La Maison au fond du Parc

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Toujours un chaud lapin, ce David Hess ! Après avoir ruiné l’existence de deux adolescentes dans La Dernière Maison sur la Gauche et avoir joué les auto-stoppeurs maniaques dans La Proie de l’Autostop, le voilà qui traîne ses boucles noires dans un parc dans lequel on trouve une maison plutôt festive… Bonne occasion de réveiller le Party Animal sommeillant en lui!

 

Attention, cette chronique spoile intégralement le film. Voyez-le avant de la lire, donc.

 

Une chose est certaine : dans les eighties, les polémiques ne faisaient certainement pas peur à Ruggero Deodato. Car après avoir filmé en mode found-footage les joyeux gueuletons de quelques cannibales – s’attirant au passage les foudres, légitimes, des amis des animaux en se la jouant snuff animalier – le réalisateur s’est sans doute dit qu’il pourrait encore énerver son monde en versant dans le rape and revenge. Un sous-genre alimentant la controverse puisque se servant de deux sujets tabous – le viol et l’auto-justice – pour en faire des éléments divertissants. Après la torture animalière et le gore franc du collier de Cannibal Holocaust, c’était donc la violence envers les femmes (déjà bien malmenées dans la cannibalerie précédente, par ailleurs) et la loi du talion que Deodato filmait en 1980 dans La Casa sperduta nel Parco, alias La Maison au Fond du Parc. Un nouveau succédané de La Dernière Maison sur la Gauche de Wes Craven, modèle du genre vers lequel toutes les pelloches du style se retournent, comme un manuel dans lequel on se plonge pour être sûr d’esquiver les bévues. Deodato et ses producteurs (Franco Palaggi et Di Nunzio, déjà ses comparses sur Cannibal Holocaust) tiennent d’ailleurs tellement à souligner la filiation avec le classique de Craven qu’ils embauchent David Hess, à qui ils cèdent des droits sur le film pour s’assurer de sa participation. Et bien évidemment, ce n’est ni pour incarner un curé ou un policier pourchassant les agités de la bite que le père Hess est embauché, mais bien pour incarner un salopard couchant avec les femmes sans même leur offrir un verre… Un rôle que l’acteur connait tellement bien qu’il ne se prive pas de le réécrire un peu, améliorant les dialogues du scénario rédigé par Gianfranco Clerici (Cannibal Holocaust, L’Eventreur de New York, L’Antéchrist,…) et Vincenzo Mannino (Murderock, Miami Golem, Les Prédateurs du Futur,…). Et si le but du film était de se faire remarquer, ce sera chose faite puisqu’il finira imprimé sur la liste des Video Nasties, soit les VHS bannies d’Angleterre, quand bien-même on peut être certains que le prince Charles s’envoyait La Maison au Fond du Parc chaque jour, le zob royal trempant dans le thé au jasmin. D’ailleurs, la bobine était si dérangeante que Deodato lui-même avoua que le scénario était un peu trop trash à son goût. Venant d’un mec qui filmait des pauvres bêtes se faire dégommer la gueule pour de vrai, ça ne manque pas d’ironie, d’autant que si La Casa n’est pas franchement une œuvre que TF1 programmera le mercredi après-midi lors de ces vacances de Noël, ce n’est pas non plus Canniboule Holocaust.

 

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Soucieux de bien présenter son vil personnage principal, nommé Alex (David Hess, of course), Deodato dévoile ses méfaits sans tarder, ce garagiste (du moins le jour, la nuit c’est plutôt violeur/assassin récidiviste) s’en prenant à une pauvre demoiselle (la propre femme de David Hess dans la vraie vie du real life) qu’il étrangle tout en la pénétrant. L’ambiance est déjà bien posée : La Maison au Fond du Parc ne va pas tourner autour du pot pendant 105 ans et rassure immédiatement les amoureux du cinéma d’exploitation le plus tendancieux, en leur prouvant que le cul et la mort vont partouzer et ce bien comme il faut. Ruggero enchaîne ensuite sur la vie de tous les jours de son fou furieux, un réparateur de bagnoles travaillant avec Ricky (Giovanni Lombardo Radice de Cannibal Ferox, ici dans son tout premier rôle), un simple d’esprit qu’il a pris sous son aile. Un commerce honnête ? Sûrement pas puisque les deux compères revendent en fait des voitures qu’ils volent aux citadins Américains, l’œuvre se déroulant bien évidemment au pays de Burger King. Et lorsqu’un couple de jeunes bourgeois formé par Linda et Tom – incarnés par Annie Belle (Horrible, qui est un film de Joe D’Amato, pas mon avis sur le minois de l’actrice) et Christian Borromeo (le Dave Murray du bis rital, vu dans Ténèbres) – débarque sur le lieu de travail d’Alex pour qu’il jette un œil à leur moteur, avant qu’ils ne se rendent à une petite soirée privée, le fourbe ne manque pas une occasion de se faire inviter. Lui et Ricky se retrouvent donc au beau milieu d’une fête entre amis réunissant une Gloria (Lorraine de Selle, qui incarnait aussi une Gloria dans Cannibal Ferox) faisant de l’effet à Ricky et un autre couple assez huppé. Pour Alex, c’est surtout la séduisante et séductrice Linda qui vaut le coup d’œil, d’autant que celle-ci ne se retient pas de lui faire des avances, le chauffant sans retenue. Avant de l’humilier en le laissant seul avec son ardent désir, bien sûr… Et lorsque notre héros diabolique se rend compte que les autres plument Ricky en l’arnaquant aux cartes, Alex se dit qu’il est temps de prendre leur revanche sur ces fils à papa les prenant de haut… Viols, coups dans la gueule, rabaissements et tortures au rasoir seront les nouvelles festivités dans cette maison isolée.

