After Party Massacre

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Après les hôpitaux, les campus désertés, les manoirs délabrés, les camps de vacances et les chalets enneigés, quels lieux les maniaques se promenant le couteau entre les dents n’avaient pas encore souillé ? Une salle de concert envahie par les groupes de death metal, pardi ! C’est désormais chose faite avec After Party Massacre, Série Z aussi dure pour l’estomac que pour les oreilles. Horns Up !

 

 

Que fait un death métalleux lorsqu’il est coincé dans son tourbus ou mini-van, entre deux prestations perforeuses de tympans ? Il cogite, mes amis, et pas à n’importe quoi : à la réalisation de films d’horreur bricolés avec des trombones rouillés, tournés entre potes aux longues crinières dans le bar gothique du quartier et bien évidemment très gore. Sinon à quoi bon ? C’est en tout avec ces sains projets que le chauve à longue barbiche Kyle Severn, batteur du groupe culte Incantation, remplit sa matière grise, et certainement pas dans le but de laisser ces envies cinématographiques telles des lettres mortes. Il s’acoquine alors avec Kristoff Bates, fier connaisseur du monde horrifique et personnage capable d’avoir accès à plusieurs accessoires à même de faciliter le tournage, le zig’ n’étant autre que le gérant de la boutique en ligne Horrormerch.com. Soit une boutique d’Ali Babis débordant de masques pas croyables (Creepshow, Dark Night of the Scarecrow, Le Loup-Garou de Londres, Massacres dans le Train Fantôme : tout y passe), de T-shirts parfaits pour briller lors des galas ou de « props » bien dingues comme la massue ou le croc de boucher de Massacre à la Tronçonneuse. Idéal pour faire fuir vos beaux-parents de chez vous lorsque vous êtes fatigués de voir leurs tronches. Le Kristoff, de par son job en or, connaît donc du monde et pourra sans doute commander du faux bras en plastoc et de l’hémoglobine factice pour pas cher, tandis que Severn s’occupera du reste. Pas cons, les deux scénaristes et réalisateurs utilisent bien évidemment la fonction du marteleur de fûts, à même de confectionner une bande-originale bien grasse et de faire jouer ses connaissances pour trouver un lieu de tournage adéquat. Car bien évidemment, leur petit slasher en formation, ils vont le situer dans l’univers des métalleux, dans une salle de concert où se promène une jeune demoiselle préférant faire voltiger sa hache que de pratiquer le air guitar. Severn s’arrange donc pour que son groupe Incantation se fende d’un live dans le film, invite quelques autres potes pour faire de même (les gus de Soulless) et rameute du metalhead prêt à faire semblant de mourir comme Marion Cotillard dans le Batman selon Nolan. Le système D dans toute sa splendeur, en somme, avec un duo de bons potes qui modèlent leur métrage en fonction de ce qu’ils ont, qui regardent d’abord ce dont ils disposent pour s’en servir, avant de quémander des milliers de dollars pour s’offrir les services de comédiens professionnels dont on n’a de toute façons guère besoin dans pareille situation. Un bon esprit, en somme, accouchant de cet After Party Massacre atypique.

 

