Douce Nuit, Sanglante Nuit 2

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Le sapin a les boules ! Et pour cause : chaque année un Petit Papa Noël maléfique descend du ciel avec des sévices par milliers, n’oubliant jamais de venir ruiner les petits souliers. Le barbu criant « Ho ho homicide ! » avant de vous fendre la gueule à la hache de Douce Nuit, Sanglante Nuit revient, et il est encore plus mécontent qu’auparavant !

 

 

Certes, Douce Nuit, Sanglante Nuit premier du nom ne fut pas un succès retentissant sur les grands écrans. Certes, toujours, il fut la cible de quelques mères de famille n’appréciant pas que l’on vienne souiller l’image du gros barbu tout de rouge vêtu en en faisant un taré étranglant l’adolescent impur avec des guirlandes de Noël. N’empêche que le métrage de Charles Sellier Jr. fut visiblement une bonne opération une fois les comptes finaux faits, les ventes en VHS ayant sans doute renforcé la motivation de quelques producteurs, à priori pas plus portés que ça sur l’esprit de Noël, à remettre le couvert en 1987 avec un obligatoire Silent Night, Deadly Night 2. Un retour dans la poudreuse par ailleurs refusé par Sellier Jr., poussant le producteur Lawrence Appelbaum (le The Alchemist de Charles Band) à se tourner vers Lee Harry, artisan du cinéma de Série B passé sur tous les postes et à la filmographie éparse. Pas une fine gâchette mais un bon ouvrier que son patron suppose capable d’emballer un petit Horror Movie à peu de frais, le budget se situant visiblement autour des 100 000 dollars. Autant dire qu’à ce prix-là, on ne risque pas de se retrouver devant Apocalypse Now… Tournage bouclé en dix jours, comédiens n’ayant généralement qu’un film ou deux à leur actif, scénario vite plié se résumant à une enfilade de meurtres,… Tout est mis en œuvre pour ne pas accoucher d’un chef d’œuvre à l’arrivée, en somme, le but étant ici très clair : sortir rapidement une suite au bon petit slasher qui défraya la chronique en 1984 tant que les jeunes s’en souviennent, tant que son nom signifie encore quelque-chose et vaille la peine que l’on y accole un petit numéro 2. Ainsi, on ne se foule pas trop et les décideurs, en vue d’économiser un peu de papier vert, pensaient reprendre une ou deux scènes du premier film et les insérer dans cette suite, l’histoire d’origine étant alors prévue pour n’être que le délire d’un garnement enfermé dans un asile. Mais les nombreux scénaristes (pas moins de quatre !) décident d’écrire quelques vignettes se concentrant sur la jeunesse de notre homme, vignettes qui finiront par redéfinir le métrage, alors nettement relié au récit du premier film. Pour rappel, on y trouvait un pauvre gamin du nom de Billy, alors témoin du meurtre de ses parents, causé par un braqueur déguisé en Père Noël. Une fois adolescent, tourmenté par ces souvenirs douloureux et les sévères punitions de la Mère Supérieure de l’orphelinat où il a atterri, Billy devient un psychopathe ne désirant plus qu’une chose : punir les vilains ! La scène finale le voyait tenter de refaire le portrait de la religieuse, façon tomahawk, une saine mission malheureusement écourtée par l’arrivée de la police, qui tue le pauvre gus. Mais ce dernier avait un petit frère, visible au début du métrage, et c’est précisément le petit, du nom de Richard, qui deviendra le fier héros de Douce Nuit, Sanglante Nuit 2.

 

