La Comtesse Perverse

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Vous ne savez que faire en cette sombre nuit, en avez assez de végéter devant Chasse et Pêche et ses bons conseils pour plomber le cul d’un daim ou retirer l’hameçon de la gueule d’une truite ? Ca tombe bien, le tonton Jess a justement un braconnage un peu plus excitant à vous proposer…

 

 

Jess Franco a toujours été une sorte d’artiste de la répétition. Ne s’offrait-il pas régulièrement des variations de son classique L’Horrible Docteur Orlof ? Ne faisait-il pas appel aux mêmes comédiens au point de former autour de lui une petite troupe d’habitués ? Ses méthodes n’étaient-elles pas souvent les mêmes également ? Comme celle d’utiliser la monnaie restante après le tournage d’un premier film pour en financer un second à moindres frais, par exemple. Le genre d’idée qui ravit forcément un producteur, toujours heureux d’avoir deux pelloches pour le prix d’une. Et qui laisse toute latitude à Franco de laisser exploser ses pulsions créatrices sans s’embarrasser de considérations commerciales. Le réalisateur peut ainsi faire ce qu’il veut de La Comtesse Perverse (1973), tourné à la suite de Plaisirs à Trois et façonné durant le tournage de ce dernier. Sauf que le producteur, le Français Robert de Nesle, finira par être un peu encombré avec cette comtesse sadique, jugeant le film insortable pour plusieurs raisons : trop court (75 minutes), trop peu de cul (pourtant il y en a déjà en suffisance…), trop spécial et trop noir. Le nabab patientera trois années avant de se décider à balancer le métrage dans les salles, non sans le renommer Les Croqueuses et lui rajouter quelques scènes supplémentaires branchées sexe, visiblement tournées par Franco lui-même. Après tout, peu importe si Monsieur Manera a possiblement ruiné lui-même son propre travail pour satisfaire un producteur et son public érotomane, l’auteur a créé, possède toujours le film original, par ailleurs disponible chez Artus Films dans leur collection consacrée à l’Espagnol. Une occasion supplémentaire de retrouver tout ce qui fait le sel du cinéma du petit barbu à lunettes : un casting d’habitués (Lina Romay, Howard Vernon, Alice Arno,…), des coquines qui se pianotent l’entrejambe, une atmosphère fusionant psychédélisme et lugubre, des décors à tomber et un soupçon de violence décalée. Bienvenido a la casa !

 

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Lorsque l’on vit en ermite sur une île, on s’occupe comme on peut. Et pour le couple Zaroff, Rador (Howard Vernon) et Ivanna (Alice Arno), c’est en pratiquant le plus dangereux des jeux qu’on tue le temps. Et pas que le temps, d’ailleurs, nos amoureux chassant les jeunes demoiselles sur leur péninsule avant de leur couper la tête, la placer au milieu de trophées animaliers et la manger lors de barbecues pas comme les autres. Madame chasse, Monsieur fait rôtir ! Et pour les aider à trouver de la viande fraîche, notre comte et comtesse usent des services de Bob (Robert Woods, également dans Le Mirroir Obscène) et Moira (Tania Busselier vue dans Plaisirs à Trois évidemment mais aussi dans Greta, La Tortionnaire), deux jeunes gens plutôt hédonistes puisqu’ils donnent l’impression de passer leur vie à se prélasser au soleil quand ils ne baisent pas avec des gamines, qu’ils livrent ensuite au couple tordu contre quelques liasses. Tout cela dans le but de pouvoir quitter les lieux, pourtant paradisiaques. Un beau jour, ils tombent sur la non moins angélique Sylvia (Lina Romay, qu’on ne présente plus), aux courbes si parfaites qu’ils ne peuvent que la présenter aux Zaroff, qui sauront apprécier la naïveté de la jeune dinde, dont ils se voient déjà croquer les cuisses… Non sans avoir batifolé avec elle auparavant, bien entendu… Un scénario rédigé par Franco lui-même tandis que le père Vernon s’occupait des dialogues, rédigés dans sa chambre d’hôtel chaque soir, quelques heures avant de reprendre le tournage. Au vu du processus d’enfantement et des méthodes de production se formant sur les restes de la bande précédente, on imagine fort bien que La Comtesse Pervers a tout d’une ode à l’improvisation et que, dès lors, nous faisons face à de la création brute.

 

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Car, comme souvent avec lui, Franco nous livre, sans retenue, de l’art pur plus qu’un film en bonne et due forme : le scénario est mince comme une patte de sauterelle, ne s’embarrasse jamais de questions relatives au rythme, ne cherche ni la plausibilité dans les situations ni dans le jeu des acteurs. Si la facette du Jess qui vous séduit le plus est cette sensation d’irréel découlant souvent de ses métrages, vous serez ici bien servis puisque La Comtesse Perverse a cette douce sensation de rêve. Autant le dire d’emblée : les spectateurs fonçant vers le titre dans l’espoir d’avoir un nouvel avatar des Chasses du Comte Zaroff, un survival brutal et gore tout juste épicé par une pincée d’érotisme, peuvent faire demi-tour sans regrets. Nous ne sommes pas ici dans de l’exploitation classique mais dans du bis artistique, et les éléments horrifiques sont plutôt mis en sourdine, Franco n’étant de toute façon guère connu pour verser dans le trash pur et dur, dans la violence insoutenable. La Comtesse Perverse se place plutôt au rayon des « bizarreries érotiques vaguement horrifiques » puisque la fesse prend clairement le dessus sur les éléments fantastiques ou d’épouvante. Amis des courbes féminines, vous aurez donc tout le loisir de profiter des secrets largement dévoilés de l’anatomie de nos héroïnes… et aussi de nos héros ! Car si vous avez toujours rêvé de voir le cul d’Howard Vernon en gros plan, votre souhait le plus cher est ici exaucé par un Franco n’hésitant pas non plus à s’attarder sur la bite d’un Robert Woods joliment accompagné de Lina Romay et Tania Busselier sur la plage. Inutile de préciser que les bruns gazons des mamzelles seront largement visibles en même temps que leurs poitrines, généreusement offertes à des spectateurs complices. De Nesle trouvera malgré tout que la dose de cul n’est pas assez forte puisque « seulement » composée de trois scènes réellement sexuelles et de quelques saynètes montrant nos protagonistes batifoler à poil sur la plage. Faussement maigre car les scènes érotiques sont déjà assez présentes ainsi…

