Les Guerriers du Bronx

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A en croire Enzo Castellari, le Bronx c’est un peu le Disneyland du bisseux, le parc Astérix des amoureux du cinoche Grindhouse. C’est qu’entre ces décharges, ces murs effondrés et ces bâtisses sans fenêtres et tapisseries mais munies de tags plus ou moins artistiques, on trouve des bikers au grand cœur, des joueurs de hockey pourchassant l’innocent, des gangsters black échappés des années 50, des danseurs de claquette traquant la rixe et des flics ripoux passant leur temps libre à remplir des contrats de tueur à gages. Un ticket s’il vous plaît !

 

 

Les petites histoires font les grands films. Ainsi, en plein séjour sur le sol américain en ces débuts d’années 80, le producteur romain Fabrizio de Angelis (L’Enfer des Zombies, Killer Crocodile, Les Nouveaux Barbares) s’offre une petite virée dans le métro et se retrouve à se balader dans ce havre de paix qu’est le Bronx. Désormais entouré de junkies et de membres de gangs le menaçant avec leurs opinels, le bon Fabrizio prend ses jambes à son cou et retourne vite fait au confort de sa chambre d’hôtel, et ce en un seul morceau. S’il n’a pas perdu de chair ou un orteil, Angelis est par contre revenu avec une bonne idée de métrage, cette escapade dans les bas-fonds lui donnant l’impulsion pour créer Les Guerriers du Bronx. Notre général ayant déjà mené quelques guerres cinématographiques, il a déjà plusieurs soldats dans son escadrille pour remplir sa mission : un réalisateur sur lequel on peut se reposer sans crainte en la personne d’Enzo G. Castellari (Keoma, La Mort au Large, Big Racket,…) et un commando de scénaristes connaissant leurs manœuvres. A savoir le Enzo lui-même, Dardano Sachetti (secrétaire de Lucio Fulci) et Elisa Briganti (également une scénariste de Fulci mais aussi à l’œuvre sur La Maison de la Terreur et Atomic Cyborg). Une fois le tournage calé à la fois à Rome pour quelques jours et à New York et ses environs pour trois semaines, ne reste plus qu’à embaucher quelques vieux briscards du cinéma populaire pour gonfler le casting, soit Vic Morrow, Fred Williamson et Christopher Connelly, de petits noms permettant néanmoins de vendre de la cassette en vidéoclub. Pour compléter, on sort du lit quelques badernes connaissant la chanson (le copain George Eastman, ici coiffé comme le sabreur manchot) et quand aucune nénette ne convient pour incarner le romantique premier rôle féminin, Castellari donne tout simplement le rôle à sa fille, Stefania Girolami Goodwin. Une affaire qui roule, en un sens, chaque pièce du puzzle tombant pile au bon endroit, comme une partie de Tetris en mode easy. Reste néanmoins à trouver la vedette, le beau héros ténébreux roulant des mécaniques dans ce monde dévasté, aussi bien capable de faire tomber les minettes que de faire voler les dentiers. Ce sera Mark Gregory, jeune adolescent de 17 ans passant un temps non-négligeable dans les salles de sport et embauché parce que sa girlfriend de l’époque, pensant lui faire un tour pendable, avait envoyé sa candidature à la production. Et paf, il a été pris, le loustic aux cheveux longs ! Une sale blague débouchant plutôt sur une bonne nouvelle, donc, même si notre apprenti-acteur devra sur place subir les quolibets des Hell’s Angels embauchés pour faire de la figuration, les motards se foutant de lui dès que l’occasion se présente. Ils ne seront pas les seuls…

 

