The Tomb

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Long time no see, Fred ! C’est qu’il nous manquait, le vieux Ray, heureusement de retour par chez nous avec dans les pognes l’une de ses vieilles VHS. Soirée magnéto dans la crypte avec ce The Tomb, qui fut l’occasion de marier le réalisateur d’Hollywood Chainsaw Hookers avec Bram Stoker ! Improbable union ?

 

 

Le gaillard pourrait découvrir le vaccin contre le sida, régler le problème de la faim dans le monde en inventant l’arbre à hamburgers ou réduire drastiquement la pollution en construisant une machine transformant le plastique en coulis à la cerise, rien n’y fera : la place de Fred Olen Ray dans l’Histoire sera éternellement celle d’un sombre zédard venu encombrer les étals avec ses productions foireuses. Ainsi, pour bien des cinéphiles, y compris ceux de la galaxie bis, Fredo et ses amis Jim Wynorski, David DeCoteau et Tim Kincaid peuvent bien partir aux encombrants, histoire de laisser toujours plus de place aux Hooper, Bava, Fisher, Craven et consorts. Qu’importe ! A mes yeux, Fred Olen Ray a toujours été synonyme de promesses. La faute en grande partie au premier volume des Ze Craignos Monsters de Jean-Pierre Putters, le créateur de Mad Movies se fendant d’un article sur l’auteur de fleurons comme Evil Toons ou Scalps. Et bien entendu, dans une bible se penchant majoritairement sur les œuvres gothiques des 30’s, sur la SF ringarde des 50’s ou sur les monstres de la Hammer et compagnie – soit des métrages relativement softs pour les standards modernes – il était forcé pour le jeune garçon d’une dizaine d’années d’être impressionné par les quelques photos illustrant le papier. Les robots en berlingots, les extra-terrestres avec des balles de ping-pong en guise de globe-oculaires, les hommes-loups au poil soyeux, c’est bien gentil mais aux yeux d’un gosse des années 80, ça ne peut concurrencer des toons violeurs, des prostituées débitant leurs clients à la tronçonneuse ou des démons dégoulinant de pus ! Alors oui, à l’arrivée les pelloches de notre petit artisan ont moins de gueule qu’au départ, lorsqu’elles ne sont encore qu’une belle jaquette, un résumé aguicheur et trois clichés triés sur le volet. Pas la peine de se leurrer, les promesses n’étaient pas toujours tenues… Mais rien n’y fait : on revient toujours avec le sourire à Fredo Land, le parc à thèmes où l’on reste souvent planté dans la file d’attente durant un bon moment, où les attractions grincent un peu trop pour que l’on soit pleinement rassurés, mais où l’on s’amuse toujours. Ou presque ! C’est donc avec l’assurance que l’on va passer une agréable soirée que l’on se projette dans l’aventure The Tomb, sorti en 1986 et à première vue l’une des plus importantes productions du Fredo puisque désormais dans le catalogue de la MGM. Excusez du peu…

 