 

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Pas de gros dépaysement pour le cinéphile déviant ayant aimé les mésaventures de Krug, sans doute le violeur le plus célèbre du cinéma d’exploitation, La Maison au Fond du Parc reprenant à son compte la méthode imaginée par le papy Wes. Comprendre que le basculement vers la violence se fera petit à petit, que les visages ensanglantés prendront peu à peu la place des sourires ironiques et hypocrites. Comme souvent dans les rape and revenge, tout se passe bien au départ : on s’amuse, on se fait de nouveaux amis, et puis les fauves tombent le masque. Le fauve, c’est ici Alex, un bon vivant à sa manière puisqu’il ne se refuse absolument rien, y compris ôter la vie de ceux qu’il désire voir mourir, parfois par simple amusement. Sadique pur, notre protagoniste principal ne se lasse en effet pas de rabaisser aux rangs de chiens de compagnie ceux qui l’ont invité à venir vider quelques bouteilles, se riant de leurs douleurs. De son irrespect amusant (monsieur se sert une part de tarte qu’il balance ensuite dans une plante, l’air de rien), on passe rapidement à la méchanceté sincère, éclatant pour divertir ce pervers ne voyant chez les autres humains que de la marchandise à utiliser à sa guise. Et que l’on jette négligemment après usage, bien évidemment… Pas le cas du pauvre Ricky, tout ça, le neuneu étant entrainé dans la spirale infernale de son mentor sans trop oser se dresser contre lui. Au début amusé par cette revanche prise sur les bobos qui se jouaient d’eux, qui les prenaient pour de vulgaires sauvages incapables de voir que l’on se moque d’eux, Ricky se dira que tant qu’à passer pour des barbares, autant le faire jusqu’au bout. Mais c’est avant d’être effrayé à son tour par un Alex sans limites, allant toujours trop loin, en tout cas trop pour son compagnon, la seule personne envers laquelle ce monstre montre un soupçon de gentillesse. Le reste ? Des mannequins tout juste bons à être décapités ou baisés sans plus de délicatesse. Un tel personnage permet bien évidemment à Deodato de s’assurer que les vilainies s’enchaineront, Alex tabassant les hommes avant de pourchasser les femmes et les forcer à se dénuder et tester sa virilité. Brutalité et violence, les deux pôles du cinéma grindhouse, plus réunis que jamais…

 

