Le Guerrier

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Devinette ! Si je vous dis « Aucun pouvoir sur Terre ou en enfer ne pourra l’arrêter ! », vous me répondez quoi ? Sylvester et ses gros gants rouges ? Nan ! Arnold et son blouson en cuir ? Nan ! Jean-Claude et son fessier briseur de noix ? Toujours nan ! C’est de Barry Prima qu’on parle ici, alias Le Guerrier pourfendant l’injustice dans une Indonésie troublée !

 

Attention, quelques spoilers dans le coin !

 

A trop se concentrer sur les mêmes continents, a trop scruter les mêmes territoires, a trop prendre l’avion pour les mêmes péninsules, on en oublie bien souvent que les pays les moins évidents lorsque l’on parle de cinéma peuvent, eux aussi, receler quelques pépites bis, foldingues ou non. Qui aurait par exemple pensé que la Turquie se lancerait dans une entreprise de photocopie des gros succès des années 80 ou que la Grèce avait, elle aussi, son petit catalogue d’hallucinations cinéphiliques ? A trop fixer les states, l’Italie, le Japon ou l’Espagne, on omet donc de reluquer ce que les contrées les plus reculées ont à offrir et il est bien souvent nécessaire de jouer les globe-trotters pour aller déterrer les vrais diamants du bis. C’est donc le chapeau d’aventurier et le sac-à-dos débordant de vivres et de bouteilles d’Evian que l’on part pour l’Indonésie, histoire d’y serrer la pogne d’un certain Barry Prima, nom plutôt inconnu par chez nous (mais pas dans l’antre d’une certaine méduse…) mais résonnant dans la nature indonésienne comme le cri d’un tigre sorti des brasiers de l’enfer. C’est que le Barry est pour ainsi dire une légende, forte de près de 70 films, toujours en activité de nos jours et prochainement à l’affiche du zombiesque Jakarta Undead. Son fait d’arme le plus connu reste cependant Le Guerrier, alias The Warrior, alias (bis) Jaka Sembung, saga aux cinq opus et mettant en scène le rôle-titre, un guerrier vivant dans un petit village constitué de vieilles huttes et combattant l’oppresseur à la force de ses poings. Et un peu avec le tranchant de sa lame, aussi. Grâce aux bons services de Mondo Macabro, bel éditeur yankee à qui l’on doit des fleurons du cinoche déjanté comme Lady Terminator, Mystics in Bali, Les Week-ends maléfique du comte Zaroff ou encore le chef d’œuvre Alucarda, The Warrior peut désormais rejoindre nos étagères et lancer des regards noirs à Gary Daniels et Don « The Dragon » Wilson, auprès desquels il ne fait certainement pas tâche.

 

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Les Hollandais, ils sont pas toujours très sympas et ça, le brave Parmin, également nommé Jaka Sembung (ce qui est un titre honorifique par chez lui pour signifier qu’il en a une grosse paire, pour résumer), vous le dira. C’est que les colonisateurs ne sont pas des plus tendres avec les pauvres Indonésiens, et encore moins avec ceux qui ont le malheur de se rebeller. Ainsi, en guise de punition, Parmin et les siens sont envoyés dans une carrière où ils se feront fouetter le cul pour qu’ils transportent et brisent des cailloux avec plus de vigueur. Un ou deux coups de fouet, ça passe, mais après cinq on commence à en avoir marre et une mutinerie se lance, permettant à Parmin de se faire la malle et retrouver ses amis dans son village reculé. Pas le genre de nouvelles qu’apprécie grandement l’oppresseur en chef, un grand gaillard à la moustache broussailleuse loin d’être décidé à laisser passer cet outrage à son autorité. Dès lors, il engage quelques combattants maîtrisant la magie noire pour qu’ils punissent le fameux guerrier… Cela va du coup se bousculer devant sa porte, tout d’abord lorsqu’un colosse chauve cracheur de feu va venir y frapper virilement, ensuite lorsqu’un sorcier vaudou ira redonner la vie à un batailleur encore plus fort que lui et capable de survivre même lorsque l’on le décapite. Que du beau monde menant la vie dure à un Barry Prima ne souhaitant qu’une chose : vivre en paix. Pas de grandes surprises au niveau stylistique concernant The Warrior : on voit immédiatement dans quel genre d’épicerie on met les pieds et on en ressort bien avec les lèvres qui piquent. Méchants très méchants que l’on combat à mains nues ou dont on taille la barbe au sabre, parcours initiatique pour un héros à la bonté lumineuse ; pas de doute, nous sommes face à un film d’action, option castagne. Mais là où nous dérivons d’une classique cascade de coups de pied, c’est lorsque le réalisateur Sisworo Gautama Putra – là encore une figure importante du cinéma indonésien des 80’s puisqu’on lui doit une vingtaine de films à cette période – prend le parti de miser sur un folklore des plus magiques pour assaisonner son troisième film. Car ça va y aller ! Grande brute quasiment indestructible aux crachats brûlants, sorcier maîtrisant la télékinésie et capable d’utiliser de vulgaires feuilles comme des armes tranchantes, vieux chevelu utilisant ses membres coupés pour éliminer ses adversaires,… Autant dire que les amoureux de l’œuvre de Yoshiaki Kawajiri ne seront pas dépaysés puisqu’on y retrouve cette même propension à envoyer un valeureux héros à la longue tignasse sur le ring pour qu’il s’y fritte avec des êtres maléfiques aux super pouvoirs. L’occasion d’assister à de bien belles scènes, comme une procession menée par un corps sans tête en quête de son sommet, la tronche étant accrochée à un arbre…

 