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Par contre, à trop organiser leur petit tournage entre buddies, la paire oublie de créer une véritable histoire, leur scénario (s’il existe, car rien n’est moins sûr…) se résumant à la folie destructrice d’une métalleuse, violée dans son enfance par son curé de père et ne supportant plus de voir des jeunes gens fricoter dans tous les coins et branler autre-chose que des manches de Flying V. Dès lors, comme la large majorité des tueurs de slasher, elle va calmer tout ce beau monde à l’aide de cisailles, d’une massue ou d’une pioche. Old same shit, on sait, on sait… Mais c’est largement suffisant dans le cadre d’une production indé – voire même amateur, osons le dire – Severn et Bates misant plus sur le côté « descente dans le milieu du metal extrême » de leur projet. Extrême est d’ailleurs le maître-mot d’After Party Massacre, pas franchement le genre de pelloches que vous risquez de croiser un bel après-midi sur Nickelodeon, coincé entre deux épisodes de Bob L’Eponge. Visiblement de grands fans du cinéma trash le plus jaillissant, les deux compères mettent en effet le paquet, visant volontairement le dessous de la ceinture, Gutterballs style. Un malotru montre son zgeg à la tueuse (mauvaise idée, déjà) via un glory hole ? Elle lui cloue la teub contre la paroi en bois des chiottes, lui enfonce la tige en fer d’un cintre dans l’urètre puis lui arrache tout le matos avec une vieille cisaille rouillée. Le tout sous les rires et quolibets d’un duo de rockers alcoolisés se remémorant l’affaire entre deux gobelets rempli à ras-bord du breuvage des vikings ! Le ton est donné : on va rire dans la fosse tout en étant légèrement écœurés par les actes de barbarie d’une gothopouf pas jouette… Etranglements, égorgement au cutter, bras tranché à la scie circulaire, jambe éclatée à la hache, front fracassé à la massue… Non, elle ne rigole pas notre demoiselle, visiblement fatiguée (à juste titre, on y reviendra) de voir les hommes lui coller des mains au fion tous les trois mètres. Notez qu’elle n’est pas plus tendre avec la gente féminine puisqu’elle part aux toilettes assommer une pauvre donzelle avec un godemichet (rien que ça…) avant de lui enfoncer son vibromasseur en bouche. Un coup de masse bien calibré plus tard et le sextoy de transpercer la boîte crânienne de la malheureuse ! Pas bien sérieux tout ça, Severn et Bates ne donnant jamais, ô grand jamais, l’impression de vouloir marcher sur le terrain de John Carpenter. After Party Massacre, c’est pas Halloween, c’est même plutôt les Slumber Party Massacre produit par Tonton Corman dans les eighties déménagés dans un univers métallique. Court comme toute bonne œuvre d’exploitation (76 minutes, pas le temps de clore un œil), le métrage compte bien respecter la sacro-sainte règle voulant que le cinoche grindhouse, c’est aussi du cul à tous les coins de couloir. Ou de concert, dans le cas présent.

 

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Car le moins qu’on puisse dire, c’est que si l’on se base sur After Party Massacre pour en tirer des conclusions, que l’on voit le métrage comme un documentaire sur les mœurs des métalleux (et surtout des métalleuses), on peut en déduire que ça baise plus à un concert d’Incantation que chez Dodo la Saumure. C’est bien simple, 98% des donzelles présentent dans la fosse pour hurler en chœurs sur des hymnes comme « Rotting with your Christ » ou « Primordial Domination » s’éclipsent à un moment ou un autre pour aller pomper du dard dans un van, se frotter contre une gaule au bar, niquer sur l’un des sofas judicieusement installés non loin de la buvette, se masturber dans les chiottes ou se laisser aller à des plaisirs lesbiens à côté des lavabos. Elles ne sont pas chaudes, les fans de death, elles sont brûlantes et n’ont qu’une idée en tête: s’envoyer en l’air dès que l’occasion se présente ! Un profil légèrement exagéré et je déconseille à tous les lecteurs (ou lectrices) d’aller voir Napalm Death au Hellfest dans l’espoir de se retrouver dans une orgie digne de Caligula : ça ne se passe pas comme ça en vrai ! Remarquez, si les demoiselles sont ici toutes présentées comme des nymphos au stade terminal, ces messieurs ne sont pas mieux lotis. Gros lourds ne pensant qu’au fruit féminin, ils ne se privent jamais d’une vanne bien grasse (ça, à la rigueur, c’est pas loin de la vérité), se bastonnent les uns avec les autres tels de gorilles en rut ou se moquent des plus avinés. Ce qui nous vaut un long passage avec un pauvre metalhead refoulé de la petite soirée parce qu’il est trop bourré et que son t-shirt arbore une fleur rose (celle d’un album du groupe Opeth, pour les initiés). Après avoir longuement insisté (et pissé sur un mur), le pauvre gars est finalement accepté, même s’il ne se fait pas que des amis, matant les boobs d’une jolie dame désirant tester un nouveau shirt devant tout le monde. Une bagarre s’en suit bien évidemment et notre gugusse, assommé, rêve de sa revanche, s’imaginant terrasser ses ennemis et… leur chier dans la bouche ! Et la caméra de se la jouer scatophile en zoomant sur la bouche d’un pauvre homme, désormais pleine de chocolat, mais pas de la marque Milka…

 

