Les Collines Nues

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Pour sa première livraison de l’année 2017, Artus Films décide virer à l’ouest pour ajouter une ligne à sa collection Les Grands Classiques du Western Américain. Et c’est dans Les Collines Nues que le grizzly du bis va poser sa tente, histoire de participer, à son tour, à la ruée vers l’or…

 

 

Un chapeau sur la tête, un bourricot entre les cuisses, un revolver bien accroché à la ceinture, les cowboys d’Artus continuent leur petit bonhomme de chemin sur les terres arides du western, plantant encore et toujours de nouveaux cactus dans les jardins de nos DVDthèques. Et tout y passe : le western européen (Les Colts de la Violence, Bandidos, Le Jour de la Haine,…), le western humoristique et détendu du lasso (Mort ou Vif… de préférence mort) et bien évidemment les classiques américains (Fort Invincible, Le Fier Rebelle, L’Attaque de Fort Douglas). Sans oublier, bien évidemment, le livre d’Alain Petit sur les règlements de compte sur le vieux continent, les 330 pages de son 20 ans de Western Européen se retrouvant bien évidemment dans tous les saloons. C’est donc dans la même logique éditoriale que Les Collines Nues, alias The Naked Hills, arrive au galop. Une petite production datée 1956, bénéficiant de la couleur et réalisée par le touche-à-tout Josef Shaftel. Touche-à-tout car notre homme ne fut pas qu’un metteur en scène et tâta également de la machine à écrire et de la production, non sans être passé par quelques autres boulots avant cela. Né en 1919, Josef devint un violoniste professionnel dès ses 16 ans avant de virer photographe de guerre, une expérience qui l’amènera sur le conflit israélien en 1948. Une paire d’années plus tard, Shaftel revient en Amérique et embrasse le septième art à pleine bouche. Si l’on se souviendra principalement de lui pour son rôle de producteur (on lui doit, à ce poste, Les Troyennes et la série The Untouchables), il fit néanmoins ses débuts par lui-même. Certes, sa première sortie, une adaptation de Georges Simenon (L’Homme qui regardait passer les trains avec l’homme invisible Claude Rains), ne fut pas de son fait mais de celui d’Harold French, mais la donne changera dès No Place to Hide (1955), qu’il réalise et scénarise. A priori le récit de deux jeunes hommes transportant un virus des plus gratinés jusqu’aux Philippines, une information difficilement vérifiable, les données  sur le métrage étant plus rares que les slows au Hellfest. Reste que l’expérience lui fut sans doute profitable et agréable puisqu’il se lance, une année plus tard, dans The Naked Hills, Série B pas plus documentée et désormais tombée dans le domaine public. On sort le pied de biche, on ouvre la cargaison, on la jette dans nos lecteurs, on chevauche notre canasson et on file vérifier si c’est de l’or ou du plomb que l’on trouvera dans ces fameuses collines nues…

 

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Autant le dire d’emblée : si vous espérez un vrai film d’action à l’ancienne, une déferlante de violence et un carnage sous le soleil couchant, vous en serez pour vos frais. Aucune étoile de sheriff n’est ici tachée de sang, aucun malfrat ne subit le supplice de la potence et aucun indien ne viendra planter son tomahawk dans d’innocentes omoplates. Les Collines Nues n’est définitivement pas un métrage furieux et préfère raconter une histoire prenant des airs de morale, principalement en montrant la descente aux enfers d’un doux rêveur. A savoir le brave Tracy Powell (David Wayne), parti de son Missouri natal avec son meilleur ami Bert Killian (Denver Pyle, l’oncle Jesse de Sheriff fais-moi peur !) pour suivre la folie dorée. En effet, de tous les coins, les hommes quittent leurs foyers pour jouer de la pioche dans le sol, dans l’espoir d’y retrouver milles richesses. Un dur labeur peu récompensé : si ce n’est quelques cailloux, nos deux larrons ne ramassent pas grand-chose, tout juste un peu de poussière étoilée ne valant que quelques cents. Simple homme se voulant souverain, Tracy voit grand et ne peut se contenter de ces miettes de fortune, une ambition le poussant bien vite à s’acoquiner avec de mauvais hommes. A savoir Willis Haver (très bon Jim Backus), banquier avant l’heure, et son acolyte taciturne et malhonnête Sam Wilkins (inquiétant Keenan Wynn), qui plutôt que d’user leurs pelles et leurs paumes préfèrent attendre que de pauvres Mexicains extirpent le pactole de terre pour le leur voler, à grands coups de menaces armées. Pas du goût de Tracy, certes ambitieux mais peu délinquant, qui s’aperçoit en prime que les deux hommes l’arnaquent en ne lui donnant qu’une infime partie des revenus pour lesquels il a pourtant sué et prit de sacrés risques. Refroidi par cette expérience, notre pauvre héros prend la décision d’évoluer en solo, son pote Bert ne croyant déjà plus que la vie se trouve dans ces collines cachant peut-être, ou peut-être pas, une vie meilleure… Et le temps de passer en un claquement de cil, Tracy continuant de chasser les licornes d’or dans la roche tandis que le reste du monde continue de tourner sans lui, Bert devenant même un prometteur vendeur de vêtements chics. Ainsi que le financier de son ami, qui a bien évidemment besoin d’outils et de vivres le temps qu’il va passer dans ces fameuses collines, et donc d’argent, qu’il ne gagne évidemment jamais… Tandis que sa promise passe ses journées à espérer son retour, ses épopées étant longues de plusieurs années, en travaillant à sa place.

