Les Cicatrices de Dracula

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Le roi des fainéants s’offre un retour supplémentaire dans les locaux de la Hammer et ça ne surprendra personne. Car oui, braves gens, Dracula est la feignasse ultime, quelqu’un qui dort toute la journée pour n’ouvrir ses yeux rouges qu’une fois le soleil couché ne pouvant qu’être considéré comme un ado passant ses nuitées devant Jersey Shore ou en boîte pour draguer la belette. Et la drague, ça le connaît le vieux Drac’, qui s’ajoute quelques cicatrices de guerre en se mettant à dos des fiancés jaloux…

 

 

La Hammer, c’est un peu l’éternel recommencement confiné aux sixties et seventies, un interminable rite de résurrection visant à ramener, encore et encore, leurs monstres sacrés. En perte de vitesse à la fin des années soixante, coupable de ne pas avoir su se renouveler à temps, le studio britannique fait alors ce qu’il fait de mieux : sortir les crocs. C’est donc reparti pour un tour morbide à Castlevania : Anthony Hinds, à nouveau planqué sous le pseudo de John Elder, reprend la plume et se fend d’un Les Cicatrices de Dracula tombant dans les pattes velues de Roy Ward Baker. Les vampires, ça le connait le poto Roy, à l’époque déjà derrière un The Vampire Lovers de bonne mémoire, donc ça ne devrait pas poser de problème. Sauf si Christopher Lee n’est pas partant pour remettre sa vieille cape poussiéreuse et errer dans des vieux couloirs en pierre pour une nouvelle fournée sanguinaire, bien sûr… Et qui connaît un peu l’acteur sait fort bien que c’est le cas, Lee étant plus que lassé du personnage, qu’il a interprété un trop grand nombre de fois et qu’il a encore joué ces dernières années chez d’autres que la Hammer, comme Jess Franco. En bref, Sir Christopher en a ras la gueule de se retrouver avec des canines pointues sur les gencives et n’en peut plus du goût de fer qu’il a constamment sur la langue ! Michael Carreras, patron de la firme marteau, pense donc un temps refiler le rôle du Comte à John Forbes-Robertson, qui sera d’ailleurs Dracula dans La Légende des 7 Vampires d’Or, avant de parvenir à convaincre Lee de rempiler. Et ce à grand coup de chantage affectif, Carreras expliquant à la légende de l’horreur que s’il n’acceptait pas de remettre son costume de chauve-souris, bien du monde allait se retrouver sur la paille par sa faute. Pas toujours facile à vivre mais certainement pas une enflure non plus, Lee accepte à contrecœur… Les problèmes ne s’arrêtent cependant pas là, les financiers et distributeurs majeurs abandonnant peu à peu la Hammer et ne souhaitant plus bosser avec Carreras, dès lors forcé de faire son film avec l’équivalent de 200 000 dollars. Pas franchement de quoi reconsolider un prestige fissuré au fil des années…

 

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Et pour ne rien arranger, Hinds ne se foule pas particulièrement une fois flanqué derrière sa machine à écrire, son Scars of Dracula n’étant pour ainsi dire qu’un gros best-of des précédents films. Notre scénariste ne se fatigue même pas à relier le début de ce métrage à la fin du volet précédent, Une Messe pour Dracula, ramenant Dracula à la vie sans se perdre en justifications, une simple chauve-souris aidant le prince des ténèbres à sortir de sa torpeur. Bien réveillé et toujours prêt à foutre la merde, notre immortel maniaque recommence à distribuer les suçons mortels, tant et si bien qu’il se fout encore à dos les villageois vivant non loin de son vieux fort. S’ils prennent enfin leur courage à deux mains et tentent de faire flamber les lieux et se débarrasser du vampire, c’est malheureusement en vain et tout ce qu’ils récoltent, c’est la mort de leurs femmes, tuées dans une église pendant qu’ils étaient absents. Quelques temps plus tard, dans une grande ville située à quelques kilomètres de là, un jeune homme nommé Paul (c’est des Paul depuis trois films chez la Hammer de toute façon…) se fait bien remarquer. Coureur de jupons, le bellâtre couche avec la fille du bourgmestre et la laisse en plan pour aller retrouver une autre amie fêtant son anniversaire, créant de la jalousie au sein du lit. Vexée qu’on la largue pour une autre, la notable crie au viol, forçant son amant à fuir la cité où il est désormais recherché. Et où c’est qu’il atterrit le Paulo ? Au gîte Dracula, bien évidemment, et je peux vous dire qu’il ne va pas repartir en donnant des bonnes notes comme dans Bienvenue chez Nous, le pauvre gaillard se retrouvant enfermé dans la chambre personnelle du monstre. Et il y reste si longtemps que son frère Simon (Dennis Waterman, qui jugeait ne pas avoir sa place dans le film, une pensée partagée par Roy Ward Baker alors que l’acteur est très bien dans le rôle…) et leur amie Sarah (jolie Jenny Hanley), dont ils sont tous les deux épris, décident de partir à sa recherche et braver les dangers ailés…