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Vous voyez donc le niveau, à mi-chemin entre South Park et Beavis et Butt-Head, un humour bas de plafond à même de rebuter pas mal de monde. Dans la crypte, puisque l’on a grandi avec les dessins-animés de Mike Judge, ça ne dérange guère… Laissé sur le trottoir, encore, le public pas franchement abonné aux rythmiques infernales et au chant guttural, le tout-puissant death metoool raisonnant tout au long d’After Party Massacre. Outre une bande-originale piochant chez les petits copains aimant faire beaucoup de bruit (les géniaux Asphyx sont à l’honneur mais on entendra aussi Acheron, Cardiac Arrest, Master, Lifeless, Fatalist, Denial Fiend et bien d’autres encore), une partie non-négligeable du film se déroule dans le parterre d’un concert d’Incantation, trois ou quatre chansons étant jouées en intégralité ou presque. Si l’on rajoute le titre interprété par Soulless en début de bobine, on se rend compte que ça fait un bon quart d’heure de zikmu sur l’heure-quart de métrage. De quoi ravir les mélomanes inspirés, mais aussi de quoi tenir à l’écart les plus réfractaires à la meilleure musique du monde… Autant le dire : si vous n’avez pas de tatouage Morbid Angel, que votre sweat arbore autre-chose que le logo de Grave ou Dismember, que votre compile pour vos longs voyages en bagnole ne contient pas tout la discographie d’Autopsy, c’est pas franchement la peine de foutre une semelle dans la gadoue concoctée par Severn et Bates. Nous sommes là dans le slasher référentiel, conçu par un tout petit groupe de personnes pour un autre tout petit groupe de personnes, pour garnements aux bracelets cloutés et portant le maquillage Black Metal qui pourront s’écrier « Ah le mec au troisième rang il a un shirt d’Immolation ! » ou « Le mec est fringué par Burzum ! ». Alors oui, il y a de l’horreur, en grande quantité (17 morts au compteur, quand même) et les références affluent également (posters de Creature from Black Lagoon, 13 Ghosts ou La Chute de la Maison Usher, le premier rôle masculin lit le super magazine ricain Horrorhound,…), mais l’on sent bien que le public ciblé est plus celui de Cannibal Corpse que de David Cronenberg. Et que le but premier est de faire un petit clin d’œil aux habitués, sans se prendre au sérieux, preuve en est le rôle que se réserve Kyle Severn, un beauf tout excité et ne pensant qu’aux fesses et ce que l’on trouve entre elles…

 

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Vous l’aurez donc bien compris : si vous n’êtes pas attirés par les arts underground, il vous sera probablement difficile de soutenir ces longues séquences en live, ces séances de body piercing, ces longues discussions sans début ni fin. Voire même de supporter une réalisation bien évidemment très amateur : si l’image est léchée, on voit tout de même très vite où l’on pose nos talons aiguilles, soit dans un Z numérique et à la patine assez froide. Ce qui ne signifie cependant jamais que nos jeunes réalisateurs ne se foulent pas, bien au contraire ! Visiblement pris par la fièvre de l’expérimentation, ils tentent quelques idées de montage (incrustations à l’écran, parfois scindé), accélèrent lors des parlotes (pas con !), ralentissent lors des meurtres (malin !) et s’offrent quelques plans bien fichus, tel cet égorgement vu en contre-plongée, l’hémoglobine coulant vers la caméra. Pas mal pour un micro-budget, franchement plaisant à se caler sous les paupières pour peu que l’on sache ce que l’on va voir, soit une petite plaisanterie pour les initiés. A priori, les deux zouaves comptent remettre ça avec un long comprenant des filles à poil, de la dope et un type en costume de panda. Bonne idée.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Kristoff Bates et Kyle Severn
  • Scénario : Kristoff Bates et Kyle Severn 
  • Production : Kristoff Bates et Kyle Severn 
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kyle Severn, Scarlett von Sinn, Danielle Molohan, Ash Thomas
  • Année: 2011

2 comments to After Party Massacre

  • Roggy  says:

    Comme tu t’en doutes, je ne suis pas un public assez averti pour ce genre de spectacle. Et je te fais confiante sur tout ce que tu décris dans ta chronique. Ils ont fait le film juste pour toi en fait 🙂

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