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Cette baraque perdue dans un parc ne contiendrait donc que des éléments purement chocs, sans songer à développer une psychologie, une idée, un message ? Si Deodato ne semble faire la morale à personne, il surfe tout de même sur une idée très nihiliste voulant que la grande majorité des gens, en tout cas ceux de son film, sont des êtres mauvais et sombres. Bien évidemment, il y aura des exceptions comme ce Ricky bien bête mais au final soucieux de ne pas profiter de la victime qu’Alex lui sert sur un plateau, cette même victime qui finira par éprouver des sentiments pour ce grand dadais embarqué dans une histoire qui le dépasse largement. Mais pour le reste, pas grand-monde à sauver lors de cette fiesta pas comme les autres, soit parce que nos jeunes gens ne montrent guère de sentiments lorsque leurs amis se font malmener, soit parce qu’ils espèrent carrément la situation. On découvre en effet dans les ultimes minutes du métrage que la demoiselle violée et tuée en première bobine n’est autre que la sœur de Tom, qui a donc tout fait pour attirer le coupable, Alex, dans sa toile d’araignée. Histoire de se venger, bien évidemment, et d’abattre le félon de quelques balles dans le buffet. Mais soucieux de ne pas se faire avoir par les flics, il maquille ses agissements de meurtrier en laissant Alex torturer et violenter ses amis et même sa femme, au courant de la mission que s’est donné son époux, lui permettant de jouer sur la légitime défense. Un plan bien pensé en un sens mais aussi diablement dangereux puisque rien ne permet à Tom de savoir s’il parviendra réellement à se débarrasser d’un Alex déchaîné. Et que dire du fait que ce justicier du dimanche laisse ses potes, invités par ses soins, se faire lacérer le corps ou démonter à coups de pied et de poing pour lui permettre d’effleurer sa vengeance ? Plus que noir, pour ne pas dire cruel. Et si intéressant que l’on finit par déplorer que Deodato ait bazardé cette partie de son intrigue à la toute fin de La Maison au Fond du Parc. Utilisé plus tôt, cet argument scénaristique aurait sans doute bien pimenté le récit et lui aurait apporté une dimension lui permettant de se distinguer plus efficacement de ses modèles et collègues du même type. Reste que tout cela reste diablement ambigu, donc intéressant, tout comme le comportement assez troublant de Linda. Si celle-ci se dessape régulièrement pour permettre au spectateur de se perdre dans les formes d’Annie Belle, c’est également dans le but de rendre fou un Alex crevant de désir pour ce fruit pas si défendu que cela. Car si elle l’humilie et le laisse en plan, la gaule coincée entre les jambes, elle finit également par se laisser violer par ce dernier, qui ne semble en effet pas avoir à la forcer beaucoup pour lui écarter les cuisses. La dame profite même de cet assaut sexuel pour envoyer une pique à son époux, visiblement trop peu entreprenant à son goût, tandis que l’intéressé reprochera à sa fiancée d’avoir pris du plaisir lors de cette nuit d’horreur.

 

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Deodato semble d’ailleurs si content de ce jeu de la chaise musicale entre victimes et bourreaux qu’il semble presque en oublier de fournir une réalisation top moumoute. Non pas que le résultat final soit raté, c’est au contraire du travail honnête, mais il manque de folie, de génie, voire d’idées. Aucun plan, aucun petit gimmick visuel bien trouvé ne vient élever encore un peu ce rape and revenge déjà réussi sans cela, il est vrai, mais qui aurait pu être encore meilleur. A croire que Ruggero, un technicien compétent mais pas le metteur en scène le plus inspiré de la botte (votre serviteur n’a en tout cas jamais été réellement impressionné par ses jeux de caméra), était trop passionné par son scénario, déjà pas parfait et bourré de problèmes, et ses comédiens. Là aussi inégaux, d’ailleurs. Si Giovanni Lombardo Radice se montre excellent en gentil crétin, David Hess est, comme souvent, bien plus inégal. Toujours charismatique et même parfait lorsqu’il use de son calme, il a souvent tendance à en faire un peu trop quand il pète un câble, à cabotiner au-delà du raisonnable. On préfère néanmoins voir le Hess en rajouter que les autres en faire le moins possible, car le moins qu’on puisse dire c’est que ses victimes toute désignées ne montrent guère d’effroi. Si cela se justifie pour Linda et Tom, qui n’attendent qu’une explosion bestiale de la part de leur cible, cela passe mal chez tous les autres, bien trop calmes au vu des circonstances. Pas de sanglots, pas de peur, pas de sentiments lorsqu’un personnage se fait malmener. Voir par exemple l’arrivée de la pauvre Cindy, jeune vierge qu’Alex suppliciera avec la lame de son rasoir devant les yeux peu troublés des amis de cette dernière. Sont pas facilement impressionnables, c’est certain, et encore moins compatissants, les saligauds… Dommage de ne pas avoir trouvé plus de vie dans les interactions entre tous ces nazebroques, cela aurait sans doute bien aidé le film à gagner en nervosité, ce dont il manque clairement à cause de l’aspect statique et inhumain de ses protagonistes. Pas une raison de se tenir écarté de ce bon travail du Ruggero, cependant, car l’ensemble reste suffisamment prenant pour que l’on ne songe guère à ces défauts lors de la vision. Mais on ne se surprendra tout de même pas à préférer La Dernière Maison sur la Plage, par exemple, tout de même plus réussi et impliquant.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Ruggero Deodato
  • Scénario : Gianfranco Clerici, Vincenzo Mannino
  • Production : Franco Di Nunzio, Franco Palaggi
  • Titre: La Casa sperduta nel parco
  • Pays: Italie
  • Acteurs: David Hess, Giovanni Lombardo Radice, Annie Belle, Christian Borromeo
  • Année: 1980

4 comments to La Maison au fond du Parc

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas ce film mais ton excellente chro met en appétit l’ami !

  • ingloriuscritik/ Peter Hooper  says:

    Merci d’avoir prévenu pour le déshabillage intégral car je voulais lire ton avis sur une galette qui m’a toujours tenté …Bon ben du coup j’accouche du com le plus insignifiant du monde , lol. I’ll be back !

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