Gamera vs Gyaos

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Attention, amis Japonais, Tortue Volante Non Identifiée à l’horizon ! Mais séchez vos larmes, le brave Gamera a décidé de se calmer et ne compte plus écrabouiller les vieux temples ou cracher ses glaviots brûlants sur les malheureux tanks tentant de le ralentir. Ca, c’est son ennemi juré Gyaos qui s’en charge, une gigantesque chauve-souris renvoyant Dracula au registre des vulgaires moustiques…

 

 

On le sait, les tortues ont la carapace dure. On ne sera donc guère surpris de voir que le grand, le beau, le fort, le puissant Gamera se paye une sacrée longévité. Depuis sa naissance en 1965, c’est au rythme d’un film par an que notre reptile revient, jusqu’ici toujours sous la direction de Noriaki Yuasa. Après Gamera et Gamera vs Barugon, c’est donc au tour de Gamera vs Gyaos de fendre les écrans nippons, avant de sortir aux states sous le titre Return of the Giant Monsters. Aucune mention de la tortue pas ninja dans le blase yankee, donc, sans doute dans le but de cacher le fait que l’on tient ici la suite de deux métrages et par extension éviter de se couper d’un public n’ayant pas vu Gamera the invicible et War of the Monsters, versions US des deux premiers métrages. C’est qu’à l’époque, la distribution des œuvres asiatiques était pour ainsi dire prise par-dessus la guibole, la cohésion au sein d’une même saga étant rendue difficilement percevable par des nominations hasardeuses et quelquefois des posters ne partageant que peu de liens avec les pelloches qu’ils sont censés présenter. Il suffit de voir que le deuxième volume des secouantes aventures de Godzilla, Le Retour de Godzilla, fut simplement mais étrangement changé en Gigantis, the fire monster sur le sol de Donald Trump… Un Anguirus n’y retrouverait pas ses petits ! N’empêche que pour nous, petits francophones, tous ces problèmes ne se posent guère à l’heure de ces coffrets M6 renfermant des DVD parfaitement nommés et rangés dans l’ordre. Aucune difficulté à mettre ses mimines sur Gamera vs Gyaos, donc. Pas plus qu’à se rendre compte que si le Japon va une fois de plus trembler suite à l’apparition de grands méchants Kaiju, la série ne va pas subir de grands bouleversements avec cette troisième entrée…

 

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Sont jamais tranquilles les Japonais : alors qu’Hiroshima n’est toujours pas si loin, que Godzilla and friends sont venus jouer de la batterie avec leurs buildings, que Gamera s’est réveillé voilà deux ans et a foutu un joyeux boxon, c’est désormais des secousses sismiques que l’on voit devenir le grand danger national. Et les volcans de rugir à nouveau, leur chaleur sortant même la tortue préhistorique de sa somnolence ! Désastre en vue ? Heureusement non, Gamera se contentant d’aller se coucher non loin du cratère ardent, tel un chat posté sur son radiateur en hiver. Par contre, la faille lacérant le paysage libère Gyaos, une grosse chauve-souris des temps anciens nettement moins amicale que le bouclier volant puisqu’elle se met immédiatement à vomir des lasers tranchants, découpant quelques avions et créant donc de nombreuses victimes. Les alentours du Mont Fuji deviennent dès lors le lieu de vacances le moins prisé du continent et un tombeau pour de pauvres militaires, envoyés dans la région avec pour mission de calmer le nouveau-venu dans le paysage monstrueux. Et comme si ces menaces ancestrales ne suffisaient pas, voilà que les villageois du coin se bastonnent avec de pauvres ouvriers envoyés sur les lieux pour construire une autoroute, le bon peuple local hésitant s’il faut tirer profit du bitume ou s’il faut au contraire empêcher les travailleurs de défigurer leur belle forêt. De vous à moi, ils s’emmerdent un peu pour rien, car les chances que de gentils voyageurs empruntent une artère passant à quelques mètres du nid d’une roussette dinosaurienne sont tout de même assez minces… D’autant que l’armée ne parvient pas à renvoyer Gyaos dans son trou, forçant Gamera à s’en charger. Et c’est parti pour un bon petit match à la mode UFC (pour Ultimate Fighting Championship), sans les cages, les mecs en slips et les prises casseuses d’épaules, mais avec deux gloumoutes de la taille de la tour eiffel redoublant d’efforts pour faire un maximum de dégâts. Yeah !

 

