Black Christmas

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Quoi de beau sous le sapin aux boules dorées ? Quel beau cadeau soigneusement emballé se trouve sous les pins ? Le Black Christmas de 2006, pardi ! « Noooon » hurlent les allergiques aux remakes ! Mais « Ouiiii » crient les amateurs de bon slasher !

 

 

Attention, ça spoile dans la casa !

 

Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes. Alors qu’il y a pour ainsi dire un monde entre 1974 et 2006, le petit univers du slasher ne semble pas avoir tant évolué que cela comme le prouve la sortie de Black Christmas, remake du classique et pionnier du genre emballé par le trop sous-estimé et regretté Bob Clark. Un Clark qui devait sans doute être loin de se douter qu’il posait l’une des premières pierres d’un édifice prêt à crever le ciel, toujours en construction de nos jours, malgré un ralentissement de la part de ses ouvriers. Et un Clark qui ne nous aurait sans doute pas crus si nous lui avions dit dans les seventies que sa petite pelloche d’exploitation, son petit suspense horrifique, allait devenir un vrai classique que l’on rebootera trente ans plus tard. Ainsi allait la mode à l’époque, tout psychokiller ayant fait plus de 5000 entrées dans les seventies ou eighties se voyant obligé de passer sur le billard en vue d’un petit lifting, histoire de pouvoir l’envoyer parader dans la cage aux adolescents. Vendredi 13, Le Bal de l’Horreur, Meurtres à la Saint ValentinTerreur sur la Ligne, Halloween, Maniac, Douce Nuit, Sanglante Nuit,… Tous y ont droit, tous les boogeymen des bois ou des campus ont ressorti leur arsenal et sont repartis triturer les entrailles de la jeunesse américaine ! Aucune raison que Black Christmas n’y passe pas à son tour, offrant un nouveau tour de piste macabre aux fêtes de fin d’année… Et le tout avec le bon Glen Morgan aux commandes, réalisateurs/scénariste là encore assez peu reconnu des cinéphiles sanguinaires malgré son apport au genre : scénariste et producteur des premiers Destination Finale (pas franchement la franchise la plus dégueulasse survenue lors de la décennie précédente…), a réalisé le très chouette Willard avec Crispin Glover, lança la série X-Files (pas ma came mais on ne peut minimiser l’importance du feuilleton), Millenium… Pas vraiment un CV de petite bite, et pourtant le Morgan fut jadis perçu comme un mauvais, un soldat qui s’est trompé de front en partant sur celui des remakes, alors terriblement mal vus dans les années 2000 (non pas qu’ils soient acceptés désormais, mais disons que c’était pire avant). Et ce n’est pas en s’attaquant à l’un des plus estimés avatars des seventies – décennie intouchable pour beaucoup, alors qu’elle a, comme toutes les périodes, son lot de films cacateux – que le pauvre Morgan allait inverser la tendance. En prime, le gus a été s’acoquiner avec les deux pires chacals du milieu : les frères Weinstein. Bien connus des services se penchant sur les cas des enculés de leur race, les frangins sont ce qui se fait de pire en matière de pratiques honteuses de producteurs détestables, et vont encore une fois prouver leur talent en la matière sur Black Christmas

 

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Car le pauvre Glen Morgan n’a pas eu le travail facile avec les deux « amoureux » du cinéma sur le dos, les zouaves assis sur leurs montagnes de billets ordonnant au réalisateur de rajouter une grosse dose de gore dans son projet. Pas franchement du goût du Glen, ami proche de Bob Clark, ici co-producteur, auquel il veut rendre un hommage sincère en respectant l’esprit du film d’origine, pas franchement une boucherie collant les abats aux murs. Mais pour les Weinstein, les envies de leur réalisateur n’ont aucune importance et il fera ce qu’on lui dit de faire, dans le cas présent y aller à fond dans le trash, époque du torture-porn oblige. C’est qu’il faut être juste derrière Saw et Hostel en 2006, soit ne pas hésiter à en faire trop et pousser le public pubère à sortir son sac à vomi durant la séance… Ironie du sort, l’un des slasher qui fonctionnera le mieux lors de cette vague de remakes sera le très prude Le Bal de l’Horreur, classé PG-13 et à peu près aussi violent qu’un épisode de Bob le Bricoleur. Autant dire que si l’on avait laissé faire Morgan, peut-être aurait-il pu accoucher d’un succès avant même que Prom Night n’arrive, coupant l’herbe sous le pied à la soirée dansante. A l’inverse, Black Christmas sera un relatif échec : si la mise est récupérée, la bande peine à trouver son public et fait un résultat fort médiocre… Ce n’est pourtant pas faute d’avoir appâté le chaland, Harvey Weinstein s’arrangeant pour que soient tournées de nouvelles séquences à destination des trailers, histoire de renforcer ceux-ci et leur donner un peu plus de peps, laissant penser que ce Noël noir déborde d’action. Et bien entendu, toutes ces scènes sont absentes du produit fini, créant une petite vague de mécontents, sentis floués par les pratiques plus que douteuses de Dimension, qui n’en est plus à ça près… Des emmerdeurs, le film en croisera d’autres, quelques associations chrétiennes n’appréciant pas que l’on fasse un divertissement venant pervertir l’esprit des fêtes. Oui, exactement comme dans les eighties avec Douce Nuit, Sanglante Nuit, à son époque également emmerdé par les culs-bénis considérant la journée du petit Jésus comme intouchable. Qui plus est sorti au moment où les sapins s’illuminent, cette production de 9 millions de dollars (pas énormissime mais tout de même un budget quand on cause de slasher) s’attira donc les foudres des bien-pensants sortis de leur église… Et puisque cette publicité gratuite n’aida pas à remplir les salles, Morgan retourna à ses premiers amours : la production et la scénarisation, ne touchant plus une caméra si ce n’est pour un épisode d’X-Files. Black Christmas est-il si mauvais que ça ? Méritait-il de recevoir les crachats enrhumés et les boules de neige des fantasticophiles peu versés sur les remakes ? Non, clairement pas !