 

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Et malheureusement, d’autres ne l’ont pas attendu non plus, à l’image de ce pourri de Haver, devenu une institution par laquelle il est désormais obligatoire de passer si l’on espère un jour découvrir ne serait-ce que quelques dollars sous un buisson. Effrayé à l’idée que la moindre trouvaille sera plus profitable à son ennemi juré qu’à lui-même, Tracy se calme un temps et décide de jouer les fermiers avec sa femme Julie… avant d’être repris par la fièvre de l’aventurier lorsque son chemin croisera celui de l’aviné Jimmo (James Barton), un vieil homme ayant passé, lui-aussi, sa vie à avoir les mains dans la terre. Et c’est reparti pour des fouilles, avec cette fois pour nouvel ami Sam Wilkins, trahi par Haver et très heureux de pouvoir repartir traquer un avenir ambré. Et là, le bonheur : la découverte d’une caverne pleine d’or… Le début de la grande vie ? Plutôt celui des emmerdes… Le message transmis par Shaftel est clair : à trop courir après des chimères, à trop tenter d’attraper ses utopies avec un filet à papillons, on passe à côté de sa vie. Tracy fait ainsi du surplace, tournant autour des mêmes pierres de sa jeunesse à sa vieillesse, finissant par devenir un vieux barbu semblable au Jimmo que l’on prend pour un fou lors de sa première apparition. Les Collines Nues prend donc les airs d’une ode à une vie simple, les contours d’une prise de conscience voulant que les richesses se trouvent moins dans le portefeuille que dans la famille. Consumé par son besoin d’être diffèrent, d’être plus haut que le commun des mortels, Tracy finit par en devenir ridicule, promettant, les yeux hallucinés, que telle montagne cache la caverne d’Ali-Baba dans ses entrailles, que tel mont renferme l’équivalent de Fort Knox dans ses veines. Une morale vieillotte ? Pas tant que ça puisque le rêve américain a toujours cours de nos jours et que bien des jeunes ne rêvent désormais que de parades clinquantes, d’inséminer la jalousie dans le cœur des autres, par tous les moyens. The Naked Hills a donc beau accuser son âge au niveau formel – car on sent bien que le tout date de 56, même si la copie proposée par Artus est plutôt bonne compte tenu de l’ancienneté du métrage – il reste tristement d’actualité dans le fond…

 

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Si Shaftel tente de secouer son héros et ses spectateurs, de leur faire comprendre qu’il serait dommageable de courir sur une route imaginaire ne se finissant jamais, il n’en profite pas moins pour envoyer un petit coup au système, de plus en plus dur pour ceux qui ne s’y adaptent pas, qui ne marchent pas à sa vitesse de croisière. Ecrasé par un monde qu’il ne comprend plus, où rien ne lui appartient vraiment, Tracy, tout pathétique soit-il, n’en est pas moins un insecte remuant dans la poigne de fer de l’insensible Haver, qui fera son beurre des basses besognes des autres. Là encore, difficile de ne pas y voir un couac dans l’évolution et ne pas songer au monde tel que nous le connaissons aujourd’hui… Intéressante œuvre que ces Collines Nues, donc, pas nécessairement un western du même type que les Django (les vrais hein, pas celui que TF1 a raccourci pour diminuer le calvaire de son audience) mais une petite production ne manquant ni de cœur, ni d’intérêt, gardé bien au chaud tout le long de ces 70 petites minutes qui, si elles ne débordent pas de suspens (ce n’est ici jamais le propos), n’ennuient jamais. Car on se demande bien quel sera le sort de notre protagoniste principal, de plus en plus illuminé au fil du récit… Curieux et amoureux des plaines terreuses, laissez-vous tenter, donc…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Josef Shaftel
  • Scénario : Josef Shaftel
  • Production : Josef Shaftel
  • Titre original: The Naked Hills
  • Pays: USA
  • Acteurs: David Wayne, Keenan Wynn, Denver Pyle, Jim Backus
  • Année: 1956
Tags:  , , ,

7 comments to Les Collines Nues

  • Roggy  says:

    Tu es finalement aussi bon pour chroniquer un vieux bis indonésien qu’un western de 1956. Et en plus avec la Rigs’s touch sur QT. Bravo l’artiste 😉

  • Pascal GILLON  says:

    Ouais…C’est vrai ça ! va regarder La Prisonnière du Désert (et pas la Princesse…Inculte !) que je t’ai filé il y a perpète !

  • Pascal GILLON  says:

    Mmmm…je m’en délecte déjà…(mais soigne ton souci avant…;) )

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