American Nightmare 3: Elections

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Here we go again… De retour sur nos écrans pour la troisième fois, l’une des franchises modernes les plus lucratives du petit monde de l’effroi – bien évidemment ordonnée par le désormais tout-puissant Jason Blum – qu’est The Purge tente de prolonger le cauchemar américain. A voir si le mauvais rêve ne sera pas pour le spectateur, néanmoins

 

 

La philosophie de Jason Blum semble simple : tant qu’on en a sous le capot, que les autostoppeurs daignent aligner quelques billets pour monter sur le siège-arrière et qu’on ne crève pas un pneu en route, on fonce ! Dès lors, en seulement quatre petites années d’existence, la série des American Nightmare a déjà eu tout le loisir de devenir une trilogie, son réalisateur/scénariste historique James DeMonaco sortant le troisième opus en 2016. Il faut dire que le principe même de la saga se prête à toutes les séquelles et préquelles imaginables, les The Purge ayant été jusqu’ici des spin-offs déguisés, des histoires partageant un univers commun (soit celui d’une Amérique dystopique où tous les crimes, et surtout le meurtre, sont permis et encouragés, un jour de l’année seulement) mais des personnages différents. Ainsi, le premier métrage se glissait dans les coussins de cuir d’une petite famille attaquée par de jeunes richards désireux de voir le sang couler le long de leurs machettes, tandis que le second contait les mésaventures de quelques démunis tentant de survivre dans les rues du massacre, aidés qu’ils étaient par cet apprenti Frank Castle qu’est le vengeur Leo Barnes (l’excellent Frank Grillo). Du home-invasion nous passions au survival urbain, et des riches poseurs d’alarmes dans des baraques encastrées dans la banlieue dorée, nous sautions aux minorités rencontrant toutes les difficultés à joindre les deux bouts. Et ces changements étaient voués à devenir réguliers, à être perpétués par ce troisième volume, à la base pensé comme la description filmique de la toute première purge, celle permettant aux yankees d’évacuer toute leur agressivité lors d’une nuit de folie. Mais, surprise, Frank Grillo semble partant à l’idée de reprendre du service, à celle de repartir éclater les masques de jeunes en manque d’attention partis faucher leur prochain, cette bonne nouvelle changeant les plans de DeMonaco, dès lors déterminé à offrir une véritable suite à The Purge : Anarchy, le précédent volet. Ce sera chose faite avec The Purge : Election Year, alias American Nightmare 3 : Elections par chez nous.

 

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Si le jour de la purge est attendu comme la Noël par une horde de sauvages ravis à l’idée de pouvoir laisser éclater leur animalité en tuant voisins, passants et mères de famille, tout le monde n’apprécie pas forcément l’idée. C’est le cas de la sénatrice Charlie Roan, belle blonde jadis mère de famille dont la tribu fut décimée par un maniaque qui profita grassement de ces quelques heures où tout est permis. Du coup, la politicienne, qui se présente au poste de présidente pour les élections à venir, compte bien annuler cette nuitée endiablée, au grand désarroi du camp opposé, loin d’être décidé à se laisser faire. Ils vont même répliquer, envoyant un commando armé jusqu’aux dentsau domicile de Roan la nuit de la purge, dans le but de s’en débarrasser sans avoir à attendre un scrutin favorable. Par chance pour la dame, elle a parmi ses gardes du corps Leo Barnes, ancien vigilante rentré dans le rang et bien décidé à la protéger, coûte que coûte, puisqu’il voit en elle le meilleur moyen de mettre fin à cette fête démente où pleuvent les sacrifices humains. Dans leur fuite, ils rencontreront Joe (Mykelti Williamson, Bubba le fan de crevettes dans Forrest Gump), tenancier d’une petite épicerie, son employé hispanique et leur amie Laney, qui fait partie d’un groupe de rebelles tentant, eux aussi, d’annuler la purge. Une fine équipe lâchée dans une jungle peuplée de sombres félins aux griffes acérées… Par où commencer concernant The Purge 3 ? Par l’évidente bonne tenue visuelle, tout d’abord : on sent que les dix millions de budget furent bien utilisés puisque la photographie est fort belle, les acteurs connaissent leur job et parviennent à rendre leurs personnages attachants (sauf la sénatrice, trop belle pour être vraie, mais on y reviendra), la réalisation est des plus correctes et sait même se montrer inspirée lorsqu’elle se met à filmer des jeunes fous aux costumes imaginatifs, le rythme du métrage ne laisse guère le temps de souffler,… Techniquement et formellement, rien à reprocher à une bande qui n’avait de toute façon pas le droit à l’erreur : en sortant des usines Blumhouse, pour ainsi dire devenue la plus luxueuse des maisons entièrement consacrées à l’épouvante, American Nightmare 3 ne pouvait bénéficier de la même indulgence que l’on peut apporter aux Séries B. En ce sens, le pari de DeMonaco est tenu puisque visuellement, sans être à se tordre une pupille, le métrage est suffisamment séduisant pour mériter d’être dans la cours des grands. L’ennui, c’est que le reste ne suit jamais…

