de première bobine, tiens ! Lea radote en effet qu’elle commence à s’intéresser à son minou et se met à expliquer sa dure existence, discours accompagné de stockshots tirés d’autres métrages (sans doute de l’écurie Troma) donnant des contours à cette fin des temps marquant la naissance d’un nouveau monde. D’ailleurs, si cette première séquence n’existait pas, on pourrait croire que nous sommes tombés sur un sous-Conan classique, malgré la présence d’une pétoire, d’un briquet et de quelques livres ou jouets d’enfants, ultimes traces de la vie « d’avant ». Combats à l’épée ou à la lance avec un galet taillé à son bout, décors de plages ou forestiers, grand château sinistre, puits aux monstres,… Plutôt tombée dans le voisinage de Thulsa Doom qu’à l’arrière de la carlingue d’Humungus, notre soi-disant nymphoïde. Tant mieux pour nous d’ailleurs, puisque cela permet à ce copain des monstres qu’est Piper de nous dégainer un nombre pas croyables de chimères carnivores : ver de terre géant, tricératops déformé, chien sans poil rappelant les clebs de Gozer dans Ghostbusters, chauve-souris maousse, sortes de tiques ou insectes barbotant dans une eau brune, créature des marais ayant fusionné avec des lianes, dino pas beau caché dans un sous-terrain,… Il y a de quoi faire et plus encore dans ce Dinosaur Hell prenant très vite des airs de paradis pour le fan de Willis O’Brien ou Ray Harryhausen, la sacro-sainte technique de la stop-motion étant bien évidemment utilisée pour rendre mouvantes ces infernales bébêtes. De quoi apposer une bonne dose de charme à l’ensemble, débordant de tendresse pour les exploits cinématographies à l’ancienne, que Piper tente ici de reproduire avec ses maigres capacités. Pari réussi à ce niveau, les monstres sont cools et valent clairement le déplacement jusqu’à cet âge de pierre !

 

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De quoi en tout cas faire oublier que le tout est plutôt mou, Piper ayant bien du mal à donner du peps à ses scènes, même les plus bourrines. Voir par exemple cette joute entre le cousin caché de Leatherface et le leader des lézards sur deux pattes, interminable et moins nerveuse qu’une baston entre deux vieillardes à la messe du dimanche pour gober la dernière hostie. Et comme de juste, ce n’est jamais sur une réalisation aux frontières de l’amateurisme que l’on comptera pour relever le niveau, même si nous sommes ici bien loin de la bouillie incompréhensible que peut être un Actium Maximus, pour sa part aussi laid que bavard. N’empêche que le principal est bien là : le zoo antédiluvien ne manque pas de variété et Piper a créé un univers tangible, mélangeant matte painting et beaux décors naturels, accouchant d’un résultat rappelant parfois Les Maîtres de l’Univers. L’un dans l’autre, pour un petit Z tricoté en comité réduit, c’est plutôt miraculeux !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Brett Piper
  • Scénario : Brett Piper
  • Production : Alex Pirnie, Brett Piper
  • Pays: USA
  • Acteurs: Linda Corwin, Paul Guzzy, Mark Deshaies, Alex Pirnie
  • Année: 1990

3 comments to A Nymhoid Barbarian in Dinosaur Hell

  • sandman  says:

    Salut, je viens de créer un blog spécialisé dans les adaptations de comics, donc si cela t’intéresse passe faire un tour et n’hésite pas à faire
    passer le mot.

    https://comx-asylum.blogspot.fr/

    Merci et bonne continuation.

    Sandman

  • Roggy  says:

    Ce Troma n’a pas l’air exceptionnel (et en plus je ne suis pas un fan) mais les monstres en stop motion, ça pourrait m’intéresser !

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