The Dead 2: India

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C’est qu’à force de voir les colonies de dépouilles suintantes s’agglutiner dans les villes américaines, tentant de renverser Statue de la Liberté et World Trade Center (trop tard les morts, les vivants ont déjà fait le boulot), on en oublierait presque que l’invasion zombiesque est un phénomène global. Aux frères Ford de nous le rappeler avec The Dead 2 : India, récit d’une invasion au curry.

 

 

Ils sont partout, partout, et viennent nous chercher, Barbara ! Sur nos petits écrans plats via Walking Dead, dans les magasins de jouets via les figurines de Walking Dead, dans nos librairies via les comics de Walking Dead, sur Facebook via les publications des indélicats qui postent des images spoilantes de morceaux de viandes avec la tête d’un personnage décédé sur le paquet ou l’atelier de Greg Nicotero avec, à l’arrière-plan, les têtes fracassées à la batte de certains membres du cast de Walking Dead,… Et même si on parvient à échapper à la vague des Walkers que repoussent vainement Rick Grimes et ses troupes, on tombe nez-à-nez avec Brad Pitt et son World War Z, voire sur des jeux vidéo permettant aux gamers de 7 à 77 ans de faire l’expérience de la survie en milieu décomposé : Left 4 Dead, Resident Evil, Dead Island,… et The Walking Dead version console, bien sûr ! Dans les années 80 les petites têtes blondes faisaient s’affronter leurs tortues de plastique, dans les 90 elles jouaient avec des dinosaures coursant Sam Neil, dans les 2000 elles s’échangeaient des Pikachu contre des Crustabri. Et bien dans les 2010’s, c’est les corps en état de décomposition avancée qui garniront leurs étagères, fièrement posés aux côtés des Iron Man et autres Avengers ! Bref, le mort-vivant, on n’y échappe encore plus difficilement dans la vie réelle que dans la cinématographique, le cinéphile pas spécialement branché macchabé bouffeur de cervelle ayant plus de mal à se libérer de cette emprise mortelle qu’un Ken Foree perdu dans un centre commercial bondé. Black Friday par-delà la mort, bitch ! Autant dire qu’à force de tomber sur des visages rongés par les vers, les monstres des cimetières ont beaucoup perdu de leur effet, devenant finalement des personnages populaires, des Stormtroopers en devenir, que l’on plaquera bientôt sur les bocaux de moutarde avec la mention « Jus de mort de la famille Dixon ». Bonne ou mauvaise chose pour le genre, peu importe, le fait étant que l’habitué finit par être lassé de croiser du crevé à tous les coins de rue, d’autant que le retour en grâce des enterrés a relancé la machine à séries Z. Ensevelis sous les DVD de pelloches aux titres interchangeables et les plus souvent médiocres, copiant généralement un 28 Jours plus tard déjà très surestimé, nous pensions ne jamais revoir la lumière du jour et retomber sur une pépite du niveau de celles des trois premiers Romero ou des Fulci. Et puis, un beau jour de 2010 est arrivé The Dead, petite production sortie de nulle-part et délocalisant son action cadavérique dans la savane africaine. Un dépaysement plus que bienvenu et un véritable voyage mélancolique, juste équilibre entre film de zombies sanglant et épopée personnelle d’un survivant traversant le pays dans l’espoir de retrouver les siens. Une bombe qui ne pouvait bien évidemment pas rester sans suite, les réalisateurs de l’original, les frères Howard et Jon Ford remettant le couvert. Mais le continent africain ayant déjà été ravagé par les revenants, c’est en Inde que prendra place la séquelle, fort logiquement nommée The Dead 2 : India.

 

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Américain parti travailler sur des éoliennes en Inde, Nicholas (Joseph Millson, vu dans le Bondien Casino Royal) se verrait bien rester au pays de Gandhi et continuer à laver ses slips sales dans le Gange. Il faut dire que le zig’ vient tout juste d’engrosser Ishani, une jeune femme de ménage locale, un évènement doué pour le faire rester sur le plancher des vaches sacrées. Mais ce que ne savent pas nos tourtereaux élevés au bon grain de Bollywood, c’est que le virus s’étant répandu en Somalie a voyagé jusqu’à eux et que les morsures infectées se multiplient dans les bidonvilles où vit Ishani, ce dont à vent Nicholas, pour sa part perdu en pleine nature à traficoter de gigantesques ventilateurs… Aidé d’un gamin nommé Javed, notre héros va traverser la campagne indienne pour rejoindre la ville et, si Ganesh le veut, sauver sa dulcinée des ongles incarnés des morts-vivants… Autant dire que l’amateur du premier opus retrouvera ses petits dans le script d’India puisque seul le décorum change réellement : même héros esseulé qui trouvera un compagnon de route temporaire, même voyage quasi initiatique, même besoin de parcourir des terres arides avec à l’horizon l’espoir de retrouver les siens, même danger traînant la patte et sentant bon la mort. Les frangins Ford se gardent donc bien de taper dans le renouvellement, dans le changement d’optique, leur but étant avec cette suite le même qu’avec le premier volet : faire un film de zombies à l’ancienne dans de beaux décors. Et si possible en prenant son temps, celui de bien faire. En somme, The Dead 2 continue de se la jouer old-school et l’on félicitera les deux brothers de ne pas céder à la fatigante mode des infectés galopants, un bon zomblar étant un zomblar lent. Néanmoins, et de manière plutôt surprenante, les réalisateurs décident d’apporter un peu plus d’action au périple de leur protagoniste principal, et même de voir un peu plus grand. Bombardement d’une ville par des avions loin d’être alliés, fusillades sous le soleil, tentative de se frayer un chemin dans des quartiers pauvres totalement encombrés par les nécrosés,… Ce n’est pas Commando avec l’ami Arnold, on est d’accord, mais l’ensemble est tout de même plus nerveux que The Dead premier du nom, comme si les frérots avaient voulu montrer qu’ils étaient aussi bons dans autre-chose que la contemplation de paysages naturels. Malheureusement, on ne peut pas dire que le filmage en mode énervé soit particulièrement leur fort…

