Creation of the Humanoids

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Avec Cyborg 2087, Artus Films nous prouvait qu’il y avait une vie bionique avant Terminator, qui s’inspirait largement du film sorti dans les sixties. Eh ben avec Creation of the Humanoids, c’est Blade Runner qui perd un peu de son originalité avant l’heure ! De là à remplacer les Replicants par les humanoïdes ici présents…

 

 

Il est métallique, l’hiver 2016 avec un Artus qui mise sur les monstres de rouages pour faire trembler les sapins. Le Coffret la Guerre des Robots ne contient cependant pas que des oeuvrettes montrant des amas de boulons courser la veuve et l’orphelin, histoire de leur expliquer à coups de laser qu’ils sont obsolètes, le maître-mot du box étant « diversité ». Si c’est bien le cas dans le chouette Target Earth, Tobor Le Grand se voulait pour sa part un gentil et agréable conte pour enfants, prenant pour base l’amitié entre un bambin et le robot créé par son grand-père. Enfin, le plus épique (sur le papier, du moins) Cyborg 2087 se concentrait sur les voyages temporels et une course contre la montre pour empêcher notre planète bleue de sombrer dans une dictature à grande échelle. Avec Creation of the Humanoids, le coffret fait un nouveau virage à 360 degrés puisqu’il est cette fois question de philosophie futuriste, de questionnements profonds et d’échanges d’opinions entre humains et êtres robotisés. Une histoire écrite par Jay Simms et achetée par le touche-à-tout Wesley Barry, qui fut tour à tour assistant-réalisateur, acteur, scénariste, technicien et producteur pour une file sans fin de séries B ou feuilletons des années 50 et 60. Un homme très occupé qui produit et réalise donc Creation of the Humanoids, souvent daté de 1962 mais vraisemblablement sorti dès 61, voire 60… Un essai mineur et relativement peu remarqué, ne bénéficiant pas de grandes stars au casting, le premier rôle étant tenu par Don Megowan, aperçu dans le The Werewolf de 1956. Le seul talent réellement reconnu se trouvera dans la salle des maquillages (ou plutôt le cagibi, vu le budget réduit du métrage), un certain Jack Pierce que vénèrent fort justement les amoureux des Universal Monsters. Ce grand créateur de faciès monstrueux termina d’ailleurs sa carrière filmique sur cette menue production, n’exerçant ensuite son art que pour les besoins du petit écran. Est-ce que le copain Jack peut se vanter au paradis des bestioles gothiques d’avoir Creation of the Humanoids – pour lequel il n’a fait que des lentilles pour rendre plus étranges les regards des humanoïdes en question – pour dernier long-métrage à son actif ? En avant pour une vérification…

 

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Tout débute dans un monde post-apocalyptique causé par une guerre nucléaire, qui a bien évidemment fait pousser des bons coins à champignons atomiques un peu partout sur le globe. C’est en effet dans cet univers dévasté que tentent de survivre des humains en bien mauvaise position : les radiations ont peu à peu stérilisé l’homme, pas loin d’être inscrit sur la liste des espèces en voie de disparition. Malgré cette fin programmée, les humains ont trouvé le temps de parfaire leur science en créant des robots de plus en plus perfectionnés (on voit d’ailleurs l’évolution de ces derniers, occasion de caser le costume des aliens du classique Les Soucoupes Volantes attaquent), le sublime étant atteint avec les Tiqueurs, des humanoïdes au teint bleu programmé pour s’occuper de toutes les tâches que les êtres de chair et de sang ne veulent plus accomplir. Au grand dam de certains vivants, d’ailleurs, qui ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de ces schtroumpfs mécaniques dans leur cité futuriste, les poussant à créer une espèce de milice visant à les surveiller, voir les ridiculiser si le besoin se fait sentir… Il faut dire que les Tiqueurs deviennent de plus en plus louches puisqu’ils se créent une religion et se réunissent dans un temple, où les créatures faites d’os et non d’engrenages sont tout simplement interdits. Et n’allez pas croire que les faces bleutées se contentent de prier Windows Vista avec les genoux collés au sol, puisqu’ils sont plutôt en train d’organiser la suite de l’humanité, qui passera par eux ou ne sera pas. Ils récupèrent en effet les cadavres des hommes sur lesquels ils peuvent mettre la main puis les emmènent dans le laboratoire d’un vieux savant qui transformera les décédés en de fringants cyborgs… Mais la milice récalcitrante et violente envers les Tiqueurs se doute de quelque-chose, et le gradé Gradis (dites-le rapidement plusieurs fois, c’est un jeu rigolo) plus particulièrement, notre homme étant en prime bien énervé que sa sœur se soit mariée avec l’une de ces faces de lune… Et pour ne pas arranger ses soupçons, l’un des hommes revenus à la vie sous une coque métallique tue un être vivant, déclenchant une vague de questionnements dans les plus hautes instances…