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Et comme dans les Ninja Scroll et autres Wicked City, sortis bien après The Warrior, le gore s’offre une bonne place, éclaboussant nos écrans au rythme des bouches transpercées par des lances, des décapitations et des ventres entrouverts. Et le tout avec une certaine énergie, Gautama Putra étant de ces hommes que quelques mouvements de caméra n’effraient pas, le cinéaste tentant d’apporter autant de dynamisme que faire se peut aux joutes sanglantes jalonnant l’épopée de son héros. Evidemment, budget serré oblige, certains effets sentent désormais le renfermé, comme ces sauts de quinze mètres sur des trampolines cachés ou via des câbles, mais cela fait également partie des charmes évidents des pelloches d’antan et du cinéma aux bourre-pifs des années 70 et 80. Ainsi, alors que l’on s’imaginait déjà se retrouver face à une bisserie cradingue à l’image similaire à celle de Turkish Star Wars, ce qui n’aurait pas été si déplaisant que ça par ailleurs, Le Guerrier est une Série B techniquement irréprochable, dotée d’une belle photographie et d’un montage loin d’être risible. Traqueurs de « gros vilains nanars », faites donc demi-tour, il n’y a ici point de comédiens ridicules à pointer du doigt, de montage catastrophique devant lequel se gausser, de plans loupés à changer en gif, pas d’effets spéciaux portant à la rigolade. A vrai dire, le seul élément prêtant à sourire se trouve dans les capacités héroïques limitées du personnage principal, pas franchement efficace… Car c’est sur un chemin de croix que s’engage Barry Prima, qui débute le film en étant prisonnier par les Hollandais, qui n’hésitent pas à le gifler comme une fillette. Une fuite et un retour au bercail plus tard, notre pauvre homme n’en est pas plus tranquille puisque le dégueuleur de feu vient lui chercher des noises et lui colle une sacrée branlée. Insensible aux balles et aux coups, le titan envoie valdinguer le brave Barry dans tous les sens. Et c’est quasiment par chance que notre valeureux chevalier parviendra à occire le dragon qui le harcelait, en lui enfonçant un bout de boit dans la gorge. Une pause de courte durée puisque quelques minutes plus tard, Parmin se fait latter la gueule par un sorcier et se retrouve emprisonné dans les geôles des Hollandais, bien évidemment ravis de pouvoir le torturer dans leur temps libre. Ainsi, ils lui arrachent les deux yeux ( !) et lui clouent les mains au mur, histoire de dire que Jésus bah finalement, ça allait encore… Grâce au pouvoir d’Allah (car oui, ça prie durant tout le film ou presque, ce qui est vite gavant il faut bien le dire), Prima parvient à sortir de sa cage et fera une dizaine de pas… avant d’être transformé en cochon par le sorcier qui l’avait déjà vaincu plus tôt !

 

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Désormais changé en un Porcinet cherchant son ami Winnie, on peut s’imaginer que la vie de Parmin sera plus calme. Après tout, il en sera fini de devoir distribuer des tatanes à tous les méchants vilains peuplant ses terres, il pourra désormais se rouler dans la boue en gruikant comme à un concert de grindcore. La belle vie s’offre à lui ? Tu parles, Charles ! Depuis qu’il n’est qu’un jambon sur pattes, il se ramasse les coups de bâtons de tous les habitants de son village. Pire, sa petite-amie s’est pris une balle dans le dos et périt chez un magicien, qui aide Parmin à retrouver son apparence normale. Mais s’il a perdu sa queue en tirebouchon et a retrouvé ses biceps, il garde les yeux crevés, forçant son bon docteur à implanter dans ses orbites les mirettes de sa froide dulcinée. Une séquence d’opération particulièrement dégueulasse plus tard, Prima est fin prêt à reprendre le combat et prend sa revanche sur le sorcier Lego, auquel on peut dévisser bras et jambes sans que ça le dérange. Puisque les sbires sont tous calmés (si ce n’est le mec maîtrisant le vaudou, tout simplement oublié par le récit), le guerrier peut aller apporter le petit dej au lit du chef de la colonie, sans oublier de remplacer les croissants par des coups de genou bien évidemment. Mais même là, contre un banal soldat sans pouvoirs, le Jaka Sembung rame, au point que si une demoiselle ne se mettait pas entre lui et une balle tirée par son ennemi, il serait sans doute en train de se faire manger les couilles par des asticots au moment où j’écris ces lignes. En bref, s’il est bien brave et ne manque pas de charisme (surtout quand il prend des poses de guerrier en tremblotant), Barry Prima tient plus du martyre vaguement cogneur que du gros dur capable de décimer tout un bataillon avec un coupe-ongle. D’ailleurs, avec sa première mort et sa réincarnation, Parmin est un héros des plus christiques, tombé du ciel pour pourfendre l’oppresseur. Un héros que l’on ne prie pas via une bible mais via le DVD de Mondo Macabro, bien évidemment recommandé aux cinéphiles pointus à la recherche de sensations fortes ! Car si ce n’est quelques séquences tirant un peu en longueur, il n’y a ici guère de défauts à épingler, The Warrior se suivant sans bâillements et avec les poings serrés !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Sisworo Gautama Putra
  • Scénario : Darto Juned
  • Production : Gope T. Samtani
  • Titres: Jaka Sembung (Indonésie), The Warrior (USA)
  • Pays: Indonésie
  • Acteurs: Barry Prima, Eva Arnaz, W.D. Mochtar, Dana Christina
  • Année: 1980

4 comments to Le Guerrier

  • Didier LEFEVRE  says:

    Je t’aime

  • Roggy  says:

    Très belle chro pour ce film que je ne connaissais pas mais qui m’a l’air fort sympathique ! Et en plus il y en a 5 🙂

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