 

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C’est presque devenu une ritournelle : la saga de James DeMonaco en promet toujours plus qu’elle n’en offre, son joli principe, aguicheur au possible, n’accouchant jamais que de petits divertissements loin d’être mémorables. Ainsi, The Purge premier du nom n’était jamais qu’un médiocre home-invasion peu palpitant, à base de « Cours au grenier, je vais me cacher à la cave ! », tandis que le second opus, bien que meilleur que son aîné, ne parvenait jamais à dépasser son statut de survival regardable mais trop gentil pour titiller quelque fibre que ce soit. Rebelote pour la troisième entrée dans le sujet, ces Elections ne favorisant guère l’érection… La faute à son concepteur, le grand James, visiblement un éjaculateur précoce balançant la sauce à la moindre caresse. C’est bien simple : dès qu’une idée bandante fait son apparition (et il y en a à la pelle ici), elle est emportée par les torrents de semences du metteur en scène, incapable de se retenir plus de trente seconde et obligé d’évacuer toute séquence en un temps records pour pouvoir vite passer aux 15 000 idées qui attendent sur ses notes. Des touristes maquillés comme l’Oncle Sam, la Statue de la Liberté (en version néon) ou en Abraham Lincoln déboulent avec leurs armes blanches ? Ils ne tiennent pas une minute debout ! Des pépées avec des masques malsains arrivent en ville avec des bagnoles enlacées par des guirlandes lumineuses (c’est joli, il faut bien l’avouer) et commencent à se trémousser comme sur un clip de Beyoncé en proférant des menaces ? Elles se font écraser en moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire. Une guillotine est installée dans une ruelle ? Temps de présence à l’écran : 3 secondes. Un drone au look vachement cool course la sénatrice et Grillo dans les petites ruelles ? Là encore, c’est bien vu, mais ça ne porte à rien… Dans le genre frustrant, ça se pose là, et on se sent tout con à chaque fin de bonne idée, nous qui hurlions déjà « Ca y est, ça arrive, ça va tuer, j’ai mes chips au sel, mon Fanta agrumes, les pantoufles au pied, ça peut démarrer ! Yihaaa ! ». Et plouf, ça retombe comme une merde molle dans une cuvette. Comme emporté par sa direction artistique absolument magnifique, DeMonaco oublie qu’avoir des protagonistes bien lookés ne fait malheureusement pas tout et ne propose absolument aucune séquence mémorable. Pas une ! C’est même la foire au déjà-vu, avec un final se déroulant dans un parking, une timide fusillade se concluant par un mano a mano sans réel intérêt. Entre-temps, un commando coursera nos héros, façon Die Hard du pauvre, sans la maîtrise de l’action ou de l’humour. Juste la redite ! Alors le tempo étant enlevé, on n’a pas réellement le temps d’y penser sur le moment et c’est une fois le DVD remis dans son boîtier que l’on se rend compte que, finalement, on est tellement resté sur sa faim qu’on en a le nombril qui chante du Morbid Angel en allemand !

 