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Après ses escapades spatiales à la Star Wars (Prison Ship), son Alien pas tout à fait du même bois que celui de Ridley Scott (Biohazard) et son Indien aussi fantomatique que sanguinaire surfant sur les Vendredi 13 (Scalps), il était temps pour Ray de verser dans le sous-Indiana Jones. C’est en tout cas ce que veut nous faire croire la jaquette, qui nous présente fièrement un musclé portant le chapeau d’aventurier, une mitraillette dans une main et une jolie blonde dans l’autre, blonde qui n’est autre que Sybil Danning. A l’arrière-plan, tout un attirail égyptien fait de pyramides, de sarcophages et de sphinx, avec les visages de John Carradine et Cameron Mitchell pour montrer qu’on a de la star au casting. Et puis, pour rappeler aux goreux qu’on ne manque pas de gloumoute, on dessine une petite démone sur la gauche, histoire de ne pas se couper de son public cible à trop vouloir en attirer un autre, plus grand. En somme, on s’attend à voir un ersatz du Dr. Jones jouer du fouet dans des labyrinthes sablonneux, sauvant le monde, ou tout du moins un coin de désert, d’une terrible malédiction. S’il y a du vrai là-dedans, principalement concernant les calamités à empêcher, il y surtout beaucoup de faux, le rapprochement avec l’œuvre de Steven Spielberg s’arrêtant aux prémices du récit. On y croit néanmoins, au départ, lorsque l’on voit débouler cet habitué du réalisateur qu’est Richard Hench (il était déjà dans Scalps, Biohazard et Prison Ship) sur une piste d’avion, tandis que débarque la Danning (profitez-en, sa présence ne dépasse pas les 3 minutes de métrage) pour un échange de grigris sacrés. Evidemment, l’un tente d’arnaquer l’autre et ça se termine avec des hommes de main sortis de nulle-part et disposés à faire voler les pruneaux. Une explosion d’avion (après quelques tirs seulement !) de grenades plus tard,  notre héros nommé David Manners et l’un de ses amis suivent un guide venant de découvrir un tombeau, décidés qu’ils sont à faire des fouilles dans la tombe. Tombe qui semble être un portail vers un château européen tant l’intérieur donne l’impression d’être tombé dans le salon des Montmirail ! Pour dire, la statuette du Hello Kitty du Nile et le sarcophage posés dans un coin font presque tâche tant on s’attend à voir débarquer le Prince Lu à tout instant, mais qu’importe ! Dans tous les cas ça ne choque en rien Manners et ses amis, qui se mettent à piquer des bibelots, nos zigotos sachant fort bien qu’ils n’auront aucun mal à aller les revendre au plus offrant. Car non, les bonnes valeurs d’Harrison Ford n’ont pas voyagé jusqu’aux personnages imaginés par Kenneth J. Hall (scénariste de plusieurs autres Ray mais également concepteur d’effets pour Critters, Carnosaur ou Puppet Master 4 et 5), en bonne majorité des pourris seulement attirés par l’arôme des billets verts. C’est donc la bouche en cœur que nos profanateurs récoltent toute breloque en lien plus ou moins direct avec la mythologie égyptienne, non sans réveiller l’obligatoire momie ronflant dans la pièce.

 

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Une Mummy I’d Like To Fuck par ailleurs, puisqu’incarnée par la vieille copine du réalisateur, la toute en forme Michelle Bauer. Si elle a au départ le teint gris de Michael Jackson, l’haleine d’Yvette Horner et la gueule de Susan Boyle en version Evil Dead – soit la tronche que l’on est en droit d’imaginer à une pépée qui vient de passer une éternité entre quatre planches – elle reprend néanmoins vite des couleurs en tuant les malheureux perdus aux pieds de son lit d’or. C’est que la cocotte, Nefratis pour ne pas la nommer, est une sorte de comtesse Bathory à l’orientale : de son vivant, elle pratiquait des sacrifices de demoiselles pour s’offrir la jeunesse éternelle. Dès lors, une canette de sang frais et la démone perd ses rides, redevenant la bombasse des temps anciens ! Pas du goût de Manners tout ça, le gus prenant ses jambes à son cou dès qu’il retrouve son guide décapité et son meilleur pote avec une veine jugulaire en moins. Retour à Beverly Hills du coup, où il pourra revendre les objets fraichement acquis à Cameron Mitchell, ici un égyptologue soucieux de découvrir tous les secrets de Nefratis pour pouvoir devenir immortel à son tour. Inutile de dire que le papy est très heureux de pouvoir enfin poser ses paluches sur plusieurs ustensiles nécessaires pour avoir une peau que 150 bains au lait d’ânesses ne lui offriront jamais. Pour Manners, c’est pas la grande joie par contre. Effrayé et déprimé par ce qu’il a vu au Caire, notre pauvre homme végète toute la journée, picolant comme un Depardieu, sortant des bouteilles de bière de partout (un gag récurrent du métrage) quand il ne passe pas tout son temps au bar du coin. Il aurait d’ailleurs tort de rester dans son appartement miteux alors que se trouve à deux pas de sa porte un pub où gigote une strip-teaseuse habillée en flic et avec des nibards monstrueux !