 

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Comme de juste, les prémices des deux films sont partagées : quelques demoiselles vivant dans une sorority house s’apprêtent à fêter Noël avec plus ou moins de dignité (celle que l’alcool leur laissera…) tandis que souffle au dehors une rageuse tempête de neige. Et c’est précisément ce 24 décembre que retentit le téléphone, le combiné laissant s’échapper la voix nasillarde d’un maniaque proférant des menaces et laissant présager qu’il a déjà commis des meurtres dans l’entourage de nos nénettes. Pire : le sagouin serait déjà dans la maison, justement connue pour avoir été le théâtre d’un massacre Grand-Guignolesque resté dans les annales… C’est que plusieurs décennies auparavant vivait ici la famille du petit Billy, pauvre gamin au teint jaune détesté par sa mère et dont le seul soutien venait de son brave papa. Pas de bol, ce dernier se fit fracasser le crâne par l’amant de sa femme, qui avait décidé de refaire sa vie avec son nouveau jules, poussant Billy à vivre reclus dans le grenier comme une bête affamée. Mais mauvaise surprise pour notre daronne : son nouveau mec bande plutôt mou, lui donnant l’idée que si elle veut un mec bien dur, elle ferait mieux d’aller voir du côté de son fiston, alors en âge de serrer une poitrine dans le creux de sa main. Quelques incestes plus tard naît Agnes, gamine au faciès disgracieux et au mental de travers, chouchoutée par sa mère tandis que son grand-frère/père est toujours cloîtré dans le froid débarras. La jalousie montant, Billy décide de s’octroyer une petite descente au salon pour donner ses bons vœux aux siens : il arrache un œil à sa sœur/fille et le mange, transperce le crâne de son beau-père et fracasse la gueule de sa reum avec un rouleau à pâtisserie ! Et pour finir, il arrache des lambeaux de chair du corps inanimé, leur donne la forme de petits bonshommes de Noël, les balance au four et mange le tout au pied du sapin ! Joyeux Noël à tous et paix sur le monde, quoi… Reste que Billy était jusque-là enfermé bien au chaud dans un asile et qu’il profite des fêtes enneigées pour se faire la malle, histoire d’aller ruiner d’autres festivités… C’est donc à nos jeunes donzelles qu’il s’en prend et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles vont le sentir passer !

 

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Si Morgan tente de laisser planer un mystère (inutile car on devine tout immédiatement) quant à l’identité du tueur, nous n’en ferons pas autant vis-à-vis de la qualité du film : Black Christmas, nommé Black X-Mass aux States, est un très bon avatar du slasherisme, pour ne pas dire l’un des meilleurs de son époque. On repère d’ailleurs bien vite que nous serons bien puisque la réalisation suinte la classe. Qu’on se le dise : les deux échecs successifs de Willard et du film qui nous intéresse aujourd’hui nous ont fait perdre un réalisateur qui avait tout pour devenir un grand, si on lui en avait laissé le temps. Photographie parfaite laissant les éclairages de Noël fendre l’obscurité totale des lieux, idées visuelles convoquant les meilleurs instants de Dario Argento, climat polaire bien rendu (on sent que tout le monde se les caille !), plans bien pensés et découpage jamais paresseux,… Pas loin d’une Rolls Royce pour le genre, et l’on regrettera juste un montage un peu trop cut ne permettant pas toujours de saisir l’action, notamment lors du très bordelique climax. Ambitieux, il nous montre trois personnages coincés entre les murs de la maison, chacun à un étage diffèrent, tandis qu’un quatrième protagoniste est à l’extérieur et tente de créer une brèche. Le genre de séquence demandant une certaine clarté au niveau de la réalisation, un sens de la topographie affuté, malheureusement impossible lorsque votre monteur, sans doute télécommandé par Harvey Weinstein, passe d’un plan à l’autre tous les quarts de seconde… Mais si ce n’est cette bévue dommageable, rien à redire sur le strict plan formel, Morgan offrant ici le plus beau slasher de ces dix dernières années, haut la main ! D’ailleurs, sur le fond, il fait aussi ce qu’il peut et se montre volontaire derrière son clavier, notre homme étant également le scénariste attitré. Conscient que l’original a été vu et revu par toute une horde de fans portant des masques renversés de William Shatner (fans alors très occupés à vomir sur le remake alors qu’il n’en était qu’au stade de l’écriture, ce qui faisait bien rire l’actrice Mary Elizabeth Winstead, ici au casting), Morgan fait ce qu’il peut pour déjouer les attentes. Ainsi, en lieu et place d’un unique tueur, le métrage s’en offre deux qui se relayent pour faire un maximum de victimes en un minimum de temps. Cela marche d’ailleurs plutôt bien sur le strict plan du tempo : quatre claqués dans les quinze premières minutes, le reste des troupes tombant encore et encore à un rythme régulier par la suite. Pas le temps d’aller placer l’étoile au-dessus du conifère, Black Christmas ne laisse pas l’occasion de souffler et c’est tant mieux !

