La Momie Sanglante

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Que tombent à nouveaux les maléfices d’Anubis sur les petites Anglaises ! Et avec Blood from the Mummy’s Tomb, non seulement la malédiction s’abat sur le film, mais elle touche même l’équipe de tournage. La Momie Sanglante, un film maudit ?

 

 

La Hammer et les momies, ça n’a pas toujours été l’alliance parfaite, le mariage par-delà le tombeau secret. Certes, leur première incursion dans les bandelettes, La Malédiction des Pharaons, frappa si fort qu’on en a encore des hiéroglyphes marquées sur la joue, mais les deux suivantes ne furent que de légères griffures de chat serval tout juste sorti de son panier. Pas désagréable, Les Maléfices de la Momie (1964) n’était jamais qu’une reprise en moins inspirée du The Mummy version 1959, tandis que Dans les Griffes de la Momie (1967) frôlait l’ennui tout son long… Alors que le studio britannique réjouissait les fantasticophiles avec leurs séries des Dracula et des Frankenstein, qui ne subissaient aucune fausse note, elle peinait à enfoncer le clou concernant l’horreur à l’égyptienne, celle qui marche de côté. Etrangement, malgré ces échecs relatifs, Michael Carrerras et compagnie ne semblaient pas vouloir refermer le sarcophage à tout jamais, continuant tous les quatre ou cinq ans à revenir se faire une fricassée de scorpions dans les pyramides de Gizeh alors qu’ils ne tentèrent jamais de refaire un film de loup-garou ou d’aller plonger dans le lagon noir… Une envie de dépayser un peu le spectateur, de l’extraire un temps des menaces très européennes qu’ils ont l’habitude d’user ? Peut-être bien. Et c’est sans doute dans cette logique qu’ils décident de miser une fois de plus sur un effroi ancestral surgi du sable fin avec La Momie Sanglante. Alias Blood from the Mummy’s Tomb, un Hammer « moderne » puisque sorti en 71 et jouant le jeu de la contemporanéité vu que le récit ne se passe pas au début des années 1900, comme il est d’usage dans le genre, mais bien dans les seventies. Si la boîte aux monstres colorisés s’évitait du coup le difficile effort de reconstitution, le tournage n’allait pas pour autant être des plus simples, le Nile n’étant pas un long fleuve tranquille. Tout d’abord parce que les deux premiers réalisateurs à qui la Hammer voulait confier le projet ont, semble-t-il, refusé de faire le film : Gordon Hessler (Le Voyage Fantastique de Sinbad, Cry of the Banshee) et Peter Duffell (le très cool La Maison qui Tue). C’est du coup Seth Holt qui écopa du boulot, le réal de Hurler de Peur s’engageant sur un projet en souhaitant visiblement mettre toutes les chances de son côté en embauchant Peter Cushing dans l’un des premiers rôles. Malheureusement, l’ami Pete n’aura pas le temps d’affronter un nouveau zombie égyptien, sa femme venant d’être diagnostiquée comme atteinte d’emphysème, forçant l’acteur à quitter le tournage après un jour de prises de vue. C’est du coup Andrew Keir, connu pour avoir joué le professeur Quatermass quelques années plus tôt, qui reprendra le rôle et se retrouvera sur ce set qui n’a pas fini d’être animé. Car c’est à croire que la malédiction des pharaons s’est abattue sur l’équipe puisqu’après cinq semaines de tournage, Seth Holt décède dans les bras de l’acteur Aubrey Morris, victime d’une crise cardiaque. A Michael Carreras de reprendre le flambeau, se chargeant de la dernière semaine de tournage dans une ambiance que l’on devine lourde… Que d’embûches qui devraient nous aider à diriger un regard aimant vers le produit fini, pourtant loin d’être une réussite absolue.

 

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Voilà bien des cycles lunaires, quelques prêtres passant leur temps à jouer à la belotte dans des pyramides et des catacombes prirent peur. Peur d’une reine nommée Tera, qui fricoterait avec des pouvoirs diaboliques et maîtriserait la magie noire. Pas du goût de nos hommes, qui décidèrent de l’enfermer dans une tombe secrète et de lui couper la main pour la refiler à manger aux chiens errants. Mais tenace, la mimine de Tera continua de se mouvoir et élimina les clebs, tandis qu’un vent maudit arracha les gorges des prêtres dès le rituel terminé… De nos jours, la jeune et jolie Margaret s’apprête à fêter un nouvel anniversaire. Et histoire de lui offrir un cadeau à la hauteur de sa beauté, son vieux père décide de lui passer au doigt un énorme rubis, une bague que l’on trouvait jadis sur la main tranchée de Tera. D’ailleurs, étrangement, Margaret ressemble trait pour trait à la reine des ténèbres endormie sous les dunes, et elle a même une large cicatrice au poignet droit… Bizarre, vous avez dit bizarre ? Un peu mon neveu, et on découvre bien vite que le père de la demoiselle n’est autre qu’un archéologue ayant, avec quelques amis désormais dispersés en Angleterre, découvert le tombeau de Tera. Et si la souveraine s’apprêtait à faire son grand retour via l’enveloppe corporelle de Margaret, justement née à l’instant même où son vieux papa et ses copains découvraient la carcasse, toujours intacte, de la ténébreuse déesse ? Cela ne loupe bien évidemment pas et, aidée d’un chercheur aux sombres intentions, Tera/Margaret se met à chercher les reliques jadis en sa possession, dans l’espoir de retrouver tous ses pouvoirs… Par où commencer concernant La Momie Sanglante ? Difficile en effet de choisir un bout par lequel débuter concernant cette œuvre mineure de la Hammer, plutôt douée lorsqu’il s’agit de souffler le chaud et le froid et ce tout au long de son récit. Ainsi, le métrage débute sur les chapeaux de roue avec une séquence plutôt sanglante, voire gore, pour la maison du gothique anglais. Une jolie demoiselle victime de vieux sacrificateurs, une main sectionnée lancée aux bêtes, le moignon crachant son liquide rougeâtre, le membre toujours vivace et s’étant débarrassé des animaux, une brise loin d’être douce finissant les curetons de Seth,… Comme entrée en matière, on peut difficilement faire mieux ! Mais encore faut-il garder l’excitation du bisseux, alors à son pic. Pas de bol, la dégringolade suit bien vite, la faute à un script un peu trop dense, par ailleurs une adaptation libre de la nouvelle The Jewel of Seven Stars de Bram Stoker. Yep, comme le sympathique The Tomb de Fred Olen Ray, traité il y a peu dans ces pages pleines de glaviots !

