Black Mama, White Mama

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« Libéréééeeee, délivrééééeeee » chante à tue-tête cette connasse de reine des neiges parce qu’elle a enfin pu tester ses talons aiguilles dans la poudreuse. C’est que chez Disney, on ne sait pas ce que c’est que d’être vraiment enfermé, alors que les héroïnes de chez Roger Corman connaissent leur petit manuel de la captive rebelle sur le bout des doigts. Et avec Pam Grier et Margaret Markov, on apprend même à s’évader d’un camp de redressement pour vilaines filles !

 

 

Pour le fan de cinéma d’exploitation, de bisseries ou de Séries B, les Philippines sont le plus souvent perçues comme le terrain de jeu de quelques Américains ou Italiens souhaitant monter leurs projets filmiques à des coûts dérisoires. Il faut dire qu’avec l’aide de l’armée, des décors naturels plutôt pratiques, de la main d’œuvre à vil prix, des cascadeurs prêts à se foutre une grenade dans le calbute et des figurants par centaines, il devenait facile d’aller trousser ses invasions zombiesques, ses sous-Rambo II ou ses bandes voyant de jolies blondes ratatiner de vilains bridés. Mais on oublie bien souvent qu’avant ces occupations américaine et italienne, le pays bénéficiait déjà de francs-tireurs donnant vie à leurs douces folies dans leur coin. Comme Eddie Romero, décédé en 2013 dans l’indifférence générale et véritable vétéran du cinéma philippin, lui qui scénarisa et réalisa moult pelloches dès les années 50 avant de connaître un petit tournant dans les sixties via sa trilogie sanguinaire. Soudain tenaillé par l’envie de verser dans le gore et les monstruosités, le Romero (visiblement un nom propice à faire glisser les réalisateur dans l’épouvante…) torche Brides of Blood, The Mad Doctor of Blood Island, Beast of the Yellow Night et Beast of Blood. Soit une tétralogie respectant à la lettre la règle des 3 B : on fait péter les breasts, on libère une beast et on fait gicler le blood. Bien entendu, avec ses monstres mal fagotés, ses comédiennes hurlantes que l’on devine découvertes dans un bar la nuit précédant le tournage et ses effets rustiques, cette série de film flirte plus avec le ringard qu’avec le branché, et tout portait à croire que le pauvre Eddie allait rester coincé dans sa verdure à filmer des gloumoutes s’acharnant sur leurs proies. Mais les étoiles se sont finalement alignées au-dessus du crâne du copain Romero, sa faculté à tourner des films qui se tiennent (à défaut d’être de grandes réussites) attirant comme de juste l’attention d’un certain Roger Corman, toujours partant pour placer sous son aile des oisillons capables de faire un boulot correct en un minimum de temps et avec de la petite monnaie. Romero, avec ses tournages pas loin de mériter l’adjectif « guérilla » ne pouvait donc que taper dans l’œil de Tonton Roger, qui avait décidé voilà peu de délocaliser ses tournages sur l’archipel pour profiter de ses nombreux avantages financiers. Et c’était parti pour une série de WIP, pour Women in Prison, de derrière les fagots : The Big Doll House, The Big Bird Cage, The Hot Box,… Jamais les prisons, le plus souvent primitives et bien entendu situées dans des pays chauds, n’avaient été aussi peuplées ! Et c’était d’ailleurs les mêmes prisonnières que l’on finissait par croiser de l’une à l’autre, les Pam Grier et autres Margaret Markov disposant pour ainsi dire de leurs cellules réservées. D’ailleurs, c’est encore une fois nos deux femmes fortes qui retournent en zonzon pour les besoin de Black Mama, White Mama, tourné par Romero en 1972 !

 

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Tout oppose Lee Daniels (Pam Grier) et Karen Brent (Margaret Markov) : la première est noire, la deuxième est blanche ; Lee est une prostituée vulgaire, Karen est une révolutionnaire plutôt cérébrale. Pourtant, une chose les unira très vite, à savoir la chaîne posée à leurs poignets dans la prison pour femmes dans laquelle elles viennent d’être incarcérées pour leurs délits respectifs. Bien que la vie n’y soit pas si rude, si ce n’est un enfermement chaleureux dans un cagibi de fer laissé au soleil, Karen compte bien mettre les voiles pour retrouver son équipe de rebelles. Sachant d’ailleurs qu’elle dispose d’informations importantes, la police demande à lui parler, moment que choisit son petit-ami leader des dissidents (Zaldy Zshornack, aussi dans The Hot Box) pour attaquer les fourgons de la prison et tenter de libérer sa dulcinée. Ce qui ne réussit qu’à moitié puisque si Karen et Lee peuvent en effet échapper à l’emprise de leurs gardiennes, elles ne parviennent néanmoins pas à rejoindre la troupe contestataire, la police arrivant pile au mauvais moment. Désormais lâché dans la nature, notre duo se voit forcé de se frayer un chemin jusqu’à la ville. Plus facile à dire qu’à faire lorsque l’on a au cul la police, un hors-la-loi payé par les flics pour traquer nos minettes (Sid Haig, alors en pleine vague de WIP) et le plus grand trafiquant de coke et de prostituées du pays, ce dernier en voulant sérieusement à Lee de lui avoir subtilisé une grosse somme… Souvent classé comme une pelloche se déroulant entre les murs froids et gris d’une taule pour midinettes, Black Mama, White Mama est moins un WIP que ce que l’on pourrait imaginer ou espérer. Certes, Grier et Markov font en effet leurs premiers pas dans les geôles, mais cela ne dure guère : vingt petites minutes après le départ, nos beautés quittent le gnouf et s’embarquent dans un survival d’action, tentant de semer les chiens baveux, les violeurs bedonnants, les sbires d’un mac violent ou des cowboys lancés à leurs trousses. Nous sommes donc moins dans Les Evadés que dans Les Traqués de l’An 2000, auquel on pense de temps en temps, même si Eddie Romero ne tombe pas non plus dans un délire pas possible. C’est d’ailleurs le principal reproche que l’on pourra lui faire : lorsque l’on a déjà posé ses pupilles écarquillées sur ses fleurons gore passés, comme Brides of Blood par exemple, il est aisé d’attendre du présent métrage plus qu’un film d’action pépère. Certes, c’est violent (certains personnages principaux passent de vie à trépas et les impacts de balles sont accompagnés de jets de peinture rouge bien épais) et les moyens engagés permettent à l’ensemble d’être une bonne petite série B bénéficiant de son lot d’explosions, de tôle froissée et des chargeurs vidés. Mais voilà, on espérait tout simplement plus qu’un actioner, aussi cool soit-il.