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Nous sommes en 1990 et plus que jamais le Bronx est une zone de non-droit, les pires criminels s’y réunissant pour laisser libre cours à leurs pulsions les plus bestiales. Et c’est justement cet enfer sur Terre que décide de rejoindre Ann (Stefania Girolami Goodwin), riche héritière d’un empire financier ayant fait son beurre de manière peu glorieuse. Stressée à l’idée d’être à la tête d’une organisation douteuse, elle préfère en effet fuir dans la cité de la violence, où elle tombe nez-à-nez avec Trash (Gregory) et sa bande, des méchants plutôt gentils puisqu’ils décident de la protéger et s’occuper d’elle. Bien évidemment, cela tourne rapidement à l’histoire d’amour entre nos deux jeunots, façon La Belle et le Clochard dans les quartiers sales. Et le moins qu’on puisse dire c’est que le taiseux Trash aura fort à faire pour garder sa dulcinée auprès de lui, le père de cette dernière ayant demandé à un certain Hammer (Vic Morrow), policier la journée mais hitman la nuit, de ramener la cocotte dans le poulailler. Et plus malin que marteau, notre félon va s’évertuer à monter les gangs les uns contre les autres pour que sa tâche soit facilitée… Généralement rangée aux côtés des rip-off de Mad Max 2 à cause de son imagerie faite de cylindrées, de chevelus portant la veste en cuir et de décors délabrés, Les Guerriers du Bronx n’est pourtant pas un post-apo au sens propre du terme puisqu’aucun déluge, aucune bombe, aucun film de Dany Boon ou aucune colère divine n’a ravagé notre pauvre monde. Nous sommes en effet plutôt dans le récit d’anticipation à la New York 1997, inspiration nette du métrage, auquel on a mixé des éléments des Guerriers de la Nuit puisque plusieurs groupes de casseurs s’échangent des coups de barre de fer au moindre regard de travers. Alors pas de furieux maniant la batte de baseball ici mais des hockeymen menés par Georges Eastman, de raffinés combattants dansants, des gangsters semblant sortir du QG du Joker mais gérés par Fred Williamson, des crasseux vivant dans les souterrains et se défendant avec des poutres en bois, et donc nos chers bikers au cœur de sucre. Enfin pas tous, car bien évidemment l’habituel traître viendra mettre son grain de sable dans la machine en changeant de camp au moment le plus délicat… N’espérez donc pas trouver ici une chasse à l’essence, un voyage vers une oasis ou des duels sur le sable fin entre des punks à crêtes faisant office de restes de l’humanité, le film de Castellari ne partageant avec le post-apo que ses magnifiques visuels, effectivement trompeurs. Que cela ne vous tienne cependant pas à l’écart de la pelloche, souvent jetée dans le puits au nanar… alors que c’est un vrai bon film tout ce qu’il y a de plus légitime !

 

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On me répondra que Mark Gregory et ses biscotos sont de très mauvais acteurs, un fait difficilement contestable mais finalement logique puisque le jeune homme n’était en effet pas un comédien. Il n’empêche que son impassibilité ne le prive pas d’avoir une étrange présence, sa juvénilité contrastant avec sa garde-robe, faite de vestons noirs laissant apparaître son torse sans poils. Un peu comme si Mimisiku devenait du jour au lendemain un Conan partant rogner la gueule de Thulsa Doom, Trash donne la sensation d’être bien trop jeune pour ces conneries, pour mettre sa vie en jeu lors de joutes le plus souvent mortelles. Etrange impression, dès lors, que de voir cet enfant se proposer d’en protéger une autre, Anne étant pour sa part effrayée à l’idée des responsabilités énormes que l’on risque de lui imposer. Si énormes qu’elle se doute qu’elle ne sera qu’une marionnette dans les mains de décisionnaires, qu’un pantin manipulé… Castellari n’avait peut-être pas l’ambition de fournir un métrage sensible et profond, n’empêche que Les Guerriers du Bronx est thématiquement plus intéressant qu’il n’y paraît et qu’il serait bien dommage d’en rester à des commentaires à la « Mark Gregory il sait pas jouer lol », d’autant que le jeune sauvage ne ruine jamais aucune scène. Y compris celle, plutôt touchante, lui permettant de retrouver l’un de ses amis à l’article de la mort, ces soi-disant brutes épaisses fondant en larmes lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ne se reverront plus jamais. Alors on n’ira pas jusqu’à clamer que 1990 : Bronx Warriors est une œuvre socialement engagée nous montrant la dure loi de la jungle de béton qu’est celle des cités abandonnées par les autorités, car il ne faut pas pousser mémé dans les orties après lui avoir baissé sa culotte. Reste que c’est plutôt pas mal, et même mieux que ça, pour ce que l’on imaginait n’être qu’un petit divertissement bête et méchant. Ce qu’il est aussi, et plutôt un bon qui plus est !