 

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A vrai dire, ce qui a gêné De Nesle est certainement moins la fréquence des scènes de cul que leur ambiance, pour le moins étrange. Nous ne tombons en effet pas dans la raie de la fesse joviale et les échanges de salives ou de cyprine sont ici viciés par le fait qu’ils ont lieu entre une future victime et ses bourreaux tout désignés. Car nous savons fort bien que le clan Zaroff compte planter sa fourchette dans Sylvia et que les deux nobles se contentent de lécher son épiderme pour mieux mordre à pleine dents dans sa barbaque par la suite. Profiter des plaisirs de la chair avant de faire bonne chère, en somme… Un élément changeant bien évidemment la donne lorsqu’Alice Arno vient balader ses doigts sur les pores de Romay, aux faux airs de petit chaperon rouge ne se doutant à aucun instant que le loup a déjà ses crocs posés sur elle. Difficile dès lors d’être émoustillé par ces étreintes malsaines empêchant La Comtesse Perverse d’être un bis sexy comme un autre… D’autant que ces chaleureuses étreintes semblent surtout présentes pour souligner les drôles de sentiments qu’ont les personnages les uns pour les autres, voire même développer une jalousie progressive entre certains d’entre eux. Malheureusement pour lui, le métrage n’est pas non plus de ces bisseries aptes à contenter le spectateur en quête de sensations fortes. Ainsi, si les dernières minutes du métrage sont consacrées à la chasse menée par Arno, dénudée et l’arc à la main, elles ne sont pas vraiment palpitantes. Franco ne cherche pas l’effet choc, et encore moins le facile, ne mise pas sur les rebondissements ou les artifices sanglants, ni même sur une lutte acharnée et épique. On perçoit en fait dans ce « climax » une volonté de se rapprocher du littéraire en misant sur les décors (et donc les descriptions) plutôt que sur une action toute cinématographique. De quoi déconcerter une bonne partie du public, qui trouvera sans doute l’ensemble assez mou et plus proche de la recherche des totems des Koh Lanta que du survival sous le soleil. Et elle n’aura bien évidemment pas tort, cette partie de l’audience.

 

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Car La Comtesse Perverse n’est pas une œuvre filant à cent à l’heure et ses 75 minutes sont surtout constituées de scènes contemplatives. L’horreur, elle n’arrive que par le décalage, que par l’humour noir ou des situations bizarroïdes. Comme lorsque le bétail humain découvre les têtes coupées d’anciennes pourchassées ou que Sylvia tombe sur les Zaroff dans leur cuisine, en train de découper des côtelettes dans une demoiselle. L’occasion pour Vernon de s’en donner à cœur joie en balançant des punchlines de son cru, le plus souvent cyniques et dotées d’un humour à la couleur de la suie. Réjouissant mais pas pour tous les palais, c’est certain, et on peut difficilement considérer l’ensemble comme palpitant. Et oui, il se peut qu’on s’emmerde un poil lorsqu’une situation s’étire au-delà du raisonnable, comme c’est le cas pour certaines scènes roses… Le meilleur de La Comtesse Perverse se trouve de toute façon dans son atmosphère, son univers à part, et surtout dans ses décors. Que ce soit cette maison à l’architecture si étrange, posée au milieu de nulle part sur une île déserte et enveloppée dans les rayons du soleil, ou l’intérieur tout aussi étrange de la bâtisse, tout nous rappelle un cinéma visuel hérité de l’époque du muet. Difficile de ne pas songer aux années 20, aux Caligari et compagnie, lorsque les personnages descendent en silence d’étranges et splendides escaliers écarlates, ou lorsqu’une donzelle se retrouve perdue sur la plage et évolue lentement, au rythme de gestes exagérés et même presque saccadés (voir la petite marche sur les galets, sur la plage), dans des décors irréels. Le surréalisme n’est d’ailleurs jamais bien loin, y compris dans une bande-son étrange, quelques fois branchée rock psychédélique, quelquefois dissonantes. Certaines plages sonores usent en effet de percussions hypnotisantes associées à des mélodies de pianos sans aucun sens, nous laissant imaginer le brouhaha que pourrait créer une horde d’éléphants si elle passait sur l’instrument. De quoi en rajouter une couche dans l’étrange et finir de faire de cette Comtesse Perverse un bon coup pour qui aime son cinéma avec un grand verre d’extravagance.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jess Franco
  • Scénario : Jess Franco
  • Production : Robert de Nesle
  • Pays: France
  • Acteurs: Lina Romay, Alice Arno, Howard Vernon, Tania Busselier
  • Année: 1973

2 comments to La Comtesse Perverse

  • Roggy  says:

    J’ai un rapport particulier avec ce film puisque je l’ai maté avec ma mère sans trop savoir ce qu’on allait voir. Il y a peut-être de beaux décors et une atmosphère adéquate, mais je me souviens surtout des scènes de baise et de ma gêne certaine 🙂

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