 

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Par contre, Morgan trébuche lorsque vient le moment d’assurer le suspense : soucieux de brouiller les pistes au maximum, il décide de se reposer sur un grand nombre de personnages. Et il en crée sans doute une paire en trop, d’autant que ces demoiselles toutes coiffées pareilles (brunes aux cheveux longs, avec une blonde dans le groupe pour dire que…) n’ont pas réellement le temps de laisser surgir leurs caractéristiques, trop profondément enfouies. En surnombre, ces protagonistes se partagent des miettes de dialogues et aucune personnalité ne parvient à s’extraire de l’effet de groupe, au point qu’aucune héroïne véritable ne se dégage réellement. Si Katie Cassidy se distingue légèrement et est un peu mise en avant suite à une histoire parallèle avec son copain qui la trompe, ce n’est que de peu, la demoiselle ne semblant pas être plus à l’écran que ses comparses. Difficile, voire impossible, de s’attacher à ces fantômes aux cheveux longs, mais le mal va jusqu’à ronger le récit dans son entièreté : disséminant malgré tout des données sur chacune et sur la très dense histoire de son boogeyman, Morgan finit par noyer le spectateur dans les informations et loupe son exposition. On avance un peu dans la brume, on ne comprend pas réellement quels sont les liens entre toutes ces donzelles, on se mélange dans les noms… En somme, les clefs tardent un peu à arriver pour ouvrir la porte de Black Christmas et Morgan a la chance d’être un excellent réalisateur, le public pouvant se raccrocher aux branches visuelles. En prime, s’il est venu pour se payer une tranche de brutalité, il l’aura : nombreux yeux arrachés à travers un sac poubelle (des scènes d’ailleurs très méchantes), sucre d’orge planté dans une gorge, stalactite traversant une tronche, corne de licorne en verre plantée dans des globes oculaires,… Il y a de quoi faire et même si l’on sait que Morgan renie plus ou moins le film pour son aspect schizophrénique, coincé qu’il est entre sa volonté de suspense et son gore teinté de second degré, force est de constater que ce dernier attribut favorise grandement l’aspect divertissement de l’ensemble. Et contrairement à ce que pense Morgan, ces deux pôles pas si opposés se marient plutôt bien et refilent une saveur particulière à l’ensemble, nous faisant même passer un fort bon réveillon… Que demander de plus, surtout quand le casting sent déjà l’horreur (Katie Freddy remake Cassidy, Mary 10 Cloverfield Lane Winstead, Kristen Destination Finale Cloke, Andrea Black Christmas 74 Martin, Crystal Destination Finale 3 Lowe,…), si ce n’est un retour de Morgan ? Si le Père Noël me lit, qu’il nous le ramène sur son traineau et le colle sur un plateau…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Glen Morgan
  • Scénario : Glen Morgan
  • Production : Glen Morgan, Steve Hoban, Dawn Parouse,…
  • Titre: Black X-Mas
  • Pays: USA
  • Acteurs: Katie Cassidy, Mary Elizabeth Winstead, Oliver Hudson, Kristen Cloke
  • Année: 2006

2 comments to Black Christmas

  • Nazku Nazku  says:

    C’est vrai que ce remake de Black Christmas est bien sympathique et je ne comprends pas pourquoi les fans d’horreur ne l’aiment pas plus que ça. Avant de le voir j’avais mes préjugés, me disant: oh non, encore un remake merdique. Mais en fait non, c’est un bon slasher avec plein de bonnes idées. Pas parfait, mais bon quand même. J’ai même fini par l’acheter (après l’original, bien entendu). Super critique comme d’habitude. Joyeux Noël et bonne année. En espérant lire encore d’autres bonnes critiques. 🙂

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