 

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Et pourtant, même là notre pauvre homme ne peut être tranquille, deux Men In Black se mettant à lui chercher des noises et créant une bagarre dans le bar. Comme dans tous les bars des eighties, vous me direz. Une course-poursuite sous les ponts et dans un cimetière de trains plus tard, on finit par se dire que notre pote Fred a visiblement bénéficié d’une certaine largesse pour tourner, les décors étant finalement assez nombreux et variés. Bon, inutile de préciser que l’on reste dans le cheap et que vous ne risquez pas de voir des plans en hélicoptère d’Hollywood et ses entourages, mais lorsque l’on sait que Ray a souvent shooté ses œuvres dans deux pièces et un couloir, disons que The Tomb prend des airs de production cossue en comparaison. Plus une petite série B qu’un gros Z malfamé, en somme… Et après ce petit regain d’énergie et ces quelques séquences d’action sans doute présentes pour rapprocher un peu l’ensemble des Aventuriers de l’Arche Perdue, l’horreur reprend ses droits avec l’arrivée de Nefratis dans le trou à rats de Manners. Toujours de mauvais poil après son réveil forcé, elle décide de faire de l’alcoolique son esclave en lui insérant sous la peau un scarabée qui ira se loger sous son épiderme. Oui, un peu comme dans La Momie version 90’s, mais en nettement plus trash tout de même ! Malheureusement, alors que l’on se dit le sang va couler à flots ininterrompus, le métrage décide de freiner d’un coup sec. Le tempo enlevé de la première partie, tout sauf chiante, laisse ainsi la place à des tunnels de dialogues entre archéologues, une bonne occasion de revenir sur les origines de la diablesse des sables et de rappeler qu’on adapte très librement le roman Le Joyau des sept étoiles de Stoker. C’est donc parti pour une longue vente aux enchères des objets appartenant à Nefratis, que l’on échange, que l’on réclame, que l’on met en jeu. Cameron Mitchell tente ainsi de récupérer ceux qu’il lui manque à coups de négociations tandis que de nouveaux héros, notamment le fils d’un chercheur tué par la déesse, courent voir John Carradine, spécialiste des divinités et légendes égyptiennes. D’ailleurs, tout comme la blonde Sybil, le vétéran de l’horreur n’apparaît que le temps d’une scène, histoire d’encaisser un chèque facilement acquis en déblatérant quelques grandiloquences dans un vieux bureau boisé. Ca jacte encore et encore, donc, avec de temps à autres un petit happening de Michelle Bauer, venue arracher un cœur ou utiliser ses super pouvoirs, dessinés à même la pellicule dans la grande tradition des micro-budgets des 80’s. D’ailleurs, plus on avance dans le récit, plus le feu d’artifice se fait éclatant, Nefratis balançant des boules de feu comme dans un bon épisode de Dragon Ball Z, cette énergie négative désintégrant les fous tentant de l’empêcher de sacrifier une donzelle… Un petit regain d’énergie bienvenu après la profonde léthargie dans lequel The Tomb s’était enfermé juste avant…

 

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En tout logique, avec un début et un final fendards mais un ventre mou des plus bedonnants en son centre, cette variation tout en couleurs du mythe de la momie ne peut que laisser une impression mitigée. Ni parmi les meilleures œuvres de son réalisateur, ni parmi ses pires, The Tomb représente finalement bien son cinéma : empêtré dans des longueurs dommageables, le spectacle n’en est pas moins divertissant et se trimballe toujours cette douce odeur de produit VHS. Bien sûr que ce n’est en rien génial, bien sûr que la réalisation du Fredo est plus pratique qu’artistique (on notera cependant une bonne bande-son, mélangeant synthpop et mélodies orientales), bien sûr que les acteurs ne repartirent pas avec un Golden Globe dans le slip (encore que Cameron Mitchell, bien qu’en pilotage automatique, a de beaux restes)… Nous sommes très clairement dans la catégorie des films à unique destination de l’Horror Addict en manque, qui trouvera ici de quoi se détendre après une longue et dure semaine, lors d’un Freaky Sunday où une pizza aux poivrons lui chauffera les pieds tandis qu’une bonne canette de Pepsi lui refroidira les boules !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Fred Olen Ray
  • Scénario : Kenneth J. Hall
  • Production : Fred Olen Ray, Ronnie Hadar
  • Titre fr: Le Mystère de la Pyramide
  • Pays: USA
  • Acteurs: Cameron Mitchell, Michelle Bauer, Richard Hench, Suey Stokey
  • Année: 1986

2 comments to The Tomb

  • Roggy  says:

    Excellente chro l’ami. J’ai vraiment ri, notamment pour ta description de Michelle Bauer :). Tu m’as même donné l’envie de voir de le voir parce que ça a l’air quand même bien gratiné.

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