 

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Optant dès lors pour une caméra à l’épaule coursant l’action, les Ford font faire le grand écart à The Dead 2, aussi relaxant et ravissant lorsqu’il se repose sur les longues marches de son héros avançant vers son destin que fatigant lorsque la caméra se met à trembler dans le but de dégager de la nervosité. Soyons honnêtes, les scènes où l’on vide des chargeurs dans les fronts couleur caramel des pauvres Indiens zombifiés ne sont pas plus mauvaises que celles d’autres films du même ordre, la série Z de mémoire récente nous ayant offert largement pire. Mais il n’empêche que l’on a la sensation que Jon et Howard ont balancé dans leur sauce un ingrédient qui n’y a pas sa place, un cinéphage se lançant dans la franchise le faisant à priori pour son ambiance, son climat amer de fin du monde… En prime, les Ford ne jouent pas la carte du film de zombie à fond en se montrant plutôt soft, la seule séquence pleinement gore étant celle voyant un père de famille se faire boulotter les entrailles par sa marmaille. Pour le reste, la caméra ne captera pas grand-chose ou si peu, l’objectif quittant les plaies ou les chairs déchiquetées plus vite qu’il ne s’est posé sur elles… C’est pas du Tom Savini, en somme, et vu la tiédeur des scènes horrifiques, on ne peut que se demander pourquoi les Ford ont soudainement décidé de se montrer spectaculaires si c’est pour le faire à moitié… Problème de fric limitant leurs envies ? Envie de livrer un métrage plus accessible que le premier ? Quoiqu’il en soit, ces bastons avec les morts n’ont guère d’impact et il est évident que le meilleur de la bobine se trouve une fois de plus dans ces plages contemplatives, les Ford n’étant jamais meilleurs que lorsqu’ils fixent les beaux décors mis à leur disposition. Cette sensation de monde se transformant peu à peu en enfer, dans les larmes et le sang, reste bien prégnante, même si là encore les Ford foutent en l’air leurs propres efforts en donnant dans la bavardise…

 

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Alors que le premier film était plutôt silencieux, The Dead 2 ne la ferme jamais vraiment, la faute à une multiplication des personnages. De deux protagonistes importants dans le premier chapitre, on passe ici à quatre : Nicholas, le jeune gosse qui l’accompagne, sa nénette en cloque et le daron mécontent de cette dernière. Mécontent car le papounet avait plus ou moins promis la main de sa fille à une autre famille respectable et que ça va sans doute la foutre un peu mal si elle débarque au mariage avec le bide à Depardieu. Une partie non négligeable du métrage est d’ailleurs réservée à ces deux êtres, coincés dans leur bicoque avec leur mère/épouse agonisant dans la pièce à côté. Une bonne occasion de se questionner sur la place de la foi dans un monde peuplé par les goules, sur la réussite ou l’échec de leurs vies, sur leurs relations et regrets. Ce qui est gentil tout plein et devrait sans doute tirer une ou deux larmes aux plus tendres, mais c’est surtout un sacré manque de finesse par rapport au premier opus, qui n’imposait aucune thématique et laissait le silence parler pour ses personnages. Les séquences entre la demoiselle et son père de mauvais poil (faut dire, on ne chanterait pas Golimar non plus si tout notre quartier était occupé par des salopiauds au regard vitreux…) répandent donc un ennui poli mais sont nettement moins gênantes que celles entre Nicholas et le gosse venu le seconder… Car prétendre que ce dernier est fatigant tient de l’euphémisme, le vil marmot nous ramenant à l’époque du bis eighties avec ses mouflet que l’on bafferait bien avec un fer à repasser, façon « Joyeux Noël, Félix ! ». Non pas que celui-ci soit problématique à cause de son jeu d’acteur – même s’il n’a aucune expression et que son doublage anglais fait de lui un sinistre robot-savant -, le problème se situant plutôt au niveau de l’écriture. C’est que les frères Ford voient en Javed une sorte de demi-dieu sachant tout sur tout, véritable omniscience physique de l’Inde puisque ce nabot de dix ans à peine (et encore !) connaît tous les chemins, tous les sentiers et même ce que les gens cachent dans leurs maisons ! On tente vaguement de le faire passer pour un bourlingueur passé d’orphelinats en maisons d’accueil pour justifier ce qui tient presque du don, mais on n’y croit jamais. Sous ses traits de petit homme, de garnement que Nicholas se doit de protéger, se cache en fait un Mimisiku moralisateur, un ange tombé du ciel pour aider Nicholas à faire le point sur sa vie passée, présente et future. Et c’est parti pour une foire aux questions, à base de « Pourquoi t’es venu en Inde ? », « Pourquoi tu as quitté ta petite-amie américaine ? », « Oh elle était enceinte ? Pourquoi vous n’avez pas gardé le bébé ? » et on en passe. Très vite agaçant, surtout lorsque l’on se rend compte de toutes les symboliques que trimballe le chiard sur son dos.