 

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D’ailleurs, Romero semble meilleur dans la partie WIP de son film, les vingt premières minutes de Black Mama, White Mama étant également les plus réussies. Bien sûr, ça aide bien que toute une ribambelle de demoiselles s’y retrouvent sous les douches pour se frotter le dos ou se rentrer dans le lard, le tout sous l’œil complice d’une matonne se cachant derrière un mur pour reluquer les formes rebondies de ses détenues. On ne peut que la comprendre, voir Pam Grier faire ballotter ses jolies rondeurs ne pouvant que faire tourner la tête au plus frigide des cadavres… Plaisantes, ces vingt minutes voyant les filles prendre la température de leur nouvelle demeure aux barreaux, ces baignades, ces invitations au sexe lesbien par les gardiennes du pénitencier, ce châtiment voyant les héroïnes crever de chaud dans un clapier d’acier planté sous le soleil,… On se sent bien, finalement, avec ces séquestrées forcées de couper l’herbe et le bois dans les champs, et l’on en viendrait presque à regretter que Karen et Lee quittent leur cachot, délaissent le huis-clos érotique pour une chasse à l’homme somme toute assez classique. Non pas que les premières scènes débordaient d’originalité – après tout, c’était du WIP banal – mais on sentait Romero un poil plus inspiré que lorsqu’il doit filmer des fusillades dans la brousse. D’ailleurs, puisque les tits sont remballés et que les relations troubles avec les surveillantes sont laissées derrière, c’est surtout les profils des salauds coursant les nanas que l’on verra mis en avant. A ce niveau, on ne peut que féliciter Vic Diaz (The Big Bird Cage), très à son aise en trafiquant passant ses journées à se faire masser les pieds par de pauvres filles dénudées, le tout avec pour spectacle la torture d’une autre, électrocutée au niveau des seins. Monsieur sait comment s’amuser. Big up aussi à Sid Haig, très bon en salaud sympathique, rôle qu’il traîne d’ailleurs toujours de nos jours. Véritable cowboy faisant son beurre via la prostitution et divers trafics, le saligaud n’hésite pas à se taper les deux filles de l’un de ses hommes, quasiment sous ses yeux. Il faut dire qu’il a le don de vous faire sentir plus bas qu’une merde de chien malade, le regard de l’acteur passant constamment de la menace sérieuse et létale à la franche bonhommie. Trop souvent réduit à son rôle du Capitaine Spaulding, Haig nous rappelle ici quel grand acteur il était avant de cachetonner dans des Séries B et Z sans grand intérêt…

 

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Si le verdict semble mitigé par la faute de ce changement de genre arrivant un peu trop tôt, il ne faut cependant pas louper Black Mama, White Mama, bon action-WIP-blaxploitation profitant de l’esprit Corman. Comprendre par-là que l’on en a pour son argent et que ce qui était promis se retrouve bel et bien à l’écran. Reste que le vrai bon point est et restera la relation entre Grier et Markov, tendue au début puis, comme dans tout bon buddy movie qui se respecte, nettement plus chaleureuse. Et puis, le charme des deux félines permet, une fois de plus, de nous faire taire sur le manque de dinguerie de l’ensemble. Un bon film, donc, mais pas nécessairement ce que l’on attendait de Romero après ses dégueulasseries précédentes.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Eddie Romero
  • Scénario : H.R. Christian
  • Production : Eddie Romero, John Ashley
  • Pays: USA, Philippines
  • Acteurs: Margaret Markov, Pam Grier, Sid Haig, Zaldy Zshornack
  • Année: 1973

2 comments to Black Mama, White Mama

  • Roggy  says:

    Je me souviens de ce film et de l’avoir apprécié (et pas que pour les actrices, je te vois venir !). Dans le genre, ce « Black mama, white mama » est plutôt réussi au final, je suis d’accord 🙂

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