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Pas la peine d’avoir fait six années d’étude en Kaijuologie pour remarquer que le script de Gamera vs Gyaos n’apporte pas de grands changements à la mythologie de notre héros aux dents longues. Tous les éléments ici présents faisaient en effet déjà partie du précédent chapitre : Gamera passe du péril sur pattes au paladin sauvant la veuve et l’orphelin, un Giant Monster nettement plus méchant que lui vient ruiner d’innocentes vies, cela s’échange des coups de parpaing et s’envoie des flammes ou autres super pouvoirs pas possibles, tandis que l’humanité déploie toute sa variété. On retrouve donc l’agaçant petit garçon à casquette ne jurant que par Gamera, sa grande sœur aimante totalement inutile au récit, de bons gars tentant d’aider leur prochain, des traîtres, des lâches (un journaliste abandonne le marmot dans une grotte en plein éboulement) et des scientifiques tentant de découvrir qui est Gyaos, pourquoi il est sorti de terre et comment le pousser à y retourner. Same old shit ! Reste que s’il connait si bien la chanson qu’il peut nous la réciter les yeux fermés, Noriaki Yuasa semble décidé à la raccourcir un brin. Sans doute conscient que son public commence à en avoir sérieusement marre de se taper les interminables débats de laborantins perplexes, il décide d’abréger ces discussions aux sourcils froncés. Tant mieux car l’on finissait par se demander comment ces blouses blanches pouvaient connaître toute la tuyauterie de Gyaos alors qu’ils ne l’ont rencontré qu’une fois et n’ont bien évidemment pas eu la chance de le disséquer. Les nouvelles informations sur le nouvel adversaire de Gamera, Yuasa préfère les faire passer par l’image et non par de longs tunnels de dialogues. C’est ainsi au fil des combats que nous découvrirons toutes les caractéristiques de ce vague cousin de Rodan (difficile de ne pas penser que la Daiei a pour le coup un peu copié sur sa voisine la Toho…) : il peut ainsi regorger des lasers tranchants, balancer une poudre jaunâtre par son nombril, créer de violentes bourrasques avec ses ailes, n’aime pas du tout la lumière, ne sort donc que la nuit et ne se nourrit que de sang humain. Gyaos, le dieu des vampires ? On peut le dire ! C’est d’ailleurs à lui que revient l’insigne honneur de faire le spectacle, volant quasiment la vedette à Gamera, ce Bela Lugosi de quinze mètres apparaissant dès le premier quart d’heure de métrage et ne quitant jamais la pellicule plus de dix minutes, revenant régulièrement pour ajouter un nouveau méfait à sa liste. Si son look n’est pas réellement effrayant, les créatures de la franchise Gamera étant souvent assez kawaï, on perçoit nettement les efforts des costumiers pour le rendre menaçant : de petites dents acérées, un regard renfrogné, une peau sombre,… Tout est fait pour montrer qu’il ne faut pas déconner avec ce charismatique saligaud, devenu très populaire au fil des décennies. Preuve en est sa présence à chaque reboot de Gamera

 

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Et le rôle-titre dans tout ça ? Ben il en chie, ma bonne dame ! A croire en effet que le premier jour du tournage a vu Yuasa se lever avec la ferme intention de faire souffrir le pauvre Gamera, pour ainsi dire ravagé par Gyaos. C’est que ce dernier lui sectionne quasiment le bras droit, lui balance de la poudre dégueulasse sur le corps ou le fait chuter de haut lors de leurs joutes aériennes, un apport sympathique à une saga jusque-là plutôt terrestre. Noriaki se montre donc bien plus virulent que par le passé et n’hésite pas à zoomer sur les plaies sanguinolentes de Gamera, si énervé qu’il ira croquer la nuque et arracher les orteils d’un Gyaos pissant dès lors le sang. Presque gory, en un sens, et carrément surprenant venant d’une saga que l’on associe généralement aux plaisirs enfantins, plus « family friendly » que les Godzilla. L’aspect schizophrénique des Gamera ne date cependant pas d’hier et on se souvient du premier film, dans lequel un jeune garnement adulait le colosse alors que celui-ci ravageait les métropoles, créant des milliers de victimes au moindre pas. Rebelote pour le troisième épisode, avec d’un côté quelques saillies gore, et de l’autre un titan de plus en plus gentil avec les tous petits, la menace antédiluvienne ayant clairement muté en une nourrice pleine d’écailles. Ainsi, il faut attendre que Gyaos s’en prenne au jeune Eiichi pour que la tortue de mer daigne se dresser face à lui, sauvant le petit avant de l’amener dans un parc d’attraction désaffecté. La symbolique ne trompe pas, le sous-texte est souligné quinze fois : désormais, Gamera est vachement sympa ! Au point que même les grands n’ont plus peur de sa vieille tronche, l’encourageant lors de ses joutes gargantuesques, ici au nombre de trois. Un joli nombre prouvant la générosité d’un métrage ne manquant jamais d’action au long de ses 85 minutes, d’autant que lorsque nos monstruosités ne se mettent pas sur la gueule, Gyaos s’en va découper trains, avions et voitures avec son laser aux airs de cutter. Un effet dont use fortement Yuasa, visiblement amusé de voir la tôle tranchée ! Un Yuasa par ailleurs très en forme et ayant découvert que la plongée et la contre-plongée donnent de jolis plans, le réalisateur utilisant les techniques à de nombreuses reprises. Une bonne occasion de perdre ses personnages dans de beaux décors le plus souvent naturels, l’atmosphère de vie paisible (enfin, paisible jusqu’à l’apparition de créature de 30 mètres, on se comprend !) au pied du Mont Fuji permettant même aux séquences de débats sur la construction de la route, passages de remplissage par excellence, de ne pas être désagréables.

 

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Alors évidemment, comme tous les kaiju eiga de l’époque, Gamera vs Gyaos accuse son âge et ne peut cacher ses quelques rides. Tous les effets ne sont pas impressionnants, à commencer par le rayon de Gyaos, fort laid, et le costume de Gamera, nettement moins détaillé que celui des nineties. Peu à dire concernant les maquettes, cependant, fort bien foutues comme à l’accoutumée même si elles ne tromperont pas les regards de faucon. L’un dans l’autre, peu à reprocher à cet opus capable d’esquiver les défauts des précédents opus (la couleur est ici plus chatoyante que dans Gamera vs Barugon) et diablement généreux en péripéties. Le résultat est donc sans appel : ce troisième film fait clairement partie des meilleurs de la saga et nous fera rouler sur nos carapaces durant 1h30 !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Noriaki Yuasa
  • Scénario : Nisan Takahashi
  • Production : Hidemasa Nagata
  • Titre original: Daikaijū kūchūsen: Gamera tai Gyaosu
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Kojiro Hongo, Naoyuki Abe, Reiko Kasahara, Taro Marui
  • Année: 1967

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