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On le retrouve d’ailleurs adolescent dans un institut pour dérangés mentaux, en attente d’aller poser son derche sur la chaise électrique qui illuminera sans doute sa fin décembre, le film se déroulant le 24 du même mois. Enfermé et bientôt exécuté pour avoir commis de nombreux meurtres, le frère d’un Billy qui s’était déjà bien fait remarquer à la même période n’a plus qu’une chance pour s’en sortir : un nouveau psy qui décidera plus ou moins de sa responsabilité dans les massacres commis… Bonne occasion pour notre protagoniste de revenir sur son glorieux passé via le procédé du flashback, et surtout une bonne occasion pour nos producteurs de refourguer des scènes entières du premier film, Ricky parlant bien évidemment de son frangin et de ses actes. Et c’est parti pour une compilation des moments les plus marquants du premier film : l’agression des parents par le faiseur de hold-up déguisé en Père Noël, la maltraitance offerte par la Mère Supérieure à un Billy au psychisme de travers, la difficile reconversion de ce dernier dans un magasin de jouets où il doit jouer les Père Noël (il est statistiquement prouvé que si vos parents se font déchausser la cervelle au pied de biche par un clown hilare, vous finirez grimé en Ronald McDonald et distribuerez des Big Mac aux petits têtes blondes), son pétage de câble et ses meurtres, ici tous référencés. Idéal pour meubler gratuitement et étirer la longueur d’un long-métrage bien trop court (d’ailleurs, on augmentera encore ses génériques pour le tirer, péniblement, à 88 minutes). Et c’est donc plus de vingt minutes qui sont réutilisées ici, entrecoupées des discussions entre Ricky et son nouveau docteur des ciboulots, leurs échanges servant d’alibi pour ces incessants retours en arrière. C’est d’ailleurs bien souvent le premier reproche que font les spectateurs à cette séquelle, régulièrement accusée d’être une vaste arnaque en faisant de sa première moitié un simple best-of du précédent essai. Une assertion sans doute basée sur de vagues souvenirs de l’époque de la VHS, puisque ce n’est pas la moitié mais le quart de Silent Night, Deadly Night 2 qui est constitué de reprises du premier volet… Par contre, on comprendra fort bien que cela puisse frustrer le bisseux ayant déjà posé son cul devant Douce Nuit, Sanglante Nuit, même s’il faut également reconnaître qu’assister à nouveau à tous les meurtres, en accéléré, n’a rien de désobligeant. Se remémorer le coup de la luge, le plantage de Linnea Quigley sur une tête de cerf ou la bavure d’un flic venu dessouder un innocent Père Noël devant des gosses terrifiés n’a définitivement rien de problématique si l’on n’a pas vu le premier opus trop récemment…

 

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Une fois que Ricky a fini de s’apitoyer sur le sort de son regretté brother, qu’il est le seul à comprendre, il commence enfin à parler de lui, de son parcours personnel. Adopté à l’âge de douze ans par un couple aimant, son beau-père rend l’âme cinq ans plus tard, laissant Richard dans un état dépressif qui le pousse à s’isoler du reste du monde. Devenu un baroudeur passant son temps libre à la campagne, à traquer les bons coins à champignons, notre calme ado de 17 ans assiste à une bien triste scène d’action entre deux amoureux : le gaillard veut tringler sa bobonne qui, elle, préfère attendre, l’indélicat amant lui collant alors une droite en guise de représailles avant de tenter de la violer. Et notre témoin qu’est Ricky ne peut bien évidemment que songer au funeste sort de sa mère, sexuellement agressée par le Santa Claus qui a ruiné sa vie et celle de son frangin. C’est décidé, à partir de ce jour, lui aussi punira les « vilains », comme ils les appellent dans sa famille ! Et il commence tout de suite en écrasant le salopard battant sa copine avec sa propre voiture. Et ce n’est bien évidemment que le premier d’une longue liste ! Un loubard tabasse un pauvre gars dans une ruelle ? On lui plante un parapluie dans le bide, que l’on ouvre ensuite pour faire ressortir ses entrailles par le dos (c’est con mais ça a le mérite d’être original) ! Un troufion n’arrête pas de jacasser ou répandre son pop-corn lors d’une après-midi au cinéma ? On l’élimine derrière les sièges, en loucedé ! Un agaçant ex-petit ami de la copine de Richard vient ennuyer cette dernière ? On l’électrocute avec les câbles de démarrage de sa bagnole, au point de faire éclater ses globes oculaires ! Et puisque la voiture est là, autant en arracher l’antenne pour étrangler la copine en question (la zolie Elizabeth Kaitan, bien connue des bisseux pour Vendredi 13 part.7, Roller Blade Warriors: Taken by Force ou les Vice Academy), coupable d’avoir connu un autre homme avant notre étalon ! On punit à gauche, on punit à droite, jusqu’à en perdre la tête et tuer le premier venu, forcément coupable de quelque-chose. Au point que Ricky commet un massacre digne de ceux de vos petits frères lorsqu’ils jouent aux GTA sur leur Xbox 360, notre « héros » ayant subtilisé un revolver à un policier et s’en servant pour tirer sur tout ce qui bouge !

 