 

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La rengaine habituelle, en somme, et quasiment le récit de Jonathan Harker étiré sur 90 minutes. Un retour aux fondamentaux ? Un peu puisque Dracula retrouve sa majesté en même temps que la parole, notre roussette infernale se fendant de quelques courtes phrases soulignant son état de noble vicié offrant une hospitalité véreuse. Terminé le comportement de fauve affamé pestant comme un chat à qui l’on aurait volé ses croquettes, Lee peut enfin redevenir un être dont les bonnes manières cachent de sombres desseins. Dracula n’est plus un démon arpentant ses terres en espérant y croiser une vierge perdue et est redevenu un homme, certes pas tout à fait comme les autres, mais un homme quand même. Ce petit retour aux vieilles valeurs n’en cache pas moins une triste vérité : Les Cicatrices de Dracula est le cinquième volet de la franchise et cela se sent. C’est qu’on commence à tourner en rond sur les murailles gothiques, d’autant que le scénario imaginé par Hinds ne fait rien pour éviter le sentiment de répétition, les personnages ne cessant de faire des allées et venues entre le village et la demeure du coléoptère. Au point de donner au tout des airs de sitcom gothique, avec ces portes qui s’ouvrent et se referment pour que se croisent les personnages, façon Les Filles d’à Côté avec Dracula et son serviteur au sourcil unique, au centre d’un triangle amoureux pas permis. Remarquez que tout crétin que cela puisse sonner, c’est ce fameux triangle de l’amoouww qui donne aux protagonistes un peu d’épaisseur et d’intérêt. Car Paul est un baiseur pathologique, forcé de sauter sur tout ce qui bouge, la seule fille qu’il respecte un minimum étant une Sarah par ailleurs attirée par lui. Au grand dam de Simon, frère de Paul donc, également mordu de la blondinette. Elle a d’ailleurs tant de succès que le serviteur du vieux Vlad Tepes finira lui aussi par succomber à ses charmes et se rebeller contre son maître. Et Dracula, au milieu de tout ça ? Il n’en a tout simplement rien à foutre et se présente comme un chasseur abattant le gibier sans se poser plus de questions que cela, notre habitant de la pénombre se contentant de laisser en vie ceux qui peuvent lui être utiles et d’assassiner ceux qui ont le malheur de le gêner. On appréciera la comparaison qui est faite entre lui et les deux frérots, Paul se croyant très séduisant alors que Dracula le bat à plate couture au niveau du charisme magnétique, lui qui n’a qu’à fixer une donzelle pour la voir s’aliter dans son cercueil. Quant à Simon, il est si timide que Drac’ lui passe devant et lui donne une leçon de virilité en portant Sarah sans lui demander son avis, l’accompagnant dans sa chambre alors que son amoureux est là, mal à l’aise et ne sachant s’il doit réagir. Si la sexualité du Comte se veut moins bestiale, son penchant pour la séduction reste intact et se présente avec plus de finesse que par le passé, ses talents de lover étant désormais soulignés par le manque de talent en la matière des autres mâles…

 