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On le sait, cependant, notre auteur n’a pas que des envies de divertissements, ce qui le pousse sans doute à négliger l’aspect « action bis » de ses métrages pour mieux se pencher sur son discours politique, plutôt porté sur la gauche. On le pressentait déjà clairement avec The Purge 2, dans lequel les gens de couleur des bas quartiers se faisaient trouer l’épiderme à la sulfateuse par des soldats commandés par le gouvernement, ravi d’utiliser le système de la purge pour faire baisser la pauvreté de manière drastique. L’ensemble était des plus manichéens, avec ses gentils Noirs et ses méchants Blancs, mais on pouvait fermer les yeux sur ce détail puisque Anarchy était, l’un dans l’autre, un ride assez sympathique. Mais Election Year étant quelques franches coudées en-dessous, il est nettement plus ardu de ne pas soupirer devant l’aspect binaire de son discours, si caricatural qu’il en devient gênant, à plus forte raison en sortant l’année des élections américaines. Ainsi, la gentille sénatrice, que l’on perçoit bien vite comme une Hillary Clinton de fiction avec le corps de Kim Basinger en option, se bat contre de vilains catholiques de droite, qui ne s’appellent pas Donald mais ça aurait pu. La première est bien évidemment un modèle de vertu et de bonté, elle fait signe aux petits enfants, s’intéressent aux autres, surtout s’ils sont dans le besoin, quand elle se mouche c’est des fraises tagada qui lui sortent du pif et ses pets sentent la lavande. Quant aux seconds, ce sont des hystériques, bien évidemment catholiques, qui se regroupent dans une église pour sacrifier junkies et sdf, le tout avec de grands sourires hypocrites. Et puis ils sont vieux, aussi, et eux leurs pets sentent la vieille merde de chien trop restée au soleil et quand ils se mouchent c’est des putains de choux de bruxelles fumants qui roulent de leur renifloir. Bref, c’est des fous furieux, ricanant en commettant leurs meurtres (faut voir le prêtre débitant du drogué pour le croire, on est quasiment dans la parodie pure) et prêts à toutes les bassesses pour parvenir à leurs fins, là où l’héroïque sénatrice se refuse à user de perfidie pour dormir à la White House. Qui traîne dans ma forêt abandonnée de temps en temps sait fort bien que je ne suis pas franchement un grand ami des catholiques, c’est même un euphémisme, mais le portrait fait des gens de droite et des croyants crédules (pléonasme, je sais) n’aide clairement pas le propos général du métrage tant il sent la vision politique enfantine, version Facebook. Et rien ne contrebalance ce portrait peu flatteur, toute personne du camp Trump (ou son équivalent, ici nommé Le Pasteur, ce qui en dit déjà long…) étant un chacal puant alors que rien ne semble entacher Roan. D’autant plus dommage que DeMonaco lui avait pourtant trouvé des origines intéressantes : quelques années plus tôt, un désaxé prenait sa famille en otage et lui proposa de désigner qui il devait épargner. De toute évidence, puisqu’elle est toujours en vie de nos jours, elle s’était choisie et sacrifia les siens, un élément changeant un peu la donne la concernant. Pourtant, le réalisateur ne fait rien de cet élément, oublié aussi vite qu’il est apparu… Rageant.

 

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Et Grillo, dans tout ça ? Malheureusement pour nous, le charismatique bonhomme avait plus de classe plus dans la défroque d’un apprenti Punisher que dans celle d’un Max Payne tentant de sauver les miches de sa patronne. S’il en impose encore, c’est cependant le minimum, et le comédien semble ici éteint, ne croyant déjà plus en son personnage, pour le coup effacé par le gros Joe, nettement plus sympathique. N’empêche que les bons points ne sont pas légion et qu’à part de timides « m’ouais », peu de sons sortent de nos bouches lors de la séance, et certainement pas des cris de joie et d’allégresse. Une pensée s’impose dès lors rapidement : ne serait-il pas temps pour DeMonaco de voyager vers d’autres terres et laisser son bébé dans d’autres mains ? C’est que The Purge 3 sent clairement la resucée, proposant en moins bien ce que le deuxième opus balançait déjà, tandis que le discours devient de plus en plus enfantin et involontairement drôle. De toute évidence, on tient là un nouveau coup d’épée dans l’eau et une galette que l’on ne ressortira qu’à la semaine des quatre jeudis… Dommage, ça s’annonçait si bien.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : James DeMonaco
  • Scénario : James DeMonaco
  • Production : Jason Blum, Michael Bay
  • Titre original: The Purge : Election Year
  • Pays: USA
  • Acteurs: Frank Grillo, Elizabeth Mitchell, Mykelti Williamson, J.J. Soria
  • Année: 2016

2 comments to American Nightmare 3: Elections

  • Roggy  says:

    Tu sais que j’aime bien le film pour son côté décérébré et série B sympathique. Je trouve aussi que formellement et visuellement ça fonctionne bien. Après, je comprends ta frustration (légitime) sur le fait que DeMonaco passe à côté du potentiel de son film et la fin pas folichonne. Perso, je ne me suis pas ennuyé, c’est déjà ça :=

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