 

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Dû à Christopher Wicking, auteur du script d’Une Fille pour le Diable avec Christopher Lee, le scénario s’embarrasse en effet d’un trop grand nombre de personnages, des protagonistes qui doivent bien évidemment être tous présentés un à un. Et cela prend du temps, de revenir sur Margaret, sur son boyfriend, sur son père, sur le collègue louche de celui-ci, sur le docteur flippant, sur la diseuse de bonne aventure, sur le fou enfermé dans un asile ou sur l’archéologue apeuré à l’idée du retour de Tera. Une multiplication des points de vue réellement nécessaire ? Fort peu, à dire vrai, tant la seconde partie du film se contentera d’un banal jeu de massacre, Tera rendant visite à chacun des personnages pour l’occire et lui subtiliser la relique posée sur sa cheminée, chaque personne présente lors de la découverte du tombeau étant repartie avec un petit souvenir. On se demande dès lors en quoi il était bien utile d’en faire autant en matière d’exposition, La Momie Sanglante prenant tout de même près de cinquante minutes à se mettre en marche pour de bon. Si l’on comprend le besoin d’y aller graduellement, voire de miser sur le suspense, on comprend moins cette propension à reculer toutes les scènes horrifiques en fin de pelloche, créant un déséquilibre flagrant au sein du récit, mal rythmé. On ressort donc avec la sensation que Wicking a tout fait pour compliquer (inutilement) un postulat pourtant assez simple, multipliant des antagonismes qui n’aboutiront pas à grand-chose, ne restant qu’une vague toile de fond à l’incidence limitée. Et manque de bol, le tout ne déborde pas franchement d’arguments épouvantables non plus, les séquences meurtrières étant bien trop fauchées pour que l’on puisse y croire. Il faut dire que les idées mortelles de Tera demandaient certains effets spéciaux pas franchement accessibles à la Hammer, la diablesse éradiquant ses cibles en invoquant des animaux liés aux reliques en leur possession. Ainsi, la voyante sera tuée par les coups de griffes d’un félin parce qu’elle garde une statue de chat, le fou sera mordu par un crotale qu’il pensait n’être qu’un bibelot et l’archéologue flippé se fera bouffer par un chien errant parce qu’il gardait dans son armoire un crâne de canidé. Sur le papier, pourquoi pas ? A l’écran, ça ne passe tout simplement pas, le budget étant bien trop serré pour donner vie à ces mises-à-mort : gros plans sur les objets, visages ensanglantés, menaces invisibles et montage plus affolé qu’affolant. La sauce ne prend tout simplement pas et la compassion laisse presque place à la pitié en ces tristes instants…

 

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Rien à sauver dans Blood from the Mummy’s Tomb, alors ? Pas tout à fait puisque le destin de Margaret n’est pas sans saveurs. En effet, depuis qu’elle a une énorme patate écarlate à l’index (car faut voir la taille du bijou, bien maousse !), cette gentille jeune fille mute en une cruelle sorcière, le genre à ne pas hésiter lorsqu’il s’agit de tourmenter des vieillards mouillant déjà leurs pampers en songeant à sa seule existence. Transformer une fille à son papounet en une déesse de la mort dénuée de toute indulgence permet à l’ensemble de se draper d’un voile noir plutôt bienvenu, La Momie Sanglante ne respirant certainement pas la joie. Personne ne semble réellement heureux dans cette Angleterre grisâtre et brumeuse (l’Angleterre, quoi !), les silhouette traversant le brouillard étant soit des êtres vils (les détestables infirmiers de l’asile), soit des victimes effrayées à l’idée qu’une magnifique faucheuse ne vienne les emmitoufler dans leur linceul… Pesant, le climat de ce petit film jusqu’au-boutiste, à la conclusion charbonneuse et cruelle, si réussie qu’elle nous ferait presque oublier que tout ce qui a précédé était plat au possible. Enfin, plat… Sauf la belle poitrine de la Hammer Girl Valerie Leon, bien sûr, également dotée d’un regard envoutant. Cela fait malheureusement fort peu et si l’ensemble se termine sur une note plus que positive, la conclusion ne nous fait pas pour autant oublier les notes dissonantes de la première partie, finalement assez ennuyeuse…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Seth Holt, Michael Carreras
  • Scénario : Christopher Wicking
  • Production : Howard Brandy
  • Titre original: Blood from the Mummy’s Tomb
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Andrew Keir, Valerie Leon, James Villiers, Hugh Burden
  • Année: 1971

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