 

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Ne vous y trompez donc pas : Nicholas, malgré son statut de tête d’affiche, n’est jamais le personnage principal de The Dead 2. La star, c’est Javed, véritable centre de ce petit monde ressemblant de plus en plus à une morgue géante. Sans Javed, on pourrait presque dire que le film des frères Ford s’écroule puisqu’ils l’utilisent pour faire passer tous leurs messages. Si le grand et brave Ricain qu’est Nicholas (qui est aussi un héros un peu fade, il faut bien le dire) obtient un statut de sauveur, c’est parce que Javed lui raconte la légende d’un libérateur inattendu, d’un étranger né pour mettre de l’ordre dans le chaos ambiant. Et n’oublions pas non plus ce qui semble être le but premier des frères metteurs en scène : forger des destins, les briser et les reconstituer. Pour les Ford, les destinées sont des autoroutes qui se croisent à l’envie : Javed fut abandonné à regret par ses parents dès son plus jeune âge, sa mère lui refilant même un petit ours en peluche comme cadeau d’adieu. Dix piges plus tard, Nicholas, qui a laissé sa première copine avorter et souffre depuis d’un rhume et d’une culpabilité aigue, voit en Javed une bonne occasion de se racheter, d’autant que lui aussi va être père d’ici quelques mois et qu’il serait dès lors malvenu d’abandonner un gosse, aussi chiant soit-il, aux zombies. Lors de leur périple, les garçons se retrouvent face à un barrage, les militaires abattant toute personne s’étant vue offrir un gros palot bien baveux de la part d’un mort-vivant. Pour prouver que les soldats ne plaisantent pas, un pauvre homme est mitraillé devant le regard peiné et les cris déchirants de son épouse, désormais seule au monde… Malheureusement, quelques minutes de film plus tard, Nicholas et Javed sont séparés, le premier promettant au deuxième de le retrouver. Ce qui sera bien évidemment chose faite lors des ultimes minutes du métrage, le petit étant gardé dans un centre pour les survivants. Dans la précipitation de leur fuite, ils oublient le fameux petit ours en peluche que gardait précieusement Javed, jouet récupéré par la veuve du pauvre type changé en passoire par l’armée un peu plus tôt. Et là, stupeur et tremblements, la dame reconnaît le Teddy Bear qu’elle laissa dans le landau qu’elle abandonné quelques années plus tôt. Vous la voyez bien, là, la symbolique, ses gros sabots et ses grosses flèches en néon rose ?

 

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Lourdingue au-delà du possible et digne des films larmoyants que se tapent la ménagère de plus de 50 ans le dimanche après-midi, en s’épongeant ses neuils parce qu’il y a beaucoup de l’eau qu’en coule ! A se tirer une balle dans les sourcils, donc, et franchement décevant en comparaison avec le premier, plus sur la retenue et par extension bien plus fin. Et puisqu’une bonne partie du fond de The Dead 2 passe par les dialogues, cela annihile également les chances de profiter de longues séquences silencieuses où nos pèlerins solitaires traversent une géhenne de toute beauté. S’il on en retrouve à quelques instants, elles sont désormais bien rares et en prime moins réussies que celle du premier épisode. Pas bien glorieux tout cela, et l’on ne retiendra réellement que quelques séquences marquantes (le parapente, la mère et sa fille coincées dans une bagnole), noyées dans un océan de déception. Ne poussons cependant pas le bouchon trop loin : bien que largement moins réussi que ce que l’on pouvait espérer, l’ensemble reste néanmoins plus réussi qu’une large portion de films de zombies sortis ces dernières années. Mais que voulez-vous, lorsque l’on nous sert un plat de roi en entrée, il est bien difficile de se contenter de vulgaires chips au sel en plat principal… Z’ont pas intérêt à se louper pour le dessert, les frangins…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Howard et Jonathan Ford
  • Scénario : Howard et Jonathan Ford
  • Production : Howard Ford
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Joseph Millson, Anand Gopal, Meenu Mishra
  • Année: 2013

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