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Et c’est bien évidemment là qu’il se fait arrêter, le film reprenant son déroulement actuel, avec Ricky en train de raconter sa vie à son nouveau psy, qu’il finit par étrangler avec des bandes magnétiques avant de s’enfuir de l’asile. C’est qu’on en est déjà à une heure de film et les producteurs se sont rendu compte qu’ils n’avaient toujours pas de maniaque portant la barbe et le gros ventre, forçant bien évidemment notre doux dingue à porter le costume pour aller régler ses comptes avec la Mère Supérieure qui a tant martyrisé son frérot. Elle a bien changé d’ailleurs la vioque puisqu’elle a désormais la gueule toute vérolée et ressemble au Double Face de la série-animée Batman des nineties. Pourquoi ce changement, jamais expliqué, d’épiderme ? Tout simplement parce que l’actrice n’est plus la même que celle du premier film, et comme on n’a pas arrêté de montrer la première dans les flashbacks, il faut absolument une astuce pour masquer au maximum le facies de la nouvelle comédienne ! Malin mais pas particulièrement bien foutu puisqu’on voit l’entourloupe à dix kilomètres, la ressemblance entre les deux actrices n’étant clairement pas frappante… A dire vrai, ce changement de casting n’est qu’un menu détail dans la tornade Douce Nuit, Sanglante Nuit 2, déluge incroyable de cheesyness ! Pour vous dire à quel point le film est taré, une scène comme celle du parapluie, pourtant déjà gratinée, passe presque pour inaperçue. Et ça, Mesdames et Messieurs, on le doit au premier rôle, un certain Eric Freeman, auparavant vu dans le premier Les Enfants du Maïs. Oubliez vos Marlon Brando et compagnie, ce sont des amateurs face à ce Freeman, malheureusement effacé par un autre, un certain Morgan, nettement moins remarquable ! Car notre Eric éblouit, irradie l’écran de sa sainte présence, de son jeu dénué de la moindre finesse. Il faut le voir faire ses incroyables mouvements de sourcils, nous offrir avec sa générosité bientôt légendaire ses regards halluciné, tordre légèrement sa bouche en un rictus diabolique, éclatant d’un rire sardonique qu’il finira par laisser s’échapper toutes les dix secondes. De secs « Ah ah ! » lance toujours notre homme, alors très heureux des mauvais coups qu’il vient de jouer à ces vils pêcheurs, qui ne s’attendaient pas à un jour croiser la route d’un vigilante prenant son boulot plus à cœur que le Punisher, encore trop gentil. Un mec qui sort ses poubelles ? Coupable ! Un type qui roule paisiblement sur la route ? Coupable ! Un flic réclamant justice ? Coupable ! Et des pruneaux au plomb pour tous les trois, s’il vous plaît ! Acteur si pathétique qu’il en devient immédiatement génial, Freeman en fait toujours trop ou pas assez, passant en un éclair du débile lobotomisé dormant les yeux ouverts à un diablotin sortant de sa boîte pour vous rire à la gueule, et ce alors qu’il vous vide son chargeur dans le nombril !

 

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Et sans grande surprise, le zigoto a permis au métrage d’acquérir un statut culte, de nombreuses vidéos youtube faites par des fans reprenant les plus beaux instants d’Eric Freeman. Bien évidemment son splendide « It’s Garbage Dayyyy ! », lancé à un pauvre naïf qui pensait sans doute qu’il pourrait sortir ses poubelles dans le calme. Ou son incompréhensible « Mooooooooo ! » qu’il crie alors qu’il s’apprête à lancer sa hache à la tête d’un inspecteur ! Les exemples de punchlines hilarantes sont ainsi légion et il est évident qu’avec un autre acteur à la barre, Silent Night 2 aurait été très diffèrent, Freeman étant de ces « talents » que l’on ne risque pas de recroiser de sitôt, de ces gus capables de nous balancer des prestations tout simplement uniques. Alors c’est bien évidemment pour le pire puisqu’il ringardise le film de A à Z, quasiment à lui tout seul, rendant cheesy un slasher qui était pourtant à la base prévu pour être plutôt malsain, voire déprimant. Superbe BO filant le mouron, ambiance pénible, destins brisés empilés les uns sur les autres, personnages durs, méchant profondément triste et incompris,… Tout était réuni pour balancer sur les écrans un vrai petit psychokiller pas loin d’être glauque, malgré quelques séquences clairement over-the-top, mais un seul comédien (qui a juste été choisi pour son look, un autre plus capable ayant été écarté !) vient faire pencher la balance vers le ridicule absolu ! Et ne comptez pas sur Lee Harry pour contrebalancer : sa réalisation, anonyme la grande majorité du temps, ne se réveille que lorsqu’il peut en rajouter sur la folie de son personnage principal, le rendant presque iconique via quelques mouvements de caméras épiques, qui le transforment en un Leonidas du slasher ! La balourdise à son plus haut niveau, voilà ce que propose Douce Nuit, Sanglante Nuit 2, essai terriblement mauvais mais qui a la chance suprême de tomber dans le so bad it’s good, ce qui lui permet bien évidemment de muter en un divertissement de premier ordre. On se marre beaucoup, les meurtres sont en grand nombre (d’autant qu’ils sont couplés à ceux du premier film) et la petite atmosphère hivernale finit de rendre le tout attractif, surtout si vous n’avez pas de problème à plonger dans la Série B attardée !

Rigs Mord’oh oh oh

 

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  • Réalisation : Lee Harry
  • Scénario : Joseph H. Earle, Lee Harry,…
  • Production : Lawrence Appelbaum
  • Titre: Silent Night, Deadly Night 2
  • Pays: USA
  • Acteurs: Eric Freeman, Elizabeth Kaitan, James L. Newman, Ken Weichert
  • Année: 1987

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