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Par contre, ses instincts meurtriers montent en flèche, le pépère de Transylvanie étant ici plus violent que d’ordinaire puisqu’il empale un jeune gland et poignarde une goule à son service qui songeait à le quitter. Dracula n’aime pas l’infidélité, qu’il punit en poignardant encore et encore la demoiselle dans une rage glaçante… Destin similaire pour son servant crasseux, forcé de subir les coups de fouet ou le fer chauffé à blanc sur son dos, devenu un amas de cicatrices et plaies purulentes. Les Cicatrices de Dracula est donc plus brutal que les précédents films et c’est plutôt heureux, Roy Ward Baker se disant sans doute que la maigreur du script peut être rattrapée en tapant un peu de barbaque bien grasse. Pas bête, le cinéma gothique trouvant bien souvent moins sa force dans ses récits que dans ses tableaux. Baker fait dès lors son possible pour créer des séquences mémorables ou se voulant l’être. A ce titre, la séquence d’ouverture est tout simplement parfaite tant elle enchaîne les clichés horrifiques avec une insolence de garnement fier de son mauvais coup. Le film s’ouvre ainsi sur les restes de Dracula, transformé en un sable écarlate sur lequel une chauve-souris vient vomir du sang (!!!), permettant au corps du baron infernal de se reconstituer peu à peu, os par os, tissu par tissu, entrailles par entrailles. C’est au moins aussi bon que c’est con et on tient là le genre de scène que tout fan de cinéma gothique se doit de vénérer, les yeux écarquillés et la bave gluante aux lèvres. Et ça continue après cela, un villageois retrouvant une adolescente morte, poussant le reste de la troupe à prendre les torches enflammées (on sait depuis les Frankenstein qu’ils en ont toujours de planquées dans leurs slibards) pour aller malmener l’ordure démoniaque, qui n’en a rien à cirer car il dort dans une pièce secrète, impossible à rejoindre pour qui ne dispose pas d’ailes. Et pendant que les paysans font cramer le mobilier du vampire, celui-ci envoie ses amies chauves-souris tourmenter les femmes et enfants de ses invités non-désirés. Les animaux vont ainsi attaquer les pauvres demoiselles recroquevillées entre les bancs d’une vieille église, les défigurant et tuant les unes après les autres… Evidemment, après pareille entrée en la matière, Scars of Dracula ne pouvait que redescendre par la suite, la confrontation finale entre Dracula et les jeunots de la ville ne parvenant à aucun moment à retrouver cette excitation des débuts, cette aura maudite. Et ce n’est pas voir Dracula se prendre la foudre et hurler en boucle alors qu’il s’enflamme qui va changer la donne…

 

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Le film de Roy Ward Baker, s’il a ses fans, doit également composer avec quelques déçus avouant que le métrage a bien vieilli. On lui reproche souvent ses chauves-souris peu crédibles (elles ne sont pas plus merdées que dans les autres films et, à titre personnel, je les aime bien !) ou le final grand-guignolesque, ce qui peut se comprendre. Le principal problème des Cicatrices de Dracula tient surtout à sa grande durée ne convenant tout simplement pas à un scénario ne faisant que ressasser les souvenirs des précédents films. Car tout est pour ainsi dire pareil qu’auparavant : James Bernard nous offre une nouvelle variation sur son célèbre thème, Lee sort les crocs comme au bon vieux temps, les aubergistes (Michael Ripper, évidemment !) refusent de renseigner les passants, les demoiselles se font avoir dans les bosquets et la Hammer, après 15 ans de films gothiques, n’est toujours pas foutue de nous balancer des scènes nocturnes crédibles. Same old story donc, pour le meilleur et pour le pire. On reprochera surtout à la bobine de ne rien apporter de neuf, de se reposer sur ses acquis alors que Dracula et les Femmes et Une Messe pour Dracula se permettaient quelques nouveautés. On régresse donc un peu, même si l’un dans l’autre cet ultime opus se passant au temps des montures n’est pas réellement moins passionnant à regarder que les précédentes (je ne préfère pas nécessairement Le Cauchemar de Dracula, pour tout dire). Elle a juste le malheur d’être un cadet qui n’a rien à dire… Mais tant que le travail est bien fait – et il l’est – nous serions bien bêtes de nous en plaindre…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Roy Ward Baker
  • Scénario : Anthony Hinds
  • Production : Aida Young
  • Titre: Scars of Dracula
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Christopher Lee, Dennis Waterman, Jenny Hanley
  • Année: 1970

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