 

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S’il opte pour une première partie plutôt calme servant à planter le décor, Castellari prend les armes pour la deuxième moitié de son méfait, enchaînant les bastons entre bandes rivales, les infiltrations dans des lieux en ruines et se fendant même d’un final méritant, pour le coup, l’appellation apocalyptique. Des hommes en armure débarquent en effet dans le repaire de Fred Williamson – toujours en train de nous faire croire qu’il est un pro du kung-fu alors qu’il sait juste agiter les mains rapidement – et réchauffent l’ambiance à coup de lance-flamme, cramant les pauvres invités venus fêter un anniversaire ! Plutôt méchant mais guère surprenant venant du réalisateur, jamais contraire lorsqu’il s’agit de verser gentiment dans le gore. Ici, pas d’ovaires étalées sur la table à manger, d’anus extraits au coupe-ongles ou d’opération des cervicales à la truelle, le niveau de violence restant plutôt soft, mais tout de même un os sortant de son bras, une caboche perforée par une bastos bien placée et une tête soigneusement décapitée. C’est pas Braindead, mais c’est pas non plus du Xavier Dolan quoi, Les Guerriers du Bronx étant de ces Séries B fières de ne jamais tromper sur la marchandise. De celles empaquetées avec amour, également, Castellari rappelant ici qu’il est un réalisateur plus inspiré que ce que son rang de simple artisan pouvait laisser croire, le créateur de Django porte sa croix semblant ravi de faire évoluer sa caméra entre les motos, les armes des sauvages et ces paysages usés. Tout comme il semble bien content de tourner dans les environs New Yorkais, ses jolis plans captant dès que possible les tours du World Trade Center, la baie séparant la grande ville du No Man’s Land et les ponts qui les relient finalement. Le vieux Enzo est si inspiré qu’il ne se prive aucune improvisation, plaçant un batteur à côté d’une réunion de malfrats juste parce qu’un groupe jouait là lors du tournage, apportant du rythme et une ambiance pulp à l’ensemble, plus artistique que prévu. On ne jouera donc pas les vierges effarouchées face à la relative lenteur des premiers instants, Les Guerriers du Bronx étant de ces bonbons donnant leurs lettres de noblesse à un cinéma populaire soucieux de faire voyager sa joyeuse audience. Pari réussi et plutôt deux fois qu’une !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Enzo G. Castellari
  • Scénario : Enzo G. Castellari, Dardano Sachetti, Elisa Briganti
  • Production : Fabrizio de Angelis
  • Titre original: 1990: The Bronx Warriors
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Mark Gregory, Stefania Girolami Goodwin, Fred Williamson, Vic Morrow
  • Année: 1982

6 comments to Les Guerriers du Bronx

  • Didier LEFEVRE  says:

    L’orée des années 80, dans le sillage de Mad Max 2 et de l’avènement des vidéoclubs, offrit l’alignement parfait de planètes pour le cinéma Bis italien qui mourut dans une sorte de supernova créatrice. Fort décriés alors (je parle des « sous Mad Max », à l’époque on ne disait pas post-nuke sur les Terres de François Mittérand), les Guerriers du Bronx et tous les autres ersatz post Mad Max, New York 97 et Warriors, firent les belles heures des vidéoclubs puis des fanzines (qui y allèrent tous de leur dossier, un peu comme aujourd’hui les rednecks). Aujourd’hui, ils restent gravés dans notre inconscient collectif, ils sont devenus cultes (sans que le terme ne soit galvaudé) et jamais nous nous lasserons de les revoir encore et encore.

  • Lorenzo  says:

    Ho,ho,ho!!!je me souvient qu’a l’époque toutes c’est pelloches étaient largement mis à mal par les critiques…. (starfix,l’ef,mad movies,sans citer la presse ciné « officiel »-cf première…).
    Désormais, »les guerriers du bronx »est devenu un film culte…ironie du sort ou simple constat,d’un cinoche actuel qui verse dans le portnawak à gros budget…. (j’attend le « kong,skull island » avec impatience…),mais je dis merci à castellari et tous les autres artisans du bis italien de me procurer encore de nos jours se petit plaisir coupable en regardant ses films.
    Nostalgie? Sûrement!
    Plaisir cinéphilique?absolument!!!
    En tout cas,il y a que le cinéma bis qui me fait cet effet… (c’est grave grave docteur?…)

  • Roggy  says:

    Encore une belle chro pour ce bis italien que j’aime bien au final. Je n’ai pas découvert le film il y a tellement longtemps comparativement à sa sortie, mais ces post-apo rital ou ricain font toujours plaisir.

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