 

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On ne va pas tourner autour du pot durant 105 ans : Creation of the Humanoids rappelle Blade Runner à plus d’un titre, avec deux décennies d’avance (et quelques années avant l’ouvrage de K. Dick). Cohabitation entre des mécanismes intelligents et des personnes organiques, robot qui se met à zigouiller le bon peuple, humains tentant de les surveiller ou stopper,… Même le final contient des éléments communs au film de Ridley Scott, la nature du héros évoluant au fil du récit, si vous voyez ce que je veux dire… La comparaison s’arrête cependant ici et le métrage de Wesley Barry est nettement moins marquant que celui mettant Harrison Ford en vedette, la faute à une incroyable tendance à se complaire dans la bavardise la plus lourdingue. C’est bien simple, si ce n’est une légère rixe dans un laboratoire, il n’y a absolument aucune action dans ces 80 minutes qui semblent durer une éternité, dans ce soporifique étalage de débats inanimés. Le scénario ne devait en effet guère contenir de descriptions tant il fait passer l’entièreté de son intrigue dans les dialogues : ceux des Tiqueurs qui causent de leurs plans, ceux des membres de l’Ordre de la Chair et du Sang, ceux entre Gradis et sa sœur et son époux de ferraille, ceux entre Gradis et sa nouvelle petite copine et, enfin, ceux entre notre héros et les Tiqueurs à la fin de l’histoire. Pas de course-poursuite, d’explosion, d’échanges de rayons laser, juste de la parlotte. Pas forcément inintéressante d’ailleurs puisqu’elle soulève plusieurs thématiques qui auraient pu être passionnantes si l’ensemble était mieux foutu : la survie de l’humanité passant par la robotisation, le rejet des êtres différents, le remplacement, l’amour entre deux espèces à priori opposées, la découverte de sa nature profonde, l’évolution de l’intelligence artificielle, la politique face à la robotique,… Tout cela aurait pu donner lieu à un bon film si Creation of the Humanoids s’était délesté d’un ou deux sujets, car en l’état il y a beaucoup trop de questions (la plupart sans réelles réponses) dans le produit fini. Ce qui n’est pas encore bien grave, le plus gros problème étant bien évidemment la paralysie globale du métrage, chacun des personnages semblant cloué à sa place et récitant ses dialogues avec plus ou moins de passion. Dire que l’on s’emmerde est un euphémisme tant le présent film tient plus de la pièce radiophonique maladroitement couchée sur pellicule qu’autre-chose. Le temps semble long et les soupirs de lassitude s’enchaînent devant le boulot de Barry, réalisateur ici terriblement fainéant et se reposant entièrement sur le fond de sa production. Ce qui est oublier un peu vite que le cinéma, c’est aussi et surtout de la forme…

 

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Ainsi, si ce n’est quelques décors fauchés (tentures pour masquer le vide…) bien mis en valeur par une photographie et un jeu de couleurs inspirés, rien à se caler sous les canines ici, Creation of the Humanoids étant clairement le vilain petit canard d’un coffret pour le reste bien achalandé. En somme, ce n’est certainement pas pour ces discussions sans fin entre des machines au teint pâle et des humains pas plus intelligents que vous devez faire l’acquisition de la box La Guerre des Robots, qui a trois autres films nettement meilleurs dans ses tiroirs… A noter tout de même une VHS tentant de faire croire au chaland mal informé que le Doc Brown des Retour vers le Futur s’est frayé un chemin jusqu’au monde des humanoïdes. Pas sûr qu’il y soit resté bien longtemps…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Wesley Barry
  • Scénario : Jay Simms
  • Production : Edward J. Kay, Wesley Barry
  • Pays: USA
  • Acteurs: Don Megowan, Erica Elliot, Don Doolittle